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Culture - Événement

À 70 ans, Baalbeck entre à l’université

Du 14 au 19 septembre, une exposition, une rencontre et un concert retracent à l’Université américaine de Beyrouth l’histoire musicale du Festival international de Baalbeck. Une célébration qui prend une résonance particulière après le report de son édition estivale.

À 70 ans, Baalbeck entre à l’université

Photo tirée de l’affiche du concert « Échos du patrimoine musical de Baalbeck, 1957-1974 », interprété par l’Ensemble arabe de l’AUB le 19 septembre à l’Assembly Hall. Avec l’aimable autorisation de l’AUB et du festival de Baalbeck

Pour ses soixante-dix ans, Baalbeck quitte un instant ses temples et entre à l’université. Du 14 au 19 septembre, l’Université américaine de Beyrouth consacrera une semaine au Festival international de Baalbeck, à ses soixante-dix années d’histoire et aux artistes qui ont façonné, sous les colonnes antiques, une certaine idée de la modernité musicale libanaise.

Exposition, séminaire, signature et concert composeront cette « Baalbeck Festival Week at AUB », organisée par le Programme Zaki Nassif pour la musique et la bibliothèque Jafet. Davantage qu’une commémoration institutionnelle, le rendez-vous entend remettre en circulation les images, les répertoires et les récits d’un festival dont l’histoire ne cesse de se confondre avec celle du pays.

L’initiative intervient dans une année anniversaire assombrie par le report de l’édition estivale 2026, décidé en raison de la situation sécuritaire et politique au Liban. Dans son annonce, le comité exécutif avait tenu à rappeler que cette décision « ne remet en rien en cause notre engagement envers la culture, la création et le dialogue entre les peuples ». Il ajoutait que, depuis plus de sept décennies, le festival avait « traversé les épreuves de l’histoire sans jamais renoncer à sa mission », demeurant convaincu que la culture constitue « l’une des plus belles expressions de foi en des jours meilleurs ».

La Semaine organisée à l’AUB apparaît ainsi comme une autre manière de faire vivre Baalbeck : en quittant momentanément la scène monumentale pour entrer dans l’espace de l’archive, de la transmission et de l’étude. Ce déplacement n’efface pas l’absence des spectacles sous les temples. Il rappelle toutefois qu’un festival ne se résume ni à un lieu ni à une saison. Il est aussi constitué de partitions, de photographies, de voix, de souvenirs et d’une mythologie collective que chaque génération réinterprète.

Une histoire à regarder

Le parcours s’ouvrira le 14 septembre à 16h, à l’auditorium Batish du West Hall, par une cérémonie suivie de l’inauguration d’une exposition conçue par les bibliothèques de l’AUB.

Présentée durant deux mois, celle-ci explorera la place occupée par le Festival international de Baalbeck dans l’histoire culturelle du Liban. Étudiants, chercheurs et visiteurs pourront y parcourir les traces laissées par une aventure commencée en 1956, lorsque les ruines romaines deviennent l’écrin d’un projet artistique appelé à faire dialoguer créations libanaises et grandes figures internationales.

Au fil des décennies, Baalbeck aura offert une scène à Feyrouz, aux frères Rahbani, à Sabah, à Zaki Nassif, à Nasri Chamseddine et à de nombreux artistes étrangers. Les spectacles folkloriques libanais qui y furent créés ne relevaient pas d’un simple divertissement patrimonial : ils participaient à la construction d’un langage scénique moderne, capable de projeter à l’étranger l’image d’un Liban créateur, ouvert et ambitieux.

Le comité exécutif défendait déjà cette vocation dans une lettre ouverte publiée en novembre 2024, en pleine période de bombardements autour de Baalbeck. Avec le soutien de la population locale, écrivait-il, le festival s’est efforcé de préserver le site comme « un bastion de diversité, où les valeurs d’ouverture, de coopération et de joie de vivre résonnent à travers l’art et son langage universel ». La lettre se concluait par une image saisissante : « Baalbeck mérite l’attention du monde entier afin que la « Cité du Soleil » ne sombre pas dans l’obscurité. »

Ce que Baalbeck a changé

Le mercredi 16 septembre à 17h30, la mémoire laissera place à l’analyse. Une édition spéciale des séminaires culturels Ali Ghandour examinera « L’influence du Festival international de Baalbeck sur le développement de la musique au Liban et au Levant ».

Dans la salle de conférences Bassile Antoine Meguerdiche de l’Institut Issam Farès, Nayla de Freige, présidente du comité exécutif du festival depuis 2011, dialoguera avec le père Badih el-Hajj, professeur à l’Université Saint-Esprit de Kaslik, et la musicographe Zeina Saleh Kayali.

La question dépasse largement le prestige des artistes accueillis. Que serait devenue la musique libanaise sans les grandes productions conçues pour Baalbeck ? Comment le festival a-t-il contribué à donner une ampleur nouvelle aux œuvres des Rahbani, de Zaki Nassif et de leurs contemporains ? Et que reste-t-il aujourd’hui de ce modèle, dans un pays où les institutions culturelles travaillent sans stabilité financière ni horizon politique assuré ?

Ces interrogations devraient permettre de considérer le festival non comme une glorieuse succession de soirées étoilées, mais comme un véritable outil de production. Baalbeck n’a pas seulement présenté des œuvres : il leur a donné une échelle, des moyens et un espace symbolique grâce auxquels elles ont pu s’inscrire dans l’imaginaire régional.

En janvier, lors de l’annonce de la programmation anniversaire, Nayla de Freige rappelait qu’à une époque où « l’espoir et la créativité comptent plus que jamais », la vocation du festival demeure liée à « l’excellence artistique, la créativité et le dialogue culturel ». Des mots qui, après le report des spectacles estivaux, prennent désormais la valeur d’un programme à poursuivre par d’autres chemins.

La rencontre sera suivie d’une signature de Zaki Nassif, chantre du terroir, de Zeina Saleh Kayali. Le choix du compositeur n’a rien d’anecdotique. Son œuvre incarne précisément ce passage du patrimoine à la création : une musique profondément enracinée dans les paysages, les rythmes et la poésie du Liban, mais pensée pour la scène et pour un public dépassant les frontières du pays.

Faire entendre les archives

Le samedi 19 septembre à 20h, l’Assembly Hall accueillera le dernier volet de la Semaine : « Échos du patrimoine musical de Baalbeck, 1957-1974 », interprété par l’Ensemble arabe de l’AUB, rattaché au Programme Zaki Nassif pour la musique.

Le choix de cette période renvoie aux premières décennies du festival, celles durant lesquelles s’est élaboré un répertoire aujourd’hui associé à son âge d’or. Mais il ne s’agira pas seulement de rejouer le passé. En confiant ces œuvres à un ensemble universitaire, le concert les replace entre les mains d’une nouvelle génération de musiciens et d’auditeurs.

C’est peut-être là que cette Semaine trouve son sens le plus profond. Commémorer 70 ans d’histoire ne consiste pas à enfermer Baalbeck dans une vitrine nostalgique ni à contempler un Liban culturel disparu. Il s’agit de comprendre comment un patrimoine demeure vivant : lorsqu’il est documenté, discuté, enseigné et, surtout, interprété de nouveau.

Le thème général du festival 2026-2027 du Programme Zaki Nassif résume cette ambition : « Se souvenir et découvrir : préserver le patrimoine, inspirer l’avenir. » Entre les archives de la bibliothèque Jafet, les échanges du séminaire et les musiques reprises à l’Assembly Hall, Baalbeck continue donc de résonner, loin de ses temples, mais fidèle à sa promesse.

Informations pratiques
« Baalbeck Festival Week at AUB », du 14 au 19 septembre, à l’Université américaine de Beyrouth. Exposition visible pendant deux mois. Billets du concert disponibles dans les branches de la Librairie Antoine et sur Antoine Ticketing.

Pour ses soixante-dix ans, Baalbeck quitte un instant ses temples et entre à l’université. Du 14 au 19 septembre, l’Université américaine de Beyrouth consacrera une semaine au Festival international de Baalbeck, à ses soixante-dix années d’histoire et aux artistes qui ont façonné, sous les colonnes antiques, une certaine idée de la modernité musicale libanaise.Exposition, séminaire, signature et concert composeront cette « Baalbeck Festival Week at AUB », organisée par le Programme Zaki Nassif pour la musique et la bibliothèque Jafet. Davantage qu’une commémoration institutionnelle, le rendez-vous entend remettre en circulation les images, les répertoires et les récits d’un festival dont l’histoire ne cesse de se confondre avec celle du pays.L’initiative intervient dans une année anniversaire assombrie...
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