Pavel Durov, PDG et cofondateur de l'application de messagerie Telegram, arrive au tribunal de Paris pour une audience, le 6 décembre 2024. Photo d'archives Thomas Samson / AFP
Les services de sécurité russes ont annoncé mercredi avoir inculpé Pavel Durov, fondateur de la messagerie Telegram, pour avoir facilité des activités terroristes.
Pavel Durov n'a pas réagi dans l'immédiat, mais il a déjà qualifié cette affaire de prétexte fabriqué de toutes pièces visant à restreindre l'accès des Russes à Telegram, dans le cadre des efforts des autorités pour limiter le droit à la vie privée et la liberté d'expression. Il avait déjà été arrêté et traduit en justice en France dans le cadre d'une enquête portant sur le rôle de Telegram dans plusieurs activités criminelles. La popularité de Telegram lui vaut également une surveillance accrue dans le reste du monde.
Voici ce que l'on sait de lui et de sa société.
Le Zuckerberg russe
Pavel Durov, 41 ans, est né à Saint-Pétersbourg, en Russie, le 10 octobre 1984. Son application de messagerie gratuite est l'un des principaux concurrents de WhatsApp, propriété de Meta, qui possède aussi Facebook et Instagram. Il a passé une grande partie de son enfance à Turin, où son père travaillait. Souvent décrit comme le « Mark Zuckerberg russe », en référence au fondateur de Facebook, il a d'abord fondé en 2006 VKontakte, un réseau social présentant de nombreuses similitudes avec Facebook. Il est également à l'origine de la plateforme blockchain The Open Network (TON) et de sa cryptomonnaie native, initialement baptisée Gram, développées entre 2018 et 2020. Telegram a, quant à lui, été lancé en 2013.
Telegram affirme compter plus d'un milliard d'utilisateurs. L'application est devenue une source d'information essentielle sur la guerre en Ukraine et est largement utilisée par les responsables russes comme ukrainiens. Certains analystes la qualifient de « champ de bataille virtuel » du conflit.
La fortune de Pavel Durov est estimée par Forbes à 6,6 milliards de dollars. Il a quitté la Russie en 2014 après avoir refusé d'obtempérer à une demande des autorités exigeant la fermeture de communautés d'opposition sur VKontakte, avant de vendre le réseau social.
Ennuis avec la Russie
La Russie a commencé à bloquer Telegram en 2018 après le refus de ses dirigeants de se conformer à une décision de justice ordonnant de donner aux services de sécurité russes accès aux messages chiffrés des utilisateurs. Cette mesure a eu peu d'effet sur la disponibilité de l'application en Russie, mais a déclenché d'importantes manifestations à Moscou et suscité des critiques de la part d'organisations non gouvernementales.
Depuis son départ de Russie, Pavel Durov a obtenu les nationalités française et émiratie. Il s'est installé à Dubaï avec Telegram en 2017.
En 2024, Pavel Durov a été interpellé le 24 août à son arrivée à l'aéroport du Bourget, près de Paris, puis placé en garde à vue pendant plus de 80 heures dans le cadre d'une enquête sur Telegram et son utilisation à des fins criminelles par certains utilisateurs. Il a été mis en examen quatre jours plus tard avant d'être remis en liberté sous contrôle judiciaire. L'interdiction de quitter le territoire a été définitivement levée le 13 novembre 2025.
En 2026, la Russie a renforcé ses efforts pour limiter Telegram, en imposant de nouvelles restrictions et en poursuivant la procédure pénale engagée contre Pavel Durov. Telegram accuse les autorités russes d'utiliser de faux prétextes pour justifier l'interdiction de l'application et pousser les Russes à utiliser MAX, la nouvelle messagerie soutenue par l'État.
Du Brésil à l'Inde
En France, les autorités enquêtent sur le fait que la plateforme n'aurait pas suffisamment lutté contre les activités criminelles. D'autres pays ont également exprimé des inquiétudes concernant la présence de contenus illicites. Telegram rejette ces accusations.
En 2022, l'Allemagne a infligé des amendes d'un montant total de 5,125 millions d'euros à Telegram pour ne pas avoir mis en place un dispositif légal permettant de signaler les contenus illicites, ni désigné un représentant en Allemagne habilité à recevoir les communications officielles. Ces deux obligations sont prévues par la législation allemande.
Au Brésil, Telegram a été suspendu puis remis en service à plusieurs reprises par décision de justice entre 2022 et 2024. En 2022, une ordonnance de la Cour suprême, rendue par le juge Alexandre de Moraes, a été révoquée quelques heures plus tard.
En Espagne, la Haute Cour a temporairement bloqué Telegram en 2024 dans le cadre d'une enquête ouverte à la suite de plaintes déposées par plusieurs groupes de médias, qui accusaient l'application de permettre à ses utilisateurs de mettre en ligne leurs contenus sans autorisation, avant d'annuler cette décision.
En Inde, une enquête des autorités a estimé, en juin dernier, que Telegram était largement utilisé pour diffuser des contenus pédopornographiques et faciliter des escroqueries financières, conduisant le gouvernement à suspendre temporairement l'application. Le rapport du Centre de coordination contre la cybercriminalité du ministère indien de l'Intérieur a été soumis à la justice dans le cadre de la défense du gouvernement, qui a obtenu le maintien d'une interdiction d'une semaine de l'application après la fuite présumée d'un sujet de l'examen d'entrée en faculté de médecine. Dans cette affaire, Telegram était accusé de ne pas avoir fait suffisamment pour empêcher la diffusion de fausses informations sur ses chaînes, une accusation rejetée par l'entreprise.



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