Des soldats de l'armée libanaise patrouillent à Nabatiyé, le 8 septembre 2026. En second plan, un portrait de l'ancien chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est accroché sur la façade d'un immeuble. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
À Nabatiyé, l’État libanais veut afficher sa présence face à l’escalade israélienne, mais la portée du déploiement de l’armée fait déjà débat. Alors que le Premier ministre Nawaf Salam salue les mesures prises par l’armée pour « renforcer son déploiement » et « rassurer les habitants », le président Joseph Aoun prévient que « tout vide sécuritaire dans le Sud constitue un prétexte aux agressions et une atteinte à la souveraineté nationale ». Le chef des Forces libanaises (FL) , Samir Geagea, estime pour sa part que la présence militaire « est tout simplement insuffisante à l’heure actuelle ».
Une présence militaire renforcée était visible mardi dans les rues de la ville principale du Jabal Amel, où plus d’une douzaine de véhicules de l’armée libanaise ont été déployés dans ses principales artères. Ce déploiement est intervenu au lendemain d’une nouvelle nuit de frappes israéliennes meurtrières dans la région et alors que les appels à un renforcement du rôle de l’armée se multiplient.
Lors d’une réunion sécuritaire tenue au palais de Baabda, en présence notamment du commandant de l’armée, Joseph Aoun a estimé que « tout vide sécuritaire dans le Sud constitue un prétexte aux agressions et une atteinte à la souveraineté nationale », selon un communiqué de la présidence publié sur son compte X. Il a également souligné que « le déploiement sécuritaire à Nabatiyé était lié aux engagements de l’État libanais et à sa position dans les négociations avec Israël », considérant que « le contrôle de la sécurité intérieure renforce la position officielle libanaise ». Le président a appelé les services de sécurité à assumer leurs responsabilités et à assurer une coordination « permanente » entre eux, affirmant que « la sécurité de Nabatiyé et des régions qui ne sont pas soumises à l’occupation israélienne fait partie intégrante de la sécurité d’un Liban unifié ».
Le Premier ministre Nawaf Salam a salué mercredi le travail de l’armée et les mesures prises pour renforcer son déploiement dans les villages et villes non occupés. « Nous saluons les efforts de l’armée libanaise et les mesures qu’elle prend pour renforcer son déploiement dans les villages et villes non occupés, ce qui contribue à rassurer les citoyens, à consolider la stabilité, à faciliter le retour des habitants et à assurer le bon fonctionnement des institutions et services gouvernementaux », a-t-il indiqué dans un communiqué. Le chef du gouvernement a également déclaré suivre de près la situation à Nabatiyé et ses environs, et être en contact permanent avec l’imam de la ville, cheikh Abdel Hussein Sadek, et le président de la municipalité, Hajj Abbas Fakhreddine.
Nawaf Salam a par ailleurs démenti des informations faisant état de l’annulation d’une visite prévue à Nabatiyé samedi. Il a expliqué qu’un tel déplacement n’était initialement pas programmé cette semaine, tout en espérant pouvoir se rendre « dès que possible » dans la grande ville au nord du Litani. Le Premier ministre s’est également entretenu avec Joseph Aoun des « mesures prises par l’armée pour renforcer son déploiement dans les villages non occupés, afin de rassurer les habitants et de permettre la reprise du travail dans les administrations publiques ».
Geagea inquiet pour Nabatiyé
De son côté, le chef des Forces libanaises (FL) , Samir Geagea, a fait part de ses craintes quant au sort de Nabatiyé, espérant qu'elle ne finira pas comme d'autres villes rasées par les Israéliens dans le Sud. M. Geagea, a fait part de ses craintes de voir la ville « subir le même sort que Ali Taher, la région de Chqif (autour de la forteresse de Beaufort, dans le même caza, ndlr) et d’autres villages frontaliers ». « Nabatiyé revêt une importance historique, économique et culturelle majeure, et demeure densément peuplée. Un nombre considérable de ses habitants ont lancé un appel clair à l’État libanais afin qu’il assume ses responsabilités dans ces circonstances difficiles », a dit M. Geagea.
Samir Geagea a par ailleurs demandé aux autorités « d'appliquer les décisions du Conseil des ministres, notamment la décision du 2 mars 2026 qui considère illégales les branches militaire et sécuritaire du Hezbollah ». « Les autorités sont appelées à appliquer cette décision immédiatement, au moins dans la ville de Nabatiyé et ses environs, en démantelant tous les groupes armés illégaux qui y sont présents, en neutralisant leurs infrastructures et en informant les autorités américaines des actions de l'armée libanaise afin qu'elles puissent contribuer à mettre fin aux combats qui ravagent Nabatiyé et ses alentours », a indiqué le leader chrétien.
« Quant à l'affirmation selon laquelle l'armée libanaise est déjà déployée à Nabatiyé, elle est tout simplement insuffisante à l'heure actuelle », a estimé M. Geagea. Selon lui, « il ne suffit pas de déployer l'armée libanaise, il faut démanteler toutes les structures militaires et sécuritaires illégales présentes dans les zones où se trouve l'armée, qui doit exercer pleinement son autorité, conformément aux décisions du gouvernement libanais ».
Aoun : « Notre loyauté doit aller à notre pays »
Le président Aoun s’est par ailleurs exprimé, lors d’une autre réunion, sur la question de la loyauté nationale et du processus de négociations avec Israël, en affirmant que la loyauté de chacun doit « aller à notre propre pays (...) Celui qui cherche l’appui de l’étranger contre ses rivaux à l’intérieur est perdant, car l’étranger finira tôt ou tard par l’abandonner », dans une allusion au Hezbollah, alors que l’accord-cadre conclu entre Beyrouth et Tel-Aviv prévoit notamment le désarmement de la formation pro-iranienne par l’armée libanaise, une perspective à laquelle le parti chiite s’oppose catégoriquement. Il a aussi estimé qu’« aucune guerre au Liban n’a connu de vainqueur : tout le monde y a perdu, et le pays avec eux ». Le chef de l’État a encore une fois défendu le choix du processus des négociations avec Israël, affirmant que cette décision avait été prise « dans l’intérêt du Liban » et non pour répondre aux attentes de puissances étrangères. « Nous avons fait le choix de la négociation parce que nous sommes un État souverain. Cette décision a été prise dans l’intérêt du Liban et non pour satisfaire qui que ce soit à l’étranger », a-t-il déclaré.

