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Politique - Repère

Disparition de l’imam Moussa Sadr : retour sur une affaire non résolue depuis 48 ans

Né en 1928 à Qom, en Iran, au sein d’une famille de dignitaires religieux libanais, il était l’une des figures chiites les plus influentes du Liban durant les années 1960-1970.

Disparition de l’imam Moussa Sadr : retour sur une affaire non résolue depuis 48 ans

Des partisans du mouvement Amal brandissent des photos de l'imam Moussa Sadr à Beyrouth, le 31 août 2018. Photo AFP

Quarante-huit ans après la disparition de l’imam Moussa Sadr lors d’une visite en Libye, le mystère autour du sort du charismatique dignitaire chiite et figure politique libanaise reste entier.

Né en 1928 à Qom, en Iran, au sein d’une famille de religieux libanais, Moussa Sadr était devenu l’une des figures chiites les plus influentes du Liban durant les années 1960 et 1970. Sa disparition, le 31 août 1978, en compagnie de deux compagnons, le cheikh Mohammad Yaacoub et le journaliste Abbas Badreddine, demeure un point de discorde majeur entre le Liban et la Libye, 15 ans après la chute de la dictature Kadhafi.

Chaque 31 août, le mouvement Amal qu’il a fondé commémore au Liban la disparition de l’imam, lors de cérémonies qui se tiennent généralement à Beyrouth, Nabatiyé ou encore Tyr. Le président de la Chambre et chef actuel du mouvement Amal, Nabih Berry, devrait prononcer lundi un discours à l’occasion de cet événement.

L’Orient Today revient sur le rôle politique et religieux de l’imam Sadr au Liban et les circonstances entourant sa disparition.

Qui était Moussa Sadr ?

Moussa Sadr s’installe au Liban à la fin des années 1950 en s’établissant à Tyr, dans le Sud, où il succède à l’imam Abdel Hussein Charafeddine comme principale figure religieuse chiite. Il allie action religieuse et projets sociaux et éducatifs, notamment par la création d’écoles et de programmes pour les populations défavorisées. À l’époque, la communauté chiite du Liban, concentrée principalement dans le Sud et la Békaa, avait un impact politique limité. Moussa Sadr a donc cherché à lui offrir une voix politique et institutionnelle plus forte.

En 1967, il contribue à la création du Conseil islamique chiite supérieur, à la présidence duquel il est élu en 1969. Ce conseil devait représenter la communauté chiite du Liban auprès de l’État.

Le dignitaire promeut le dialogue entre les différentes confessions religieuses du pays. Son action politique se focalise alors sur la lutte contre la pauvreté, la représentation politique et la sécurité au Liban-Sud, alors que s’y intensifiaient les affrontements entre groupes armés palestiniens et forces israéliennes.

Charismatique, Moussa Sadr savait mobiliser ses partisans. Il entretenait des contacts avec des personnalités politiques et religieuses chrétiennes et musulmanes, et prononçait parfois des discours dans les églises dans le cadre de ses efforts pour encourager le dialogue interreligieux.

Sadr et la politique

En 1974, l’imam Sadr fonde le Mouvement des déshérités, connu en arabe sous le nom de Harakat al-Mahroumine, pour revendiquer de meilleures conditions politiques, économiques et sociales pour les chiites du Liban. Son bras armé deviendra plus tard les Régiments de la résistance libanaise, ou Amal (Afouaj al-Mouqaouama al-Loubnaniya), acronyme dont le nom arabe signifie également « espoir ».

Le mouvement voit le jour peu avant que le Liban ne sombre dans la guerre civile, de 1975 à 1990. L’imam s’oppose, dans un premier temps, à l’implication active du mouvement dans le conflit et privilégie des solutions politiques. Il se montre également de plus en plus critique à l’égard des groupes armés palestiniens au Liban-Sud, tout en soulignant la nécessité de protéger la population de la région.

Selon certaines théories, l’opposition de Moussa Sadr aux factions palestiniennes et à leurs activités militaires dans le Sud aurait engendré des tensions avec ces groupes. Une autre hypothèse soutient que sa disparition serait liée à des tensions impliquant l’ayatollah iranien Ruhollah Khomeyni et le futur leadership révolutionnaire iranien qui émergera quelques mois plus tard. Aucune de ces thèses n’a été formellement prouvée.

La disparition de l’imam Sadr laisse Amal orphelin de son cofondateur. L’ancien président de la Chambre, Hussein el-Husseini, lui succède, avant que Nabih Berry ne prenne la tête du mouvement en 1980 et devienne président du Parlement en 1992, fonction qu’il occupe à ce jour. Amal devient par la suite l’une des forces politiques et militaires majeures pendant la guerre civile libanaise, avant d’être supplanté par la montée du Hezbollah, soutenu par le régime iranien, après l’invasion israélienne du Liban en 1982.

Que s’est-il passé en Libye ?

Le 25 août 1978, Moussa Sadr se rend en Libye avec le cheikh Yaacoub et le journaliste Badreddine, après avoir été invité à rencontrer des responsables, dont le dirigeant libyen de l’époque, Mouammar Kadhafi. Il se trouvait à Tripoli lors des préparatifs des célébrations du neuvième anniversaire de la prise de pouvoir du dictateur. Les trois hommes sont aperçus pour la dernière fois dans la capitale libyenne le 31 août. Les autorités libyennes ont affirmé que l’imam et ses compagnons avaient quitté la Libye ce soir-là à bord du vol Alitalia 881 à destination de Rome. Ils ne sont jamais arrivés en Italie.

Les enquêteurs italiens ont examiné des indices concernant leur arrivée supposée à Rome. Deux hommes, dont l’un vêtu en dignitaire religieux musulman, se sont enregistrés dans un hôtel romain sous les noms de l’imam Sadr et du cheikh Yaacoub, avant de repartir peu après. Leurs passeports et leurs bagages ont été retrouvés à l’hôtel. En 2015, à la suite d’une enquête ayant duré 34 ans, les autorités italiennes ont conclu que Moussa Sadr n’était jamais entré en Italie.

Le régime Kadhafi a soutenu que l’imam Sadr s’était envolé pour l’Italie. Plus enclins à croire Rome que Tripoli, les autorités libanaises et les partisans de Sadr ont toujours rejeté cette version, tenant la Libye responsable de sa disparition. Aucune preuve publique définitive n’a permis d’établir ce qu’il est advenu des trois hommes.

Qu’est-il arrivé après la chute de Kadhafi ?

La chute de Kadhafi en 2011, lors de la première vague des printemps arabes, a ravivé l’espoir que des documents, des témoins ou des restes humains pourraient éclairer l’affaire. Les autorités libyennes ont enquêté sur des rapports selon lesquels Moussa Sadr serait décédé alors qu’il était détenu à la prison d’Abou Salim, à Tripoli. Au cours d’une de ces investigations, des restes un temps soupçonnés d’appartenir à l’imam ont été identifiés par test ADN comme ceux de Mansour Kikhia, une figure de l’opposition libyenne disparue en 1993.

En septembre 2025, une enquête de la BBC affirmait qu’une analyse de reconnaissance faciale effectuée sur la photographie d’un cadavre retrouvé dans une morgue secrète de Tripoli en 2011 suggérerait qu’il pourrait s’agir de celui de Moussa Sadr. Ces éléments n’ont toutefois pas été présentés comme une identification définitive et ont été rejetés par la famille Sadr et le mouvement Amal.

En 2015, Hannibal Kadhafi, l’un des fils de Mouammar Kadhafi, est enlevé dans la vallée de la Békaa par un groupe armé mené par l’ex-député Hassan Yaacoub, fils du cheikh Mohammad Yaacoub. L’élu a été détenu sept mois dans le cadre de cette affaire. Hannibal Kadhafi, qui n’avait que deux ans lors de la disparition de Moussa Sadr, a affirmé ne détenir aucune information à ce sujet. Après près de dix ans de détention sans procès, il est libéré en novembre 2025 après qu’un juge libanais a réduit sa caution à 900 000 dollars, somme payée par le gouvernement libyen internationalement reconnu.

Quarante-huit ans après la disparition de l’imam Moussa Sadr lors d’une visite en Libye, le mystère autour du sort du charismatique dignitaire chiite et figure politique libanaise reste entier.Né en 1928 à Qom, en Iran, au sein d’une famille de religieux libanais, Moussa Sadr était devenu l’une des figures chiites les plus influentes du Liban durant les années 1960 et 1970. Sa disparition, le 31 août 1978, en compagnie de deux compagnons, le cheikh Mohammad Yaacoub et le journaliste Abbas Badreddine, demeure un point de discorde majeur entre le Liban et la Libye, 15 ans après la chute de la dictature Kadhafi.Chaque 31 août, le mouvement Amal qu’il a fondé commémore au Liban la disparition de l’imam, lors de cérémonies qui se tiennent généralement à Beyrouth, Nabatiyé ou encore Tyr. Le président de la Chambre...
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