Le président de la République, Joseph Aoun, à son arrivée au Parlement le 9 janvier 2025. Photo Mohammad Yassine/OLJ
Le président de la République Joseph Aoun a réaffirmé dimanche à l’occasion de la 48e commémoration de la disparition de l’imam Moussa Sadr, disparu en Libye le 31 août 1978, que le Liban-Sud ne devrait pas être une « carte » dans les négociations et que « seules les armes de l'État sont en mesure de le protéger ».
Dans un communiqué publié à la veille de l'anniversaire de la disparition du dignitaire chiite, le chef de l’État a rappelé que Moussa Sadr appelait déjà à l'époque l’État à « assumer pleinement ses responsabilités dans la protection du Sud et de ses habitants », lui qui estimait que « les seules armes qui protègent le territoire sont les armes légitimes de l’État » et que la sécurité de cette région constitue « une responsabilité nationale collective qui ne peut être réduite à un camp au détriment des autres », faisant implicitement référence au Hezbollah.
Monopole des armes et extension de l'autorité de l’État
« L’imam Sadr n’était pas seulement un homme de religion (...), il était un bâtisseur de l’État et un homme de rassemblement national. Il croyait en un Liban uni et unifié, et rejetait le confessionnalisme et le sectarisme comme instruments de division », a écrit M. Aoun. « Depuis le Sud, qu’il aimait et avait choisi comme tribune, l’imam a prononcé certains de ses discours les plus marquants pour défendre la dignité de ses habitants et de sa terre. Il refusait que le Sud demeure une région oubliée ou une carte de négociation, et appelait l’État à assumer pleinement ses responsabilités dans la protection du Sud », a-t-il souligné.
Dans un contexte de nouveau regain de tension entre Israël et le Hezbollah au Liban-Sud, notamment autour de la colline stratégique de Ali Taher près de Nabatiyé, le président de la République a également renouvelé son « plein engagement en faveur du monopole d’État sur les armes et de « l’extension de l’autorité de l’armée à l’ensemble du territoire national ».
Selon lui, ces principes doivent permettre de bâtir l’État auquel aspirait Moussa Sadr : un État qui « protège ses citoyens et ne laisse pas le Sud affronter seul le danger », alors que cette région, en partie occupée par Israël, continue de subir « les agressions israéliennes et les violations de la trêve » malgré un énième cessez-le-feu annoncé le 20 juin. M. Aoun a affirmé vouloir poursuivre l’objectif d’un « État fort et juste » et d’« un Sud protégé par son armée, ses forces de sécurité ».
Concernant la disparition de Moussa Sadr et de ses deux compagnons, le cheikh Mohammad Yacoub et le journaliste Abbas Badreddine en 1978, le président a assuré que le Liban continuerait à réclamer « toute la vérité » sur leur sort et à suivre cette affaire « aux niveaux bilatéral et international, par tous les moyens diplomatiques et juridiques disponibles ».
Pour ce faire, le Liban a renoué ses relations diplomatiques avec le gouvernement officiel de la Libye, basé à Tripoli, qui a envoyé pour la première fois depuis des décennies une délégation officielle à Beyrouth fin 2025. Cette venue a été suivie de la remise en liberté, en octobre 2025 (sous une caution de 900 000 dollars), de Hannibal Kadhafi, dont le père, l'ancien dictateur Mouammar Kadhafi, est accusé d’implication dans cette affaire.
« Le parti ne doit pas être plus fort que l’État »
Le patriarche maronite Béchara Raï a fait savoir dimanche que « le parti ne doit pas être plus fort que l’État », tout en mettant en garde contre toute transformation de la question du monopole d’État sur les armes en « confrontation entre Libanais ».
Dans son homélie, le patriarche a abordé directement ce dossier qui touche selon lui « à l’existence même de l’État, à l’unicité de son autorité », tout en estimant que cette question ne doit pas devenir un sujet de « confrontation entre Libanais, ni un slogan utilisé par un camp contre un autre, ni un moyen d’attiser la rue et les divisions confessionnelles ». Il a ainsi appelé à traiter cette question « avec sagesse et responsabilité nationale », estimant que « l’État ne se construit pas sur la défaite d’un partenaire, mais par le rassemblement de tous les partenaires sous son autorité ».
Le prélat a également demandé de sortir les négociations en cours avec Israël de leur « phase d’attente » afin qu’elles aboutissent à « des résultats préservant les droits du Liban, mettant fin aux agressions, conduisant au retrait de son territoire et lui rendant sécurité et stabilité ».
Concernant le Liban-Sud, Béchara Raï a enfin estimé que cette région « ne peut continuer à être une terre d’attente et de souffrance ». « Ses habitants veulent retourner dans leurs villages et leurs maisons, la terre appelle ses enfants et les régions sinistrées attendent la reconstruction et le retour à la vie », a-t-il dit. Et d'ajouter : « Aucun règlement n’a de valeur si les habitants ne se sentent pas en sécurité sur leur terre et si le Liban ne recouvre pas sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire ».



