Messieurs,
Depuis près de sept ans, le plus grand vol de l’histoire du Liban se déroule sous les yeux du monde entier. Sept années pendant lesquelles des milliers de déposants ont été privés de l’argent qu’ils ont gagné honnêtement au prix d’une vie de travail et de sacrifices. Les victimes ne sont ni des criminels ni des fraudeurs. Ce sont des citoyens honnêtes, des hommes et des femmes qui ont travaillé toute leur vie. Des retraités, des expatriés, des parents, des personnes âgées, des Libanais qui ont cru en leur pays. Ils ont placé le fruit de leur dur labeur dans les banques libanaises avec une seule certitude : leur argent y était en sécurité. Cette certitude a été trahie. Je suis l’un d’entre eux. Mon argent ne s’est pas évaporé. Il m’a été confisqué, pour ne pas employer d’autres termes plus virulents. J’ai aujourd’hui 80 ans. À mon âge, chaque année, chaque mois, chaque jour compte. Je n’ai pas le luxe d’attendre indéfiniment. J’ai passé des décennies à travailler dur en Afrique, loin de ma famille, dans le seul but d’assurer un avenir digne à mes filles. J’étais convaincu qu’en plaçant mes économies au Liban, convaincu qu’en faisant confiance aux dirigeants, elles seraient en sécurité, que je faisais le bon choix. Cela a été ma plus grande erreur. À mon âge, le temps n’est plus une promesse : c’est ce qu’il me reste de plus précieux. Combien d’années faudra-t-il encore attendre ? Serai-je mort avant de pouvoir profiter à nouveau de mon argent ? Combien de déposants mourront avant d’avoir revu un seul dollar de ce qui leur appartient ? Pendant que les responsables politiques, financiers et bancaires se renvoient la faute, ce sont les déposants qui en paient seuls le prix ! Des retraités renoncent à leurs soins. Des parents ne peuvent plus payer les scolarités de leurs enfants. Des familles vendent leurs biens pour survivre dignement. Puis est venue l’explosion du port de Beyrouth en 2020. Comme si la faillite des banques ne suffisait pas, des milliers de Libanais ont perdu leurs maisons, leur entreprise, parfois leurs proches. Beaucoup ont dû reconstruire seuls sans pouvoir accéder à leurs propres économies. Un peuple déjà volé, frappé une seconde fois. Quel pays condamne ainsi ses citoyens à vivre de l’aumône alors que leur argent dort dans les banques qui se refont une santé entre-temps ? Chaque jour qui passe est une faute de plus, chaque mois une injustice de plus, et chaque année une humiliation de plus ! Monsieur le Président, vous avez été élu pour restaurer la confiance de votre peuple dans l’État. Cette confiance ne renaîtra pas avec des discours. Alors je vous pose la question : qu’avez-vous fait pour rendre leur argent aux déposants ? Quel est votre plan ? Monsieur le Gouverneur, vous dirigez aujourd’hui la Banque du Liban : quand allez-vous nous rendre notre argent ? Les déposants ne réclament ni privilège, ni faveur, ni compensation et surtout pas de la charité. Ils réclament leur propriété ! Cet argent, fruit d’années de sacrifices, d’exil et de fatigue appartient uniquement à ceux qui l’ont gagné. Je réitère ma question : quand allez-vous rendre aux déposants la totalité de l’argent qui leur appartient ?
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