La députée européenne Rima Hassan, membre du parti d’opposition de gauche radicale La France insoumise (LFI), arrive avec son avocat Vincent Brengarth au tribunal correctionnel de Paris pour son procès pour apologie du terrorisme en ligne, le 19 octobre 2026. Photo Abdul Saboor/Reuters
Jugée à Paris pour apologie du terrorisme pour un message sur les réseaux sociaux, la députée européenne franco-palestinienne Rima Hassan a dénoncé lundi à la barre une « tentative d'intimidation » et de « mise sous silence d'une élue de l'opposition », affirmant n'avoir « pas d'autre choix » que d'exercer son droit au silence.
Incidents, invectives et suspensions d'audience : les premières heures du procès se sont déroulées dans une ambiance électrique, sur fond de contestation de la procédure par l'avocat de l'égérie de la gauche radicale en France jugée pour un tweet, depuis supprimé, reprenant les mots de l'un des auteurs de l'attentat de 1972 à l'aéroport de Tel-Aviv. Devant une salle comble au tribunal judiciaire de Paris, l'élue La France insoumise (LFI), 34 ans, les épaules drapées d'un keffieh, s'est décrite dans une courte allocution à la barre comme « l'élue la plus poursuivie de la Ve République en raison de (ses) prises de position politique. » Elle fait face depuis lundi matin et deux jours durant à une dizaine d'avocats de la Licra, de l'Organisation juive européenne ou encore de l'Observatoire juif de France, parties civiles dans ce dossier sensible.
Sur sa page X, Rima Hassan avait publié une citation attribuée à l'un des auteurs japonais de l'attentat de 1972 à l'aéroport de Tel-Aviv, qui avait tué 26 personnes: « Kozo Okamoto : J'ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu'il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir ». Ce combattant japonais de la cause palestinienne est décédé en juillet à Beyrouth.
Posté le 26 mars, le message de la juriste aux 420.000 abonnés a été immédiatement signalé au parquet par le ministre de l'Intérieur, puis par l'Organisation juive européenne (OJE) et la Licra. Une procédure qui a entraîné une semaine plus tard une garde à vue qui a défrayé la chronique. La promesse d'un vif débat judiciaire avant d'attaquer le fond du dossier a bien eu lieu : l'avocat de Rima Hassan, Me Vincent Brengarth, après avoir plaidé pendant plus de deux heures, a quitté pendant quelques minutes lundi la salle d'audience, suivi par sa cliente, dénonçant une « remise en cause de sa probité » par l'avocate de la Licra, Galina Elbaz. Cette dernière avait regretté un « scope antisémite » et ses « propos complotistes » à la barre.
Le conseil de l'Insoumise avait plus tôt dénoncé l' « asymétrie procédurale » et des parties civiles « pas neutres », selon lui, qui « encouragent la politique » menée par l'État d'Israël. L'avocat avait détaillé les accointances présumées de plusieurs parties civiles avec Israël. « Le tweet de Rima Hassan est le premier d'une responsable politique de premier plan qui fait l'apologie à ce point d'un terroriste depuis les attentats de novembre 2015 », avait déploré l'avocat de l'Observatoire juif de France, Me Julien Bensimhon, qui a été interrompu par le conseil de l'eurodéputée au moment où il évoquait son patronyme d'origine juive pour mettre en cause la partie adverse. « C'est lamentable », « ce sont des accusations d'antisémitisme », a hurlé Me Brengarth, provoquant une première suspension d'audience lors de laquelle le président de l'Observatoire juif de France est venu le traiter de « salopard ».
Vingtaine de plaintes
La garde à vue de Rima Hassan a déclenché une tempête politico-médiatique lorsque plusieurs médias, dont l'AFP citant une source proche du dossier, ont fait état de la découverte par les policiers d'une petite quantité de drogue dans le sac de l'eurodéputée LFI. Mais l'enquête sur une éventuelle détention de stupéfiants sera classée sans suite quelques jours plus tard après analyse des deux contenants retrouvés, en réalité du CBD.
La militante de la cause palestinienne a depuis porté plainte contre le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui nie avoir contribué à la diffusion de la « fuite », et a été entendue par les services de l'IGPN, la police des polices, jeudi dernier concernant la violation du secret de l'enquête.
Initialement prévu en juillet, le procès de Rima Hassan a été reporté à la demande de la défense, qui avait dénoncé un « déferlement de constitutions de parties civiles » au dernier moment. Ses prises de position s'inscrivent dans le contexte de la guerre déclenchée par l'attaque sans précédent menée par le Hamas le 7 octobre 2023 sur le sol israélien, qui a entraîné la mort de 1.221 personnes. L'offensive lancée en représailles par Israël à Gaza a fait plus de 74.000 morts, selon le ministère de la Santé du territoire, contrôlé par le Hamas et dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU.
Régulièrement taxée d'antisémite par ses opposants politiques en raison de ses positions très critiques envers Israël, Rima Hassan est une habituée des clashs sur X, où elle a tweeté un peu plus de 1.200 fois en 2026, selon un décompte de l'AFP. Une vingtaine de plaintes visant l'élue ont été classées sans suite, selon le parquet de Paris. Elle-même figure comme victime dans une dizaine de procédures, selon la même source.