Le président Joseph Aoun. Photo d'archives Ani
L'entretien accordé vendredi par le président Joseph Aoun à la chaîne américaine CNN a déclenché les premières réactions au Liban et à l'étranger. Dans cet entretien, le président de la République accusait notamment l'Iran d'utiliser le Liban comme « monnaie d'échange » dans son bras de fer avec Washington, exhortant Téhéran, parrain du Hezbollah, à cesser toute ingérence dans les affaires intérieures du Liban, tout en lui rappelant : « Ce n'est pas votre pays, c'est le nôtre ». Dans une rare critique à l'encontre aussi du secrétaire général du Hezbollah, Joseph Aoun a soutenu que Naïm Kassem, « ne représente pas le peuple libanais ». Ce dernier vient de rejeter le dernier accord de cessez-le-feu au Liban annoncé mercredi à Washington, le qualifiant de « capitulation » et de « défaite » et réclamant un cessez-le-feu et un retrait des Israéliens du Liban-Sud. Israël et le Liban avaient convenu mercredi de « la mise en œuvre d'un cessez-le-feu » et de la création de « zones pilotes » sous contrôle de l'armée libanaise, au terme de deux jours de pourparlers à Washington.
« Je déclare mon soutien total à la position du président de la République », a écrit Fouad Makhzoumi, député anti-Hezbollah de Beyrouth, sur son compte X. « Le Liban est doté d'un chef d’État élu, d'institutions et d'une armée. Et c'est à travers celles-ci uniquement qu'il prend une décision nationale », a-t-il dit avant d'ajouter : « Quant à la décision de paix et de guerre, aucun groupe armé affilié à l'extérieur n'a le droit de la confisquer. La souveraineté et la paix passent exclusivement par l’État libanais et les négociations qu'il mène au nom du Liban, et non au nom d'un projet régional », a encore dit le parlementaire.
Le chef des Kataëb Samy Gemayel a pour sa part estimé que les déclarations de Joseph Aoun « contribuent à restaurer la dignité de l’État ». « Pour la première fois, nous entendons des propos d’une telle clarté et d’un tel patriotisme », a-t-il ajouté. « Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère dans laquelle nous retrouvons notre dignité. Cette dynamique conduira à la construction d’un État qui nous ressemble. Nous devons soutenir la légitimité afin que cette orientation se poursuive et que nous puissions retrouver l’espoir d’un avenir meilleur », a-t-il dit.
A son tour, et dans une démarche assez rare, Amos Hochstein, ancien émissaire spécial des États-Unis et architecte du cessez-le feu de novembre 2024, s'est félicité des propos de Joseph Aoun. « Bien dit M. le président. Ce sont les Libanais et non l'Iran ou quelqu'un d'autre qui devraient décider du sort du Liban. De même seule l'armée libanaise, devrait le défendre et aucune force armée, interne ou externe ne devrait être déployée dans le pays ».
En face, et à l'heure où le Hezbollah n'a pas officiellement réagi aux propos du chef de l’État, le mufti jaafarite Ahmad Kabalan (porte-parole non déclaré de la milice chiite) s'en est chargé. « Celui qui représente son peuple n'accepte pas que les habitants du Sud l'évacuent. Et celui qui interdit à l'armée de défendre le pays puis appelle au retrait de la résistance du sud du Litani, sans retrait israélien simultané, ne représente pas le Liban (...) », a lancé le dignitaire religieux à l'adresse du président.

