Un soldat de l'armée libanaise inspecte des véhicules détruits sur le site d'une frappe aérienne israélienne nocturne dans le village de Kfar Remmane, dans le sud du Liban, le 7 septembre 2026. Photo par MAHMOUD ZAYYAT / AFP
Deux députés issus de la contestation populaire, Marc Daou (Aley) et Firas Hamdan (Hasbaya) ont appelé lundi les autorités libanaises à « sauver Nabatiyé », en y déployant l'armée et la déclarant « exempte d'armes », sur fond d'une escalade meurtrière de l'armée israélienne dans la zone après la chute de la crête stratégique de Ali Taher, qui fait craindre une offensive d'ampleur visant la ville. Ces appels font suite à de nouvelles séries de frappes sur la région dans la nuit de dimanche à lundi, qui ont fait 11 morts au moins à Kfar Remmane dont 9 membres d’une même famille et deux secouristes, ainsi que de nombreux blessés.
Dans un message sur X, le député de Aley Marc Daou, connu pour son opposition au Hezbollah, a appelé les autorités libanaises à « décréter l’état d’urgence à Nabatiyé » et à déclarer la principale ville du centre de la région de Jabal Amel « exempte d’armes ». « La ville de Nabatiyé doit être déclarée exempte d’armes et l’état d’urgence doit y être décrété immédiatement par le gouvernement. L’armée doit être déployée dans tous les quartiers de la ville et en contrôler les entrées et sorties », a-t-il souligné. Selon Marc Daou, « la question de Nabatiyé doit être inscrite à l’ordre du jour des négociations de Rome afin de l’intégrer à des arrangements similaires à ceux prévus pour les zones pilotes », soit un déploiement de l'armée libanaise sur les lieux afin d'y démanteler les infrastructures du Hezbollah. Et concernant le Hezbollah, le député l’a exhorté à « annoncer son retrait complet de la ville et déposer les armes ».
Le Hezbollah rejette totalement les appels à déposer les armes au nord du Litani, où est situé Nabatiyé, et continue d'affirmer que « seule la résistance est capable de défendre le Liban ». Le parti-milice chiite a engagé le Liban depuis le 2 mars dans un front de soutien à l’Iran contre Israël, après avoir ouvert un premier front le 8 octobre 2023 pour soutenir Gaza. Les représailles israéliennes aux deux opérations du Hezbollah ont jusque-là fait près de 9000 morts et 30000 blessés selon les derniers chiffres du ministère de la Santé.
« Sauvez Nabatiyé » ! L’appel du député Firas Hamdan aux autorités libanaises
De son côté, Firas Hamdan, député de Hasbaya également issu de la contestation populaire, a exhorté l’armée libanaise, le président Joseph Aoun et le gouvernement à agir immédiatement pour « sauver Nabatiyé », et à déployer la troupe et les forces de sécurité intérieures dans la ville, afin de retirer tout prétexte d'attaque à l’armée israélienne. « Sauvez la capitale du Jabal Amel, ne négociez pas l’accomplissement de votre devoir », a-t-il souligné sur X dans la nuit de dimanche à lundi. « Maintenant que Ali Taher est tombé, après les dizaines de villages et de villes qui l’ont précédé, et face au refus du Hezbollah de toutes les initiatives visant à céder leur contrôle à l’armée libanaise, et afin de protéger ce qui reste de nos centres urbains, de nos maisons et de nos souvenirs, je demande à l’armée libanaise, à la présidence de la République et au gouvernement libanais d’agir immédiatement et de déployer l’armée libanaise ainsi que les forces de sécurité de manière intensive et efficace dans la ville de Nabatiyé, et d’empêcher toute activité militaire du Hezbollah, afin de retirer à l’ennemi tout prétexte », a ajouté M. Hamdan. « Le moment est venu de transférer la décision à l’État et de sauver Nabatiyé d’une opération de destruction systématique qui pourrait lui faire connaître le même sort que les villages et les villes du Jabal Amel qui l’ont précédée », a-t-il martelé, assurant que « Nabatiyé n’est pas un sacrifice pour Téhéran, ni une arène pour régler les comptes de l’ennemi. Elle est le chef-lieu du gouvernorat et la capitale du Jabal Amel, et sa protection est la responsabilité de tous », a précisé le député.
Fin mai déjà, des habitants de Tyr et de Nabatiyé avaient publié des pétitions exigeant que ces localités riches en histoire et en patrimoine soient déclarées villes ouvertes, dénuées d'armes et épargnées par les frappes destructrices. Des initiatives qui avaient fait grand bruit et provoqué la colère des partisans et sympathisants du Hezbollah, qui y avaient vu une critique indirecte de leur action militaire. Des pressions avaient été aussitôt exercées sur ces signataires, provoquant quelques désistements.
Ces initiatives étaient intervenues dans un contexte particulièrement dramatique, où les deux villes historiques étaient la cible de bombardements d’une grande violence, avec une progression des troupes israéliennes ainsi que la prise du stratégique château de Beaufort, sur les hauteurs de Nabatiyé.
Tyr est le berceau d'un patrimoine inscrit sur la liste mondiale de l'Unesco, alors que Nabatiyé a déjà perdu une partie de ses sites historiques. Le ministre des Affaires étrangères Joe Raggi et le ministre de la Culture Ghassan Salamé avaient effectué des contacts diplomatiques pour protéger les sites historiques et patrimoniaux. L’appel de Tyr aurait recueilli environ 150 signatures, et celui de Nabatiyé plus de 220.


