Critiques littéraires Romans

Alexandrie, ville-phare cosmopolite au cœur d’un polar endiablé

La Dame d’Alexandrie de Gilles Gauthier, Riveneuve, 2026, 300 p.

À quatre-vingt-un ans, suite à une carrière de diplomate en Algérie, Liban, Bahreïn, Égypte et Yémen, et une casquette de professeur, conseiller culturel et traducteur de l’arabe vers le français des ouvrages de Alaa al-Aswany dont le roman L’Immeuble Yacoubian, Gilles Gauthier n’a pas fini de dévoiler et révéler les beautés et les richesses du monde arabe. Si l’un de ses premiers opus témoigne de cette passion dévorante, ses écrits ultérieurs demeurent dans cette optique et ce courant. L’on cite volontiers L’Homme de Tanger et Un si proche ennemi.

Aujourd’hui, dans sa retraite d’homme de lettres à la double culture, vivant entre Paris et Le Caire, fidèle à ses premières inspirations et à ses amours culturelles orientales, qui ne cachent ni leurs couleurs ni leur sensualité d’un univers disparu, il publie un roman policier aux éditions Riveneuve, au titre explicite, La Dame d’Alexandrie. Avec, en sous-titre, cette interrogation sur un drame : Mais qui a tué Mona Salem ?

Certes l’enquête, les coulisses, les causes et l’éclairage des zones d’ombre, sur l’assassinat ou le suicide de l’une des dernières grandes dames d’Alexandrie, constituent bien le nœud central du récit. Et c’est là aussi l’occasion de brosser le portrait d’une femme de classe, à la beauté particulière et garçonne, anticonformiste, au mariage jamais consommé et au cœur immense pour protéger ses domestiques. Du courage dans son comportement tout en cultivant la discrétion.

Ce livre, dans le sillage de Lawrence Durrell ou de Robert Solé, est en fait un beau prétexte pour ressusciter Alexandrie, la ville-phare cosmopolite, avec sa société singulière tissée de toutes les nationalités (Grecs, Italiens, Libanais, Coptes, Juifs, Turcs, Circassiens). Avec des fêtes légendaires, des « parties » qui défient les chroniques, des personnages extravagants ou outranciers. Sans oublier les remous sociaux imprévus qui ont bouleversé le paysage, non seulement de l’Égypte mais de tout le monde musulman.

Depuis la gloire fastueuse du roi Farouk à sa chute, en passant par l’avènement du régime de Gamal Abdel Nasser, les nationalisations, la guerre avec Israël et ses sinistres séquelles, tout cela fait la trame tonitruante de ce roman grouillant de vie, de fureur, de bruit, de démesure. Mais il y a aussi ces moments de plaisir et de farniente à écouter le clapotis de la mer, fumer la chicha, se verser un copieux verre de whisky, vivre dans des maisons à l’élégance de palace, même si cela sentait déjà le vieux ou le démodé…

Une ville qui dialogue avec le lecteur et lui tend le miroir de son passé entre gloire et décadence, le miroir aussi du changement, des époques révolues, des moments où le bonheur, déjà si fragile ou précaire, n’est plus.

Livre tumultueux et tourmenté entre la mort soudaine et inexpliquée d’une femme de la haute société et le murmure et les éclats de la deuxième plus grande ville d’Égypte, située sur la côte méditerranéenne.

Dans la course entre le déchiffrage d’un crime, et le ventre et la carapace d’une ville mythique, qui en détient la clef et le secret ? Et c’est la ville, dans une langue classique, saupoudrée de termes arabes ou étrangers, portée par une certaine élégance dans les descriptions, avec ses rumeurs, ses vagues de transformation, ses pulsions politiques et ses images somptueuses, qui l’emporte. À travers une vibrante nostalgie, une belle résurrection d’une ville portuaire unique, classée à l’époque hellénistique parmi les sept merveilles du monde grâce à son phare, et célèbre pour sa bibliothèque.


La Dame d’Alexandrie de Gilles Gauthier, Riveneuve, 2026, 300 p.À quatre-vingt-un ans, suite à une carrière de diplomate en Algérie, Liban, Bahreïn, Égypte et Yémen, et une casquette de professeur, conseiller culturel et traducteur de l’arabe vers le français des ouvrages de Alaa al-Aswany dont le roman L’Immeuble Yacoubian, Gilles Gauthier n’a pas fini de dévoiler et révéler les beautés et les richesses du monde arabe. Si l’un de ses premiers opus témoigne de cette passion dévorante, ses écrits ultérieurs demeurent dans cette optique et ce courant. L’on cite volontiers L’Homme de Tanger et Un si proche ennemi.Aujourd’hui, dans sa retraite d’homme de lettres à la double culture, vivant entre Paris et Le Caire, fidèle à ses premières inspirations et à ses amours culturelles orientales, qui ne...
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