Un homme en deuil se recueille sur un cercueil recouvert du drapeau du Hezbollah lors de funérailles de douze personnes tuées dans des frappes israéliennes la veille à Kfar Remmane au Liban-Sud. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
À l’issue d’une rencontre avec le vice-président du Conseil supérieur islamique chiite, le cheikh Ali el-Khatib, un proche du Hezbollah, l’ambassadeur des États-Unis au Liban Michel Issa a affirmé mardi que Washington était « prêt à négocier » avec la formation pro-iranienne « mais par l’intermédiaire de l’État » libanais, soulignant que c’est ce dernier qui négocie « dans l’intérêt du Liban ». Washington avait affirmé fin août que seul le gouvernement libanais est habilité à négocier avec l’État hébreu, notamment sur le retrait israélien du Liban-Sud et la fin des attaques, après plusieurs déclarations américaines ayant alimenté les spéculations sur un éventuel dialogue direct avec le Hezbollah.
L'ambassadeur américain a également adressé un message à la communauté chiite, assurant que Washington souhaitait « défendre ses intérêts » et favoriser le retour des habitants du Liban-Sud dans leurs villages et leurs foyers. « Tout ce que nous essayons de faire, c’est de faire comprendre à la communauté chiite que nous voulons son intérêt, que le Sud revienne à tous ses habitants et que chacun puisse retourner dans son village et dans sa maison », a-t-il déclaré. Le diplomate a cependant déploré la difficulté à « parvenir à un résultat avec une partie de cette communauté », qui selon lui « ne saisit pas que son intérêt réside dans l'acceptation de ses responsabilités », dans une allusion au dossier du désarmement du Hezbollah. « Il y a une compréhension et un message adressé à la communauté chiite : nous ne voulons rien d’autre que son intérêt », a-t-il lancé.
Interrogé ensuite au cours d'une conférence de presse sur la poursuite des attaques israéliennes au Liban-Sud et sur les efforts Washington a y mettre un terme, l’ambassadeur a explicitement renvoyé la responsabilité au Hezbollah. « Qui a commencé ? Pour nous, les attaques ont eu lieu parce qu’une partie a commencé et que l’autre a riposté. Vous oubliez toujours cela : vous considérez toujours les attaques comme si elles avaient commencé du côté israélien, sans revenir à la question de savoir qui a commencé en premier », a-t-il poursuivi, en référence aux attaques effectuées par le Hezbollah après l’ouverture, le 8 octobre 2023, d’un « front de soutien » au Hamas dans la bande de Gaza, puis à son entrée en guerre contre Israël le 2 mars 2026, pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei. « Cela faisait longtemps que nous disions que si vous n’attaquez pas, les Israéliens ne riposteront pas. Mais si vous attaquez, les Israéliens riposteront, et avec force. C’est ce que j’ai compris des Israéliens », a-t-il poursuivi, estimant que pour « une » attaque, Israël pouvait « riposter dix fois plus fort ».
Pas de nouveau round de négociations avant Paris
Au sujet de la prochaine tenue des négociations directes entre le Liban et Israël, l’ambassadeur a fait savoir que des discussions étaient en cours, mais qu’il n’était « pas nécessaire » d’organiser un nouveau round avant la réunion préliminaire à la conférence internationale en soutien à l'armée libanaise qui se tiendra le 17 septembre à Paris. « Ce qui nous importe, c’est de voir à chaque étape s’il y a des avancées, dans quelle mesure nous pouvons en tirer profit et quels en sont les résultats, afin de les intégrer ensuite aux prochaines négociations », a-t-il expliqué.
Quelques jours après la libération de cinq personnes capturées au Liban-Sud et détenues pendant plusieurs mois par Israël, Michel Issa a promis de poursuivre ses efforts en faveur des autres prisonniers : « Je ne vais pas m’arrêter. Je vais faire tout mon possible jusqu’au bout. C’est ma responsabilité », a-t-il assuré.
Washington parraine l'accord-cadre signé le 26 juin entre Beyrouth et Tel-Aviv prévoyant notamment un retrait progressif de l’armée israélienne des zones qu’elle occupe, parallèlement au déploiement de l’armée libanaise, chargée de désarmer le Hezbollah. Les négociations directes lancées en avril à l’initiative du président Joseph Aoun ont abouti à la conclusion de cet accord-cadre, vivement dénoncé dans les milieux proches du tandem Hezbollah-Amal, tout comme le principe de pourparlers directs entre le Liban et Israël. Si les hostilités avaient faibli depuis l’entrée en vigueur à la mi-juin d’un cessez-le-feu théorique, l’armée israélienne occupe toujours une « zone tampon » qui couvre une superficie d'environ 620 km2 au Liban-Sud et a effectué ces derniers jours des frappes meurtrières ayant coûté la vie à plus de vingt personnes.
Dans la journée, le chef de l’État Joseph Aoun, a passé en revue avec le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, la situation sécuritaire dans le pays en général et au Liban-Sud en particulier, à la lumière des attaques israéliennes qui se poursuivent contre plusieurs villages et localités. Les discussions ont également porté sur la situation de l’institution militaire et les préparatifs en cours pour la réunion préparatoire à la conférence de soutien à l’armée prévue à Paris.


