Rien ne se passe par hasard dans la vie, une belle leçon que j’ai apprise après avoir quitté le Liban pour enseigner en Tunisie. C’est là où des comparaisons se sont imposées d’elles-mêmes. Ces deux petits pays méditerranéens à l’histoire tourmentée et à la jeunesse brillante ne se ressemblent que sur le papier. Et pourtant, il suffit de vivre dans chacun pour comprendre qu’ils ne vivent pas et ne parlent pas le même langage. Je m’explique !
Quatre ans en Tunisie m’ont appris que ces deux pays ont chacun une façon spectaculaire de se connecter à moi… au monde…
Quatre ans en Tunisie m’ont appris que le café est une institution figée dans le temps, stable, presque un rituel monacal. On y croise les mêmes habitués, aux mêmes tables, jouant aux mêmes jeux de cartes. À Beyrouth, le café est devenu un théâtre, un luxe, un privilège. À Mar Mikhaël ou Gemmayzé, je paie un latte six dollars (puisque notre monnaie nationale ne veut plus rien dire), en ayant des conversations en trois langues à la fois. Le pays s’effondre, mais le café, lui, reste ouvert, et nous, on continue à vivre comme si de rien n’était.
Quatre ans en Tunisie m’ont appris que Beyrouth klaxonne fort, tout le temps et pour tout. C’est devenu un langage à part entière que nous comprenons parfaitement, impeccablement. La Tunisie, elle, est plus silencieuse. On s’énerve, certes, mais le chaos ne cherche pas à se faire entendre de tout le quartier. Pas pour le moment en tout cas. Certains disent que c’est en train de changer… moi, je ne le vois pas (encore…).
Une belle métaphore à laquelle je pense souvent : le Liban serait une femme flamboyante, qu’on a toujours célébrée pour sa beauté. La « Suisse du Moyen-Orient », dit-on encore, avec une pointe de nostalgie. La Tunisie, de son côté, serait un homme plus austère, qui avance sans éclat, à pas mesurés, et reconstruit en silence, loin des projecteurs. Et vous savez quoi ! Puisque je suis dans les clichés assumés, autant aller jusqu’au bout : le Liban, c’est comme le Wi-Fi : un signal ouvert à tout le monde et en même temps. Tout le monde essaie de s’y connecter, et le mot de passe, d’ailleurs, tout le monde le connaît : 18 confessions.
La Tunisie, c’est plutôt comme le Bluetooth. Ça se connecte un par un, plus lentement, mais une fois la connexion établie, elle a tendance à tenir.
J’ai vécu ici. J’ai vécu là-bas. Ces deux pays n’ont cessé de m’aider, chacun à sa manière, dans les moments où j’en avais le plus besoin. Le Liban, c’est mon beau pays qui m’a appris à vivre, à rire, à lutter, à accueillir sans réserve, à ne jamais renoncer. La Tunisie m’a appris autre chose : la patience, la douceur des choses simples et surtout la générosité des gens qui n’attendent rien en retour. Une leçon de vie qui prouve que la bonté existe encore dans ce monde de plus en plus fou et ingrat.
Alors merci à ce beau couple qui forme en moi l’équilibre entre passion et stabilité. M. ou Mme,
Wi-Fi ou Bluetooth, peu importe le protocole. Juste merci à vous deux, merci à votre débit certainement défaillant ces temps-ci. Merci à vous deux qui refusez obstinément de vous déconnecter.
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