Un cortège funèbre impressionnant, douze victimes dont neuf d'une même famille, la famille Farhat, enterrées d'un coup dans le village de Kfar Remmane, Nabatiyé, le 8 septembre 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Des centaines de personnes ont enterré mardi à Kfar Remmane, treize personnes, majoritairement issues d'une même famille, qui ont tuées dans la nuit de lundi par des frappes israéliennes sans avertissement sur la localité. Et ce, alors que les attaques israéliennes se sont poursuivis toute la journée sur le Sud, bien qu'à un rythme moins soutenu et violent que depuis le week-end.
Treize cercueils, deux enveloppés d’un drapeau du Hezbollah, un recouvert de celui de l'association des Scouts de la mission islamique (al-Rissala, affiliée au mouvement Amal), et les autres du drapeau libanais indiquant leur statut de civils, étaient alignés sur une place du village.

Les deux frappes israéliennes sur un immeuble habité de Kfar Remmane, l’une menée par un avion de chasse et l’autre par un drone, ont décimé douze personnes dans la nuit de dimanche à lundi : deux frères appartenant au Hezbollah (Hajj Hassan Mohammad Farhat et Hussein Mohammad Farhat) et dix membres de leur famille, dont deux enfants et un nourrisson. L'une des victimes n’a été extraite des décombres que mardi matin. Un secouriste des scouts d'al-Rissala, Ali Chahrour, tué lundi dans une frappe distincte visant une voiture dans cette même localité, située à une douzaine de kilomètres de la frontière israélienne, a également été inhumé. Cette guerre a déjà fait plus de 130 morts parmi le personnel médical et les secouristes.
Des centaines de personnes endeuillées se sont rassemblées mardi pour accompagner le cortège funèbre. Toutes vêtues de noir, les femmes sanglotaient en brandissant les photographies des victimes, tandis que des drones israéliens survolaient la procession. Au passage de celui d'Ali Chahrour, ses camarades ont fait le salut militaire en guise d'adieu. Des banderoles avec les photos des victimes étaient brandies par les personnes qui ouvraient le cortège. « Mort à Israël, mort à l'Amérique », ont scandé les participants aux funérailles, certains brandissant des drapeaux du Hezbollah. Ils se sont rassemblés devant un bâtiment détruit avant de traverser le village en direction du cimetière.
« Il y a 13 martyrs parmi lesquels un grand-père, une grand-mère, deux couples et leurs enfants, dont un bébé âgé de trois mois », a précisé à l'AFP le maire adjoint de Kfar Remmane, Noureddine Noureddine. « Ce crime s'est produit pendant la nuit, alors qu'ils dormaient. Il n'y avait pas d'activité militaire, rien du tout », assure-t-il. L'armée israélienne avait affirmé lundi avoir frappé des « sites d'infrastructures » du Hezbollah en réponse au lancement de deux drones chargés d'explosifs en direction de ses soldats. Le parti chiite n'a pas confirmé. « L'affirmation selon laquelle plusieurs personnes non impliquées ont été blessées ou tuées à la suite des frappes fait actuellement l'objet d'un examen », avait-elle précisé.
Depuis vendredi, 27 personnes ont été tuées et 69 autres blessées, selon le ministère de la Santé, dans les frappes israéliennes, qui se sont intensifiées ces derniers jours après l'annonce par Israël de la prise d'une importante position du Hezbollah, la crête d'Ali Taher, qui surplombe la région.
Ailleurs au Sud
L’autre image du jour au niveau du Liban-Sud est celle du drapeau israélien planté sur l’une des collines de Kfarchouba, caza de Hasbaya, village frontalier majoritairement sunnite resté habité ces derniers mois malgré l’occupation, selon notre correspondant. L’incursion israélienne s'est produite durant la nuit. Les forces israéliennes avaient effectué une première descente dans ce village le 29 août, hissant également le drapeau israélien sur une maison.
Le village de Mansouri (caza de Tyr), où des dynamitages massifs sont perpétrés depuis plusieurs jours déjà, n’a pas été épargné mardi. Rien que durant la matinée, quatre grands dynamitages visant à détruire des habitations, y ont été entendus. La veille, plus d'une quinzaine avaient été recensés. Durant la nuit, le village a été bombardé à plusieurs reprises.
L'armée israélienne a également effectué un dynamitage près de Bani Hayyan (Marjeyoun). Elle a visé avec des obus d'artillerie, des tirs de mitrailleuse et des attaques depuis un char Merkava, les abords de Zaoutar el-Charqiyé, du côté de Mayfadoun, dans le caza de Nabatiyé, selon les informations de notre correspondant Mountasser Abdallah.
Paradoxalement, les attaques israéliennes sont restées sporadiques durant la nuit, selon notre correspondant. Il s’agissait principalement des tirs d’artillerie et de ratissage dans plusieurs villages frontaliers, notamment des tirs à l’arme automatique depuis Beit Yahoun en direction des abords de Aïta el-Jabal, des tirs nourris dirigés vers Khiam et Beit Yahoun, et des bombardements sur la zone de Dabché, à Kfar Remmane.

À minuit, les forces israéliennes ont ouvert le feu en direction des abords de Baraachit, tandis que leur artillerie visait le secteur situé entre cette localité et Beit Yahoun. Les tirs se sont ensuite étendus aux périphéries des deux villages, jusqu’aux environs de Aïta el-Jabal.
Le bilan de la veille (lundi) est lourd : l’aviation israélienne a mené de nombreuses frappes visant sept villages du Liban-Sud, tandis que des drones ont frappé trois autres localités. Sept villages ont également été la cible d’intenses tirs d’artillerie et des habitations ont également été incendiées à Mansouri et dans une autre localité du Sud.


