Cette photo fournie, prise et diffusée par le service de presse de la présidence turque le 12 août 2026, montre le président turc Recep Tayyip Erdogan (à gauche) aux côtés du président palestinien Mahmoud Abbas (à droite), lors d’une cérémonie d’accueil au complexe présidentiel à Ankara. Photo via AFP
La Turquie a annoncé vendredi qu’elle demandera à Interpol un avis de recherche international (notice rouge) en vue d’arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dans le cadre d'une enquête sur l'interception brutale de la « Flottille pour Gaza », qui cherchait à acheminer de l'aide humanitaire en mai. Un second ressortissant israélien est également visé pour les agissements de l'armée israélienne à Gaza, qu'il a lui-même filmés et postés sur les réseaux sociaux, selon l'agence de presse turque IHA.
« Dans le cadre de la procédure judiciaire relative à l'attaque dans les eaux internationales contre les activistes de la Flottille (...) et conformément aux mandats d'arrêt émis le 14 juillet 2026 à l'encontre de Benjamin Netanyahu et Afek Moskovitch pour « génocide », le ministère de la Justice a demandé au ministère de l'Intérieur d'émettre des notices rouges en vue de leur arrestation internationale », a écrit sur X le ministre turc de la Justice Akin Gurlek. Benjamin Netanyahu et Afek Moskovitch sont poursuivis pour « crimes contre l'humanité, génocide, privation aggravée de liberté, « coups et blessures volontaires », torture, destruction de biens, pillage aggravé et détournement de véhicules de transport », a précisé le ministère.
Un avis de recherche est une demande adressée aux forces de police du monde entier en vue de localiser et d’arrêter provisoirement une personne dans l’attente de son extradition. Interpol examine les requêtes soumises par les États membres avant de décider si un avis de recherche sera publié.
Un soldat israélien mis en cause
La justice turque avait déjà émis en novembre 2025 des mandats d'arrêt pour « génocide » contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et plusieurs autres responsables israéliens, dénonçant le « génocide et les crimes contre l'humanité perpétrés de manière systématique par l’État hébreu à Gaza ». La Turquie, pays parmi les plus critiques de la guerre israélienne dévastatrice à Gaza, s'était déjà jointe l'an dernier à la procédure pour génocide contre Israël engagée par l'Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice (CIJ). « La Flottille pour Gaza » avait été interceptée brutalement en mai dans les eaux internationales entre Chypre et les côtes israéliennes. Les quelque 430 membres d'équipage et passagers à bord d'une cinquantaine de bateaux arraisonnés par l'armée israélienne en Méditerranée, à l'ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus à la prison de Ktziot (sud) avant d'être expulsés et acheminés à Istanbul par la Turquie.
Partis des côtes turques, les militants de la « Global Sumud Flotilla » (« sumud » signifie « résilience » en arabe) voulaient attirer l'attention sur la situation humanitaire dans la bande de Gaza, dévastée par plus de deux ans de guerre, en brisant le blocus maritime imposé par Israël. En avril, une précédente « flottille pour Gaza » avait déjà été interceptée par Israël au large de la Grèce. Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants de la « flottille pour Gaza » agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer.
Selon l'agence IHA, qui cite l'intégralité du nouvel acte d'accusation, Afek Moskovitch est « un soldat du 71e bataillon blindé » de l'armée israélienne mis en cause pour ses agissements dans le territoire palestinien. « Afek Moskovitch a publié sur son compte Instagram des images montrant huit chars et un bulldozer détruisant l'hôpital et la faculté de médecine de l'Université islamique de Gaza située à proximité ». « La vidéo révèle clairement qu'il s'agissait d'une opération systématique visant non seulement l'hôpital, mais aussi le bâtiment universitaire adjacent », est-il indiqué dans l'acte d'accusation.
Israël qualifie la démarche de « pathétique »
Interrogé sur les déclarations d'Akin Gurlek, le bureau de Benjamin Netanyahu s'est contenté de répondre : « La tentative pathétique d’intimidation d’Erdogan contre les dirigeants et soldats d’Israël, seule véritable démocratie du Moyen-Orient, n’aboutira à rien. »
La Turquie et Israël se sont mutuellement invectivés au cours de la semaine au sujet de la Syrie, où Israël a effectué des frappes aériennes sur la base aérienne militaire d’Abou al-Douhour qu’il estimait pouvoir accueillir des troupes turques, ce qui a suscité la condamnation d’Ankara et les critiques des États-Unis. La Syrie a affirmé qu’aucun déploiement de troupes turques n’était prévu sur cette base. L’influence de la Turquie en Syrie, en tant qu’allié du président syrien Ahmed el-Chareh, suscite l’inquiétude de l’État hébreu depuis que le président a renversé Bachar el-Assad en 2024. Le bureau du Premier ministre israélien a qualifié vendredi le président turc Recep Tayyip Erdogan de « dictateur antisémite », affirmant qu'Israël agira contre « les tentatives de la Turquie de déstabiliser la région ».
Ankara estime de son côté que la rhétorique d’Israël contre la Turquie et ses actions en Syrie sont alimentées par l’approche des élections législatives en Israël prévues en octobre.
Dans un communiqué conjoint, les ministres des Affaires étrangères de Turquie, d’Algérie, d’Indonésie, de Jordanie, du Liban, de Malaisie, de Mauritanie, du Pakistan, de Palestine, du Qatar, d’Arabie saoudite et de Somalie ont d'ailleurs fermement condamné vendredi les frappes aériennes israéliennes ayant touché la base aérienne militaire d’Abou al-Douhour. Ces attaques constituent « une escalade extrême et une violation flagrante de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’unité politique de la République arabe syrienne », ont insisté les signataires du texte. Ils ont estimé que les attaques répétées contre le territoire et les infrastructures de la Syrie risquaient de compromettre les efforts du pays pour rétablir la sécurité, reconstruire ses institutions et faire face aux conséquences humanitaires du conflit. Les ministres ont également averti que les violations continues par Israël de la souveraineté syrienne risquaient d’aggraver les tensions, de compromettre la paix et la stabilité régionales et d’affaiblir le respect du droit international. Ils ont enfin appelé la communauté internationale à prendre des mesures concrètes pour mettre fin à ces violations, assurer le respect de l’accord de désengagement de 1974 et obtenir le retrait des forces israéliennes des zones qu’elles occupent.
