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Politique - Décryptage

Entre les États-Unis et le Hezbollah, aucun dialogue direct n’est envisagé


Après quelques jours de spéculations, de confusion et d’analyses basées sur des informations amplifiées, le communiqué du porte-parole du département d’État américain a rétabli la vérité. Il a ainsi affirmé que le gouvernement libanais est le seul interlocuteur légal dans les discussions au sujet de l’avenir du Liban et au nom du peuple libanais. Quant au Hezbollah, tout ce qui lui est demandé, précise le même communiqué, est de rendre ses armes. Autrement dit, tout ce qui avait été annoncé sur une intention des autorités américaines d’ouvrir un dialogue direct avec le Hezbollah s’est avéré faux, ou en tout cas peu précis. Certains médias avaient même été jusqu’à annoncer une première réunion conjointe sous parrainage turc, et sur le sol turc, dans un proche avenir. Ce qui est aussi apparu comme peu probable à court terme.

En réalité, ce n’est pas la première fois que des informations circulent sur la possibilité d’un dialogue direct entre les États-Unis et le Hezbollah, mais elle ne s’est jamais réellement concrétisée, même si le président américain a lui-même évoqué cette possibilité à plusieurs reprises.

Cette fois, les rumeurs ont été alimentées par l’émissaire américainTom Barrack qui a affirmé récemment que si le dialogue entre le Liban et Israël sous parrainage américain devait aboutir, il devrait inclure le Hezbollah et l’Iran. Barrack s’est ensuite rétracté, mais l’ambassadeur des États-Unis au Liban Michel Issa est revenu sur cette idée, se déclarant prêt à un dialogue avec le Hezbollah. Il n’en fallait pas plus pour que les spéculations sur ce sujet soient relancées. Surtout qu’un responsable du Hezbollah, Mahmoud Comati, avait dit quelques jours auparavant qu’un tel dialogue n’était pas exclu.

Mais il a fallu attendre quelques jours avant que le département d’État ainsi que l’ambassadeur américain ne précisent qu’il n’en est pas question. Ceux-ci ont donc alimenté, pendant un court laps de temps certes, mais suffisant pour semer la confusion, les spéculations sur la réalité d’un tel dialogue.

Selon des sources proches des Américains, cette confusion ne serait en réalité pas un hasard. Elle aurait été voulue par la diplomatie américaine pour envoyer quelques messages. D’abord, il s’agit de montrer au négociateur libanais qu’il devrait être plus ferme et plus efficace dans les discussions, sinon, à un moment donné, les Américains, avec leur pragmatisme légendaire, pourraient réellement entamer un dialogue direct avec le Hezbollah. Ils l’ont déjà fait avec leurs pires ennemis, comme les talibans en Afghanistan, et rien ne les empêcherait de le faire avec le Hezbollah si les négociateurs officiels ne parviennent pas à prendre les décisions nécessaires.

De même, les mêmes sources estiment que le fait de lancer cette idée est aussi une façon de mettre le Hezbollah au pied du mur, en le plaçant dans une situation difficile. Certes, d’un côté, cette proposition lui donne de l’importance et constitue une reconnaissance de son rôle incontournable, même pour les Américains, mais en même temps, elle le pousse à prendre ses distances avec l’Iran. Ce qui reste un objectif principal pour les Américains. En évoquant donc la possibilité d’ouvrir un dialogue direct avec le Hezbollah, les États-Unis viseraient à dissocier les deux dossiers libanais et iranien et ainsi, de façon indirecte, à affaiblir les deux protagonistes, en essayant de susciter une méfiance entre eux. En effet, lorsque les Américains ont poussé le Liban officiel à se lancer effectivement dans des négociations directes avec Israël sous leur parrainage, ils voulaient principalement dissocier le dossier libanais du processus d’Islamabad. C’est d’ailleurs ce qui a été clairement dit par les Libanais au cours des premiers rounds de négociations. Mais en dépit des déclarations, la réalité sur le terrain montre que les dossiers restent liés. C’est pourquoi, en lançant l’idée d’un dialogue direct avec le Hezbollah, les Américains auraient voulu donner le sentiment que les dossiers sont désormais détachés, et créer même un climat nouveau auprès de la base et de l’environnement populaire de cette formation. En même temps, il s’agissait aussi de ternir l’image du Hezbollah, en montrant qu’en dépit de ses positions radicales, il est prêt à répondre positivement à la moindre offre américaine.

Pour sa part, le Hezbollah a préféré garder le silence. Même lorsqu’ils étaient directement sollicités par les médias à ce sujet, les représentants du parti préféraient rester évasifs. Ils étaient en effet tiraillés entre deux tendances : la première qui aurait salué cette proposition en considérant qu’elle consacre l’importance du Hezbollah sur l’échiquier libanais et régional, surtout face au négociateur officiel libanais ; et la seconde qui considère que cette proposition, aussi flatteuse soit-elle, pourrait mettre le Hezbollah au pied du mur et l’entraîner dans un dialogue concret et direct qui aboutirait à faire des concessions, ce qu’il ne peut pas assumer seul dans les circonstances actuelles.

Le Hezbollah a donc préféré maintenir le flou. Mais dans ses cercles privés, il a précisé que, jusqu’à présent, il n’y a encore rien de concret à ce sujet, ajoutant qu’il s’agit visiblement de déclarations américaines sans contenu réel.

Les Américains et le Hezbollah auraient donc utilisé ce sujet pour des objectifs précis, mais aucune des deux parties n’y croit vraiment. Reste à savoir ce que devient dans ce contexte la fameuse filière turque : est-il vraiment possible que les Turcs interviennent pour pousser vers un dialogue direct entre le Hezbollah et les Américains ? Cette hypothèse n’est exclue par aucune des deux parties, surtout que le rôle d’Ankara dans la région ne cesse de s’amplifier, notamment avec le changement de pouvoir en Syrie. Mais pour l’instant, il n’y a encore rien de concret... sauf que de plus en plus de parties de la région voient dans la Turquie la remplaçante de l’Iran au niveau du rôle régional.

Après quelques jours de spéculations, de confusion et d’analyses basées sur des informations amplifiées, le communiqué du porte-parole du département d’État américain a rétabli la vérité. Il a ainsi affirmé que le gouvernement libanais est le seul interlocuteur légal dans les discussions au sujet de l’avenir du Liban et au nom du peuple libanais. Quant au Hezbollah, tout ce qui lui est demandé, précise le même communiqué, est de rendre ses armes. Autrement dit, tout ce qui avait été annoncé sur une intention des autorités américaines d’ouvrir un dialogue direct avec le Hezbollah s’est avéré faux, ou en tout cas peu précis. Certains médias avaient même été jusqu’à annoncer une première réunion conjointe sous parrainage turc, et sur le sol turc, dans un proche avenir. Ce qui est aussi apparu...
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