Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Rafael Grossi, signe un accord avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Chaïbani, à Damas, le 4 juin 2025. Photo tirée du compte X de Rafael Grossi
L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) va prochainement retirer les matières nucléaires stockées sur un site clandestin en Syrie, dit « Site 99 », révèle lundi Axios. Cela intervient après que l'administration Trump est parvenue à des accords avec la Syrie et Israël, selon des responsables israéliens et américains cités par le média américain.
Le « Site 99 » stockait des résidus du programme nucléaire du régime Assad, centré sur le réacteur d'al-Kibar, bombardé et largement détruit par Israël en 2007. Si le matériel encore présent ne permet pas de fabriquer une arme nucléaire, il pourrait servir à une « bombe sale », un dispositif explosif conventionnel dispersant des matières radioactives afin de contaminer une zone, sans provoquer d'explosion nucléaire, explique le site. L'armée israélienne avait bombardé l'accès au site après le changement de régime en Syrie pour en empêcher l'accès, ont rapporté des responsables israéliens.
Depuis plus d'un an, Israël fait pression sur Washington, ne tolérant pas le maintien du matériel nucléaire sur le site, a affirmé un responsable israélien cité par Axios. L'État hébreu aurait même menacé de bombarder à nouveau le site si le matériel nucléaire n'était pas retiré, ou en cas de signes indiquant que la Syrie tentait d'y accéder. Damas n'aurait pas eu connaissance de l'existence de ces résidus nucléaires jusqu'à ce que l'administration américaine n'évoque la question, selon les sources du média.
Il y a plusieurs semaines, des Israéliens surveillant le site ont détecté des mouvements dans la zone les amenant à soupçonner que le nouveau gouvernement syrien tentait d'accéder au matériel nucléaire, selon des responsables israéliens et américains, Tel-Aviv craignant que le parrain turc du nouveau régime à Damas ne contribue à faciliter l'accès à ces résidus. L'administration Trump a alors demandé à Israël de ne prendre aucune mesure et a impliqué l'AIEA : en résulte un accord signé dans la plus grande discrétion il y a trois semaines entre l'agence nucléaire et le gouvernement syrien pour retirer le matériel nucléaire du site. Aucune annonce officielle n'avait alors été faite.
Mardi, la Commission syrienne de l'énergie atomique a elle déclaré qu'une délégation de l'AIEA se rendrait dans le pays pour annoncer des « progrès significatifs », rapporte l'agence de presse syrienne SANA. Selon cette dernière, la Commission réaffirme sa « coopération transparente avec l'AIEA afin de gérer l'héritage du régime défunt, de renforcer l'adhésion de la Syrie à l'Agence et de la soutenir dans les domaines des applications pacifiques de l'énergie nucléaire ». Une semaine après la chute de l'ancien régime, l'AIEA avait déjà signé un accord avec Damas pour visiter le réacteur d'al-Kibar et d'autres sites liés au programme nucléaire syrien.
Cette dynamique de coopération s'inscrit dans un contexte plus large où Israël considère le nouveau régime syrien comme un danger islamiste, Tel-Aviv ayant bombardé une grande partie des équipements militaires syriens du régime Assad à la chute de celui-ci et occupant depuis une partie du Golan qui était démilitarisée, menant des incursions régulières en territoire syrien. L'État hébreu craint l'influence turque sur son voisin, alors qu'Ankara dénonce avec véhémence l'expansionnisme israélien dans la région depuis le 7-Octobre. Cette rivalité contraste avec le rapprochement effectué entre la Syrie et les États-Unis depuis la chute du clan Assad. Il y a un mois, les États-Unis ont décidé de retirer la Syrie de la liste des États soutenant le terrorisme une mesure datant de 1979. L'annonce est survenue après la rencontre entre Donald Trump et le dirigeant syrien Ahmad el-Chareh, en marge du sommet de l'OTAN en Turquie. Le président américain avait aussi commencé à lever la plupart des sanctions contre la Syrie il y a un an.


