Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, à la municipalité de Nabatiyé, le 3 octobre 2026. Photo X / @grandserail
« L'accord-cadre avec Israël a besoin d'un calendrier et d'échéances précises, et il ne faut pas lier le désarmement au retrait israélien du Liban-Sud, mais faire avancer ces deux processus en parallèle ». C'est ce qu'a affirmé dimanche soir, dans une longue interview sur la chaîne NBN, le Premier ministre libanais Nawaf Salam. NBN est la chaîne affiliée au mouvement Amal, du président de la Chambre Nabih Berry, allié du Hezbollah.
Dans cet entretien, M. Salam a insisté sur l'objectif principal de ses efforts et des négociations : « Le retrait israélien complet du territoire libanais. » Il a ajouté que l'accord-cadre signé en juin avec Israël repose sur « deux principes fondamentaux : la réciprocité et la progressivité ». Pour ce dernier principe, il a estimé qu'il manque donc à l'accord un calendrier. « Je veux savoir : quand Israël se retirera-t-il du Sud ? Il faut un calendrier afin que ce cadre soit traduit en mesures concrètes ». Concernant la réciprocité, le Premier ministre a tenu à affirmer que la restauration du monopole d’État sur les armes et l'extension de l'autorité publique sur l'ensemble du territoire national ne sont pas de « nouveaux engagements », mais « une question sur laquelle nous nous sommes mis d'accord depuis 1989 et l'accord de Taëf », qui avait mis fin à la guerre civile (1975-1990). Le texte précise notamment que l’État doit « étendre sa souveraineté à l'ensemble du territoire et déployer l'armée libanaise dans la zone frontalière adjacente à Israël » et prévoit encore la « dissolution de toutes les milices libanaises et non libanaises » et la remise de leurs armes à l’État. Outre Taëf, le monopole des armes est prévu dans la résolution 1701 du Conseil des sécurité (2006) et dans l'accord de cessez-le-feu de 2024. Le retrait et le désarmement du Hezbollah sont dans ce cadre, selon le Premier ministre, des processus parallèles, et ne sont pas des engagements pris sous la pression étrangère.
La Finul et la reconstruction dans le Sud
Abordant le déploiement de l'armée dans le Sud, M. Salam a affirmé que la troupe est « là pour protéger la population et nos frontières », tout en exprimant l'espoir qu'il n'y ait « aucun vide » au Liban-Sud après la fin de la mission de la Force intérimaire de l'ONU (Finul). Le mandat de cette force se termine à la fin de l'année, et son retrait progressif suivra. « Nous aurons toujours besoin de la présence d’une force internationale dans le Sud », a-t-il dit.
Le Premier ministre a encore affirmé que l’État continuerait à lancer des projets de réhabilitation dans le Sud, après avoir annoncé vendredi depuis Nabatiyé l'ouverture de plusieurs dizaines d'appels d'offres pour de telles initiatives, tout en réitérant que le gouvernement avait des moyens limités qui nécessitent des financements extérieurs. « Nos moyens sont modestes, mais je veux mobiliser toutes les capacités dont nous disposons pour accompagner le retour et le redressement, tout en entamant la reconstruction », a ajouté le président du Conseil.
Pas de remaniement ministériel
Nawaf Salam s'est aussi penché sur la question des relations avec l'Iran, dix jours après une réunion à l'ONU avec le président iranien Massoud Pezeshkian. Il a sur ce sujet plaidé pour la nomination d'un nouvel ambassadeur, après que le précédent a été déclaré persona non grata, sans toutefois être expulsé. Cela permettrait d'ouvrir une « nouvelle page » dans les relations entre les deux pays, fondée sur le respect mutuel et la non-ingérence dans les affaires de chacun », a-t-il souhaité. Par contre, concernant la reprise des vols entre Beyrouth et Téhéran, qui sont suspendus depuis février 2025 après des accusations visant des transferts de fonds et d'armes via l'Aéroport international de Beyrouth et des menaces israéliennes, M. Salam a estimé qu'il ne reviendra pas sur la décision étant donné qu'il s'agit d'une « question qui est liée à la sécurité de l'aéroport ». « La sécurité de l’aéroport et des passagers est pour moi la priorité », a-t-il insisté.
Le Premier ministre enfin rejeté la perspective d'un remaniement gouvernemental qui avait été évoquée ces dernières semaines, sur fond de tensions sociales liées à l'inflation et à la flambée des prix des carburants. « Nous ne voulons pas de soupape, mais des solutions. Notre rôle n’est pas de faire retomber la pression ici ou là, mais de régler les problèmes », a-t-il conclu.

ON menace maintenant ?
10 h 54, le 05 octobre 2026