Critiques littéraires Architecture

Composer avec l’air : l’architecture météorologique de Philippe Rahm

Composer avec l’air : l’architecture météorologique de Philippe Rahm

4°C entre toi et moi de Philippe Rahm et Sana Frini, Actar Publishers, 2025, 302 p.

Histoire naturelle de l’architecture : comment le climat, les épidémies et l’énergie ont façonné la ville et les bâtiments de Philippe Rahm, Points, 2023, 368 p.

Philippe Rahm est un architecte suisse. Son travail, allant du physiologique au météorologique, a acquis une audience internationale dans le contexte de la durabilité. Pour lui, comprendre l’essence de l’architecture au XXIe siècle suppose de revenir à la condition endothermique, c’est-à-dire à la nécessité biologique de maintenir une température corporelle humaine constante de 37°C. Il affirme que bâtir, c’est créer une extension de notre propre corps et que l’architecture nous aide à rester à la bonne température, un peu comme si les murs transpiraient ou frissonnaient à notre place pour nous protéger.

L’architecture traditionnelle s’est longtemps concentrée sur le « solide », les murs et les planchers qui définissent l’espace, mais Rahm suggère que « la masse est secondaire par rapport au vide ». L’espace n’est pas une absence, mais une masse remplie de champs électromagnétiques, de compositions chimiques et de mouvements météorologiques dans lesquels le corps est immergé. En se concentrant sur la « valeur climatique du vide », l’architecte ouvre de nouveaux climats et de nouvelles interprétations : « la forme et la fonction suivent le climat ».

Rahm remplace la géométrie euclidienne par un nouveau vocabulaire : « La convection est la nouvelle symétrie, la conduction est le nouvel alignement et l’émissivité est la nouvelle décoration. » Le prototype Digestible Gulf Stream (2008) en est un exemple. Deux plans horizontaux, l’un chauffé à 28°C et l’autre refroidi à 12°C, y génèrent un paysage thermique plastique et climatiquement dynamique. Les visiteurs choisissent librement leur position dans ce paysage invisible en fonction de leur activité, de leurs vêtements ou de leur état métabolique. De même, les Mollier Houses (2005) repensent l’organisation spatiale à travers l’humidité relative. Au lieu de pièces fonctionnelles, le projet instaure une stratification des niveaux de vapeur d’eau (de 30 % à 100 % d’humidité relative), créant un ensemble de « poupées russes » où le renouvellement de l’air détermine un parcours allant de la chambre sèche à la salle de bain humide. Dans ces maisons, on se laisse envelopper par l’atmosphère.

Rahm critique l’ajout de couches « écologiquement correctes » (telles que des panneaux solaires ou de la végétation) à des conceptions traditionnelles. Il propose au contraire que le développement durable devienne le « moteur d’un renouvellement radical » de la forme architecturale. Cela apparaît notamment dans son approche de la « décoration atmosphérique ». Selon lui, le « cube blanc » du modernisme n’a été possible que parce que le chauffage central a rendu obsolètes les fonctions thermiques de la décoration traditionnelle (tapisseries, tapis, rideaux). Aujourd’hui, ces éléments réapparaissent comme dispositifs techniques, choisis pour leur effusivité et leur émissivité thermiques afin de réduire la consommation énergétique.

La recherche de Philippe Rahm oriente l’architecture vers un paysage « objectif » de pure présence. En abandonnant le « projet architectural » au profit de « l’architecture du projet », il cherche à formuler de nouvelles typologies fondées sur la respiration, la transpiration et le métabolisme. Construire, c’est comme inventer une nouvelle météo. L’architecte transforme le climat sauvage de l’extérieur en un « printemps perpétuel », un refuge doux et humain où il fait bon vivre, une atmosphère humanisée au sein de laquelle de nouvelles relations sociales peuvent être inventées.


4°C entre toi et moi de Philippe Rahm et Sana Frini, Actar Publishers, 2025, 302 p.Histoire naturelle de l’architecture : comment le climat, les épidémies et l’énergie ont façonné la ville et les bâtiments de Philippe Rahm, Points, 2023, 368 p.Philippe Rahm est un architecte suisse. Son travail, allant du physiologique au météorologique, a acquis une audience internationale dans le contexte de la durabilité. Pour lui, comprendre l’essence de l’architecture au XXIe siècle suppose de revenir à la condition endothermique, c’est-à-dire à la nécessité biologique de maintenir une température corporelle humaine constante de 37°C. Il affirme que bâtir, c’est créer une extension de notre propre corps et que l’architecture nous aide à rester à la bonne température, un peu comme si les murs...
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