Un blindé B1 Centauro de l'ONU sur d'une base de la FINUL près de Mansouri, au Liban-Sud, le 19 septembre 2026. Photo REUTERS/Mohamed Azakir
Lundi soir, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a réitéré auprès du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, la demande de Beyrouth de maintenir une présence internationale sous l’égide de l’ONU au Liban-Sud, alors que le mandat de la la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), déployée depuis 1978, prend fin en décembre. Il a plus largement poursuivi ses rencontres à New York avec des dirigeants arabes et régionaux, en évoquant principalement les dossiers du soutien à l'armée libanaise, à qui il est demandé depuis 2025 de désarmer le Hezbollah, et du monopole des armes.
M. Salam tient ces réunions en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, où il doit prononcer le discours du Liban. Mis à l'écart du cycle de négociations entre Beyrouth et Tel-Aviv, le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi (Forces libanaises), fait partie de la délégation libanaise à New York, puis Washington. Nawaf Salam pourrait également s'entretenir avec le président iranien, Massoud Pezeshkian, dans une première rencontre depuis des mois entre responsables des deux pays, et à l'heure où le Moyen-Orient est au bord d'une nouvelle escalade, selon le journal Al-Modon.
329.000 personnes encore déplacées au Liban
Lors de sa rencontre avec M. Guterres au siège de l’ONU à New York, M. Salam a indiqué qu’environ 329.000 personnes étaient toujours déplacées au Liban depuis le début du dernier conflit en mars dernier, et a appelé à soutenir l’action humanitaire. Il a plus largement souligné « l’importance de maintenir une présence internationale sous l’égide des Nations unies dans le sud du pays après le retrait de la Finul », selon un communiqué de son bureau. Cela devrait se faire de manière à « garantir la poursuite des fonctions de surveillance, de rapport et de liaison, contribuer à préserver la stabilité et soutenir le processus d’extension de l’autorité de l’État libanais sur l’ensemble de son territoire », a ajouté le président du Conseil des ministres. Une urgence pour Beyrouth à l'heure où Israël maintient des troupes dans une « zone de sécurité » autoproclamée s'étendant sur une profondeur d'environ 10 kilomètres au Liban-Sud, le long de la frontière.
Déjà la semaine dernière, le président Joseph Aoun avait déclaré que le Liban souhaitait une nouvelle force, européenne ou autre, pour éviter un vide sécuritaire après le départ des Casques bleus, mais que « la meilleure option, et la plus optimale, reste la prolongation du mandat de la Finul », dans des propos rapportés par l'AFP. La création d’une nouvelle force pour succéder à la Finul figurait également à l’ordre du jour d’une réunion qui s’est tenue la semaine dernière à Paris entre Joseph Aoun, le président français Emmanuel Macron et le roi Abdallah II de Jordanie. La France et l'Italie ont fait savoir qu'elles souhaitaient mettre en place une coalition pour préparer le relais de la Finul.
Sous pression américaine, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé en août 2025 de fixer à décembre 2026 la fin du mandat de la force internationale au Liban-Sud, qui compte 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays et déployés au Liban-Sud, le long de la Ligne bleue qui s'étend sur 120 kilomètres, traçant une frontière de facto entre le Liban et Israël.
Même « défi » du désarmement pour le Liban et l'Irak
Lors de sa rencontre avec le roi Abdallah II de Jordanie, M. Salam a remercié le royaume hachémite pour son soutien à une mobilisation internationale en faveur de l’armée et des Forces de sécurité intérieure (FSI), que Beyrouth appelle de ses voeux. Les deux parties ont souligné « l’importance » de poursuivre la coordination libano-jordanienne et « d’intensifier les efforts diplomatiques afin de contenir l’escalade et d’épargner à la région de nouvelles confrontations », selon un communiqué du bureau du chef du gouvernement.
Par ailleurs, M. Salam et son homologue irakien Ali el-Zaïdi ont évoqué des « défis communs », et « réaffirmé leur engagement à renforcer l’autorité de l’État et de ses institutions et à poursuivre le processus visant à placer les armes sous le contrôle exclusif de l’État ». Depuis son entrée en fonction au printemps dernier, le Premier ministre irakien s'est engagé à ce que les factions armées remettent leurs armes à l'État. La question a attisé les tensions, plusieurs groupes refusant de désarmer. Les deux responsables ont également fait un suivi des résultats de la visite de M. Salam à Bagdad en juillet dernier, notamment concernant les projets communs dans les domaines de l’énergie, des transports et de l’interconnexion régionale, selon un communiqué du Grand sérail.
Le dossier des logements préfabriqués, qui a connu un développement lundi après l'acheminement de premières maisons dans la « zone pilote » de Zaoutar el-Gharbiyé, a été évoqué lors de la rencontre entre M. Salam et le président turc Recep Tayyip Erdogan. « Le soutien que la Turquie pourrait apporter au processus de retour et de relèvement » au Liban-Sud a été évoqué lors de la réunion. Les deux dirigeants ont également fait le point sur les accords conclus lors de la visite de M. Salam à Istanbul en juillet dernier, concernant le renforcement des relations libano-turques et l’élargissement de la coopération entre les deux pays, notamment dans les domaines du commerce, des investissements, de l’énergie et des infrastructures.
Lundi soir, au consulat général du Liban à New York, lors d'une rencontre avec la diaspora libanaise, Nawaf Salam a martelé qu'« il ne peut donc y avoir d’État avec deux armées, ni d’État avec deux décisions ». « En ce qui concerne les armes, nous avons pris des décisions importantes et déterminantes, et nous poursuivons leur mise en œuvre, quelles que soient les difficultés », a-t-il encore martelé. En écho à son discours la semaine dernière au Parlement, M. Salam a reconnu que « les événements et les défis ont été plus importants que ne l'avait prévu » le gouvernement, lors de sa prise de fonctions début 2025. Il a encore assuré « oeuvrer à obtenir le retrait israélien, consolider le retour de nos compatriotes dans le Sud et lancer le processus de redressement et de reconstruction ». « Je sais que nous ne pouvons pas vous demander d’investir dans un pays dont l’État ne remplit pas ses devoirs », a-t-il déclaré, appelant les Libanais « de New York, Washington, Paris, Londres ou des pays du Golfe à devenir les partenaires d’un nouveau projet économique ».

