Le treminal de gaz de Deri Ammar, sur le site des installations pétrolières, lke 10 août 2026. Photo Philippe HAGE BOUTROS / L'Orient-Le Jour
Le projet d’approvisionnement d’Électricité du Liban en gaz naturel, annoncé comme étant sur les rails début août par le ministre de l’Énergie Joe Saddi, a connu un développement important ces derniers jours, au vu de l'explosion des prix du mazout et du diesel consommés par les centrales et les générateurs privés.
Réuni à Amman le 6 septembre, le gouvernement jordanien a en effet approuvé « un plan pour fournir du gaz naturel au Liban via l’unité flottante de stockage et de re-gazéification (FSRU, qui permet de liquéfier le gaz naturel afin de faciliter son transport) située à Aqaba, et acheminé via la Syrie », selon un rapport cité par l’agence Petra. La décision a été prise « dans le but de renforcer la coopération énergétique régionale », tandis que « le mécanisme adopté reprend celui actuellement utilisé par la Jordanie pour approvisionner la Syrie ».
Selon ce mécanisme, le gaz serait importé par la Jordanie auprès d’un fournisseur donné, puis re-gazéifié à Aqaba avant d’être acheminé par le gazoduc arabe vers la Syrie puis le Liban.
Il y aura cependant deux différences. Tout d’abord, le Liban et la Jordanie achèteront ensemble le gaz dont une partie sera livré au Liban. Ensuite, comme le tronçon du gazoduc arabe reliant le Liban et la Syrie n’est pas opérationnel, les trois pays ont ajusté le mécanisme afin que la Syrie fournisse au Liban, via un autre gazoduc reliant la région de Homs au Liban-Nord, une quantité de gaz équivalente à celle que le Liban aura achetée conjointement avec la Jordanie.
Réparations et contrats
Il reste à ce stade deux étapes majeures pour que le projet se concrétise. La première est technique : la société égypto-jordanienne TGS (Technical Company for Gas Pipeline Operation Services) a commencé des travaux de réhabilitation sur le tronçon de plus de 30 km allant du site de Deir Ammar au Liban-Nord, à la frontière syrienne. Contacté par L’Orient-Le Jour, Joe Saddi a indiqué que la société avait détecté et réparé une fuite au cours des derniers jours, et qu’elle s’apprêtait à effectuer une nouvelle insufflation d’air pour vérifier si le tronçon était bien étanche. En cas de nouvelle fuite, celle-ci devra également être réparée. Sinon, la société procédera à un nettoyage complet du tronçon, une opération qui pourrait prendre quatre à cinq semaines. À l’issue de cette opération, celui-ci sera opérationnel. Le ministre a ajouté avoir été informé que les réparations nécessaires avaient également été effectuées ces derniers jours sur le tronçon syrien.
La seconde étape est purement formelle, vu que les trois pays se sont déjà entendus sur les principes de cette coopération au cours de plusieurs réunions techniques tenues depuis le printemps dernier. Selon le ministre, il faudra que les contrats finalisés soient officiellement signés. Il affirme avoir envoyé ces documents au gouvernement libanais, qui devra au préalable les approuver.
Une solution efficace ?
Le ministre de l’Énergie estime que l’aboutissement de ce projet permettra de faire un pas de plus vers la conversion d’EDL, dont les centrales déjà anciennes et peu performantes consomment du mazout. Le prix de ce carburant a en effet explosé en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz.
Certains experts en énergie, comme Jessica Obeid ont formulé des réserves, soulignant que seule une seule centrale libanaise peut actuellement fonctionner au gaz naturel — celle de Deir Ammar, d’une capacité de 450 mégawatts alors que la demande tourne autour de 3 000 MW— et que le pays ne dispose pas d’infrastructures permettant de distribuer ou de stocker du gaz ailleurs sur son territoire. L’argument du coût est cependant plus discutable, dans la mesure où les prix liés au transport et au raffinage des produits pétroliers sont eux aussi susceptibles d’augmenter dans le contexte actuel.
Jessica Obeid a aussi indiqué que le coût de l’importation du gaz pouvait être plus élevé que prévu en raison de plusieurs frais annexes, notamment ceux liés au transport via la Syrie et à la maintenance, et que le marché du gaz, où le Qatar est un acteur majeur, était lui aussi affecté par la fermeture du détroit d’Ormuz. La pénurie mondiale de turbines à gaz, pièces maîtresses de ce type de centrales, est un autre facteur qui pourrait compromettre l'efficacité du plan soutenu par le ministre.
Parmi les arguments en faveur de la solution du ministre figurent la possibilité pour les unités de Deir Ammar de fonctionner plus efficacement au gaz naturel qu’avec des combustibles liquides, ainsi que la meilleure résistance récente des cours du gaz naturel à la hausse des prix de l’énergie par rapport au pétrole, même si elle ne constitue pas en soit une garantie d’un coût d’approvisionnement inférieur pour EDL.


