L’ancienne Première dame Michelle Obama et l’ancien président américain Barack Obama écoutent une prestation de Stevie Wonder lors de la cérémonie d’inauguration du Centre présidentiel Barack Obama, Photo Scott Olson/Getty Images via AFP
Inauguré le 18 juin dans les quartiers sud de Chicago, fief de la famille – il y a longtemps vécu avec sa femme Michelle, leurs filles y sont nées et sa trajectoire politique s’y est déroulée avant d’entrer à la Maison-Blanche de 2008 à 2016 – l’Obama Presidential Center commémore le 44e président des États-Unis qui a marqué les esprits. Cette tradition américaine veut qu’une fois leurs mandats achevés, les chefs d’État sortants établissent leur propre bibliothèque-musée personnalisée, exposant des documents et des objets qui témoignent de leur vie et de leur carrière. C’est dans cet esprit qu’a été pensé l’Obama Presidential Center étalé sur 76000 m2, doté d’une imposante tour en granit de 69 mètres, quasiment sans fenêtres, qui abrite les collections exposées. Une statue du couple Obama en train de saluer accueille les visiteurs. Un musée monolithique est au cœur du vaste site installé dans le « South Side » de Chicago.
Dans ce lieu symbolique, on retrouve les principales préoccupations du couple et les rencontres qui ont marqué leurs années de présidence. C’est ainsi que le visiteur tombera sur un endroit fleurant la bonne santé, baptisé Tafari’s Kitchen. L’enseigne est attachée de très près à l’ancien président et à sa famille. Elle n’est pas qu’une simple pause pour reprendre un peu d’énergie.

Le souvenir d’un ancien chef de la Maison-Blanche
Tafari’s Kitchen rend hommage à l’un des anciens chefs, Tafari Campbell, disparu tragiquement en 2023, qui avait dirigé les cuisines de la Maison-Blanche durant les deux mandats de Barack Obama. En quittant la présidence, la famille l’engage en tant que chef personnel. La Fondation Obama se souvient de lui en ces termes : « Tafari Campbell était connu pour être une âme chaleureuse et humble qui a utilisé ses immenses talents et sa passion pour la nourriture afin de répandre la joie et rassembler les gens. Tafari était un membre bien-aimé de notre famille. Il avait égayé notre vie avec son incroyable créativité, toujours enjouée. » Aujourd’hui, l’Obama Présidential Center propose donc une carte consacrée à toutes les dégustations qu’il avait concoctées.
Dans cet arrêt gastronomique, les gourmets retiendront d’abord les fameuses côtelettes Tafari accompagnées d’une salade de pommes de terre et de « Coleslaw » , le riche et savoureux Chili de « la famille Obama », le « riz rouge de Mme Robinson », la mère de Michèle Obama, le Tomatoe Gazpacho et le Vegetarian Combo. Du côté des plats classiques, le choix se fait entre des lasagnes et un saumon aux tomates séchées. Tafari avait l’habitude d’utiliser des ingrédients naturels cueillis dans le grand verger que Michelle Obama, alors First Lady, avait planté dans les jardins de la Maison-Blanche. Cet espace verdoyant et nourricier a été récemment saccagé par le président Trump qui l’a bétonné pour le transformer en une salle de bal en plein air.

Un portrait du cuisinier par l’actrice Kate Capshaw
Tafari Campbell avait d’abord travaillé pour George W. Bush. Il est né en 1978 à Dumfries, en Virginie, et décède en 2023 dans un accident sportif. Il a passé une grande partie de son enfance chez ses grands-parents maternels pendant que sa mère servait dans l’armée américaine et c’est auprès de sa grand-mère qu’il a commencé à développer une passion pour l’art culinaire qui ne l’a jamais quittée. Par la suite, il suit une formation culinaire en Virginie, ouvre son propre restaurant avant de postuler à la Maison-Blanche. Enfin, Tafari vient d’être commémoré picturalement : Kate Capshaw (actrice et épouse du célèbre cinéaste Steven Spielberg) a réalisé son portrait qui sera accroché au restaurant du centre Obama. Un centre à l’image même de ce président américain fédérateur et tourné vers de multiples horizons.
Legs d’un homme d’État, jamais loin de sa communauté
Conçu comme une haute tour, l’Obama Presidential Center ne se veut pas uniquement un lieu de mémoire mais plutôt un campus muséal éducatif, communautaire et civique, enrichi d’espaces publics, et de jardins à thèmes, à l’instar d’un potager baptisé « Eleanor Roosevelt », célèbre épouse du président Franklin D. Roosevelt. Durant la Seconde Guerre mondiale, cette dernière avait aménagé dans un coin des jardins de la Maison-Blanche ce qu’elle avait appelé « The Victory Garden » (le Jardin de la Victoire). Elle voulait que ce verger soit utilisé par les citoyens américains en cas d’une éventuelle période de pénurie alimentaire. De même, un terrain de basket, une vaste aire de jeux et une bibliothèque numérique, la première dématérialisée parmi les bibliothèques présidentielles. Des équipements sportifs ont également été mis à la disposition des visiteurs, réminiscence du mouvement Move lancé par Michelle Obama pour réduire l’obésité chez les jeunes.
Au-delà du legs d’un seul homme d’État, l’Obama Presidential Center rend hommage à la multitude de mains, de voix et d’espérances qui tissent ensemble la trame de la vie communautaire. Il n’est donc pas étonnant de voir que Donald Trump évoque à son tour le projet de construire son centre à Miami...


