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Ni « oublié », ni « carte de négociation » : le Liban-Sud au cœur des hommages rendus à Moussa Sadr

L'imam disparu « refusait que le Sud demeure une région oubliée ou une carte de négociation », rappelle Aoun ; Salam déclare que la région méridionale « ne paiera plus le prix des conflits et des décisions d’autrui. »

Ni « oublié », ni « carte de négociation » : le Liban-Sud au cœur des hommages rendus à Moussa Sadr

De la fumée après des tirs d'obus sur la plaine de Marjeyoun, au Liban-Sud, le 25 août 2026. Photo AFP

Le Liban-Sud, dont plus de 600 km2 sont occupés et dont des habitations et infrastructures sont démolies au quotidien par Israël, s'est retrouvé dimanche au cœur des différents hommages rendus par les responsables libanais à l’occasion de la 48e commémoration de la disparition de l’imam Moussa Sadr, disparu en Libye le 31 août 1978. Le président de la République Joseph Aoun a ainsi réaffirmé que la région meurtrie du Sud ne devrait pas être une « carte » dans les négociations et que « seules les armes de l'État sont en mesure de le protéger », tandis que le Premier ministre, Nawaf Salam, a écrit que « le Sud ne paiera pas à nouveau le prix des conflits et des décisions d’autrui », en allusion aux deux guerres lancées, en l'espace de trois ans, par le Hezbollah contre Israël, d'abord en octobre 2023 en soutien à Gaza, et en mars 2026 pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Dans un communiqué publié à la veille de l'anniversaire de la disparition du dignitaire chiite, le chef de l’État a rappelé que Moussa Sadr appelait déjà à l'époque l’État à « assumer pleinement ses responsabilités dans la protection du Sud et de ses habitants », lui qui estimait que « les seules armes qui protègent le territoire sont les armes légitimes de l’État » et que la sécurité de cette région constitue « une responsabilité nationale collective qui ne peut être réduite à un camp au détriment des autres », faisant implicitement référence au Hezbollah.

Monopole des armes et extension de l'autorité de l’État

« L’imam Sadr n’était pas seulement un homme de religion (...), il était un bâtisseur de l’État et un homme de rassemblement national. Il croyait en un Liban uni et unifié, et rejetait le confessionnalisme et le sectarisme comme instruments de division », a écrit M. Aoun. Selon lui, l'imam disparu « refusait que le Sud demeure une région oubliée ou une carte de négociation, et appelait l’État à assumer pleinement ses responsabilités dans la protection du Sud », a-t-il souligné.

Dans un contexte de nouveau regain de tension entre Israël et le Hezbollah au Liban-Sud, notamment autour de la colline stratégique de Ali Taher près de Nabatiyé, le président de la République a également renouvelé son « plein engagement en faveur du monopole d’État sur les armes et de « l’extension de l’autorité de l’armée à l’ensemble du territoire national ». Selon lui, ces principes doivent permettre de bâtir l’État auquel aspirait Moussa Sadr : un État qui « protège ses citoyens et ne laisse pas le Sud affronter seul le danger », alors que cette région, en partie occupée par Israël, continue de subir « les agressions israéliennes et les violations de la trêve » malgré un énième cessez-le-feu annoncé le 20 juin. M. Aoun a affirmé vouloir poursuivre l’objectif d’un « État fort et juste » et d’« un Sud protégé par son armée, ses forces de sécurité ».

Concernant la disparition de Moussa Sadr et de ses deux compagnons, le cheikh Mohammad Yacoub et le journaliste Abbas Badreddine en 1978, le président a assuré que le Liban continuerait à réclamer « toute la vérité » sur leur sort et à suivre cette affaire « aux niveaux bilatéral et international, par tous les moyens diplomatiques et juridiques disponibles ». Pour ce faire, le Liban a renoué ses relations diplomatiques avec le gouvernement officiel de la Libye, basé à Tripoli, qui a envoyé pour la première fois depuis des décennies une délégation officielle à Beyrouth fin 2025. Cette venue a été suivie de la remise en liberté, en octobre 2025 (sous une caution de 900 000 dollars), de Hannibal Kadhafi, dont le père, l'ancien dictateur Mouammar Kadhafi, est accusé d’implication dans cette affaire.

Le Sud « ne paiera plus le prix des conflits d'autrui »

De son côté, le Premier ministre Nawaf Salam a rendu hommage à Moussa Sadr dans un message sur X, assurant que ce dernier « a porté la cause du Liban-Sud d’une capitale à l’autre ». « Le Sud ne sera pas laissé seul et son peuple ne paiera pas à nouveau le prix des conflits et des décisions d’autrui. Nous nous engageons à ce que les habitants du Sud restent sur leurs terres, que les personnes déplacées retournent dans leurs foyers et leurs villages en toute sécurité et dignité, et que le Sud ne soit plus le théâtre de guerres non décidées par le peuple libanais et son État. Nous nous engageons à ce que l'État, dont l'Imam avait appelé de ses vœux la présence dans le Sud, soit effectivement sur place : avec son armée, ses institutions, ses services et son développement ; protégeant son territoire et son peuple, et détenant seul le pouvoir de décider de la guerre et de la paix », a poursuivi le Premier ministre. « Il relève de notre responsabilité d'œuvrer à la fin de l'occupation israélienne et à l'arrêt de ses agressions, de reconstruire ce qui a été détruit, d'assurer le retour des populations du Sud dans leurs villages et d'étendre la souveraineté de l'État sur l'ensemble de son territoire. Aujourd'hui, telle est notre responsabilité et notre engagement », a conclu Nawaf Salam.

Le pouvoir devrait être « jugé pour crime de haute trahison »

S’appuyant sur sa lecture de la pensée de l’imam Sadr, le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, proche du tandem chiite et qui s'oppose, lui, à tout désarmement du parti-milice, a présenté la « résistance » comme une conséquence directe de l’échec de l’État à assurer sa mission de défense.

Selon lui, Moussa Sadr considérait que la légitimité du pouvoir dépend d’abord de sa capacité à protéger le citoyen, la terre et la souveraineté, et lorsque les institutions y renoncent, la « force populaire » appelée à défendre le pays acquiert une « légitimité ». « La résistance, dans la conception de l’imam Sadr, est une alternative à l’échec du pouvoir et à son abandon de sa fonction défensive et de son caractère national, car une patrie sans force n’est rien d’autre qu’une proie pour les sionistes et les autres », a-t-il affirmé.

Partant de cette interprétation, le mufti a violemment attaqué le pouvoir actuel, qu’il accuse de s’inscrire dans « un jeu américain extrêmement dangereux », de travailler « pour Washington et Tel-Aviv » et de délaisser le Sud face aux attaques israéliennes. « Que fait le pouvoir pour le Sud et face à l’extermination sioniste qui frappe les villages frontaliers et leurs habitants et menace le pays ? ». Et de conclure : « Il ne s’agit alors plus d’un pouvoir national, mais d’un camp qui devrait être jugé pour crime de haute trahison ».

« Le parti ne doit pas être plus fort que l’État »

Le patriarche maronite Béchara Raï, qui s'exprimait, lui, lors de son homélie dominicale et n'a pas fait de référence directe à Moussa Sadr, a également évoqué le Sud. Cette région « ne peut continuer à être une terre d’attente et de souffrance ». « Aucun règlement n’a de valeur si les habitants ne se sentent pas en sécurité sur leur terre et si le Liban ne recouvre pas sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire », a-t-il souligné. Il a encore mis en garde contre toute transformation de la question du monopole d’État sur les armes en « confrontation entre Libanais, ni un slogan utilisé par un camp contre un autre, ni un moyen d’attiser la rue et les divisions confessionnelles ». Il a ainsi appelé à traiter cette question « avec sagesse et responsabilité nationale ».

Le prélat a également demandé de sortir les négociations en cours avec Israël de leur « phase d’attente » afin qu’elles aboutissent à « des résultats préservant les droits du Liban, mettant fin aux agressions, conduisant au retrait de son territoire et lui rendant sécurité et stabilité ».


Le Liban-Sud, dont plus de 600 km2 sont occupés et dont des habitations et infrastructures sont démolies au quotidien par Israël, s'est retrouvé dimanche au cœur des différents hommages rendus par les responsables libanais à l’occasion de la 48e commémoration de la disparition de l’imam Moussa Sadr, disparu en Libye le 31 août 1978. Le président de la République Joseph Aoun a ainsi réaffirmé que la région meurtrie du Sud ne devrait pas être une « carte » dans les négociations et que « seules les armes de l'État sont en mesure de le protéger », tandis que le Premier ministre, Nawaf Salam, a écrit que « le Sud ne paiera pas à nouveau le prix des conflits et des décisions d’autrui », en allusion aux deux guerres lancées, en l'espace de trois ans, par le Hezbollah contre Israël, d'abord en...