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Société - guerre au liban 2026

Déplacés et handicapés : l'adaptation difficile des centres d’accueil aux besoins spéciaux

Le ministère des Affaires sociales évalue encore le nombre de cas, mais l'estime jusqu'à présent à près de 3 000.

Déplacés et handicapés : l'adaptation difficile des centres d’accueil aux besoins spéciaux

Une déplacée dans une école de Haret Sakhr (Kesrouan). Photo Suzanne Baaklini/L’Orient-Le Jour

« Nous sommes sortis de chez nous à la hâte lorsque les bombardements ont commencé, sans nos habits, nos papiers, nos médicaments, mes équipements. Et nous voilà dans le dénuement le plus total. » Amine Hijazi, 42 ans, père paraplégique de deux fillettes de deux ans et six mois, a fui le village frontalier d’Aïtaroun (Bint Jbeil) pour se réfugier à Aramoun, dans l’un des centres relevant de l’organisation Dar el-Aytam al-Islamiya, dans le caza de Aley, au Mont-Liban. La petite famille y est arrivée après 30 heures de route, dans la voiture conduite par son épouse.

Amine a eu la chance de pouvoir emporter sa chaise roulante avec lui, mais il est loin du confort relatif de sa maison où tout était adapté à son handicap. Il a aussi dû abandonner la petite boutique qui lui permettait de faire vivre sa famille. Comme de nombreuses personnes handicapées, il se retrouve aujourd’hui désemparé, sans repères ni médicaments. « Il est vrai que nous n’avons connu aucun jour de véritable paix depuis fin 2023, mais nous tentions de tenir bon », lâche-t-il.

Depuis leur exode de différentes localités libanaises après la reprise des hostilités entre Israël et le Hezbollah dans la nuit du 1er au 2 mars 2026, de nombreuses personnes souffrant de handicap se retrouvent dans des lieux non adaptés à leur situation. « Nous tentons, comme par le passé, de recenser ces cas dans les centres d’accueil à travers le pays et de nous enquérir des besoins », explique Sylvana Lakkis, présidente de l’Union des handicapés du Liban.

Afin que leur prise en charge ne soit pas reléguée au second plan, l’ONG – dans le cadre de la « Coalition des associations en charge du handicap » – tente d’alerter les autorités sur les mesures urgentes à prendre, tout en maintenant une présence sur le terrain. « Avant que la guerre n’éclate, nous avions assuré un suivi avec le ministère des Affaires sociales pour équiper des écoles officielles afin qu’elles soient mieux adaptées aux élèves handicapés. Nous avons réussi à transformer 116 écoles à travers le pays », précise Sylvana Lakkis. Dans le contexte actuel, les associations avaient proposé que les déplacés présentant un handicap soient accueillis en priorité dans ces établissements, « mais dans le chaos, les centres se sont remplis avec les premiers arrivés », regrette-t-elle.

Des « besoins énormes »

Sept associations spécialisées dans la prise en charge de personnes handicapées ont ouvert les portes de leurs centres à ces déplacés et à leurs familles, dont celui de Aramoun. Ces centres ne peuvent toutefois pas recevoir tous les cas et les 116 écoles précitées étant souvent saturées, le ministère, contacté par L’Orient-Le Jour, dit s’activer pour tenter d’équiper en urgence un maximum de centres d’accueil dans les différentes régions, avec l’aide de l’ONU et des organisations internationales. Mais l’adaptation reste plus lente que l’exode lui-même, déplore Sylvana Lakkis. À la Cité sportive, plus de 35 personnes handicapées sont déjà recensées alors qu’une seule toilette reste accessible, via une pente très raide.

Les Affaires sociales assurent également prendre des mesures pour les personnes présentant un handicap mental, comme celle de consacrer des pièces entières à leurs familles. « Les besoins sont énormes, qu'il s'agisse des soins et des équipements », souligne Sylvana Lakkis. « On ne compte plus les cas ayant fui sans leur chaise roulante, ceux qui se retrouvent sous les tentes alors qu’ils ont besoin de lits médicaux, ou de gens âgés et handicapés sans aucun accompagnement », décrit-elle.

Près de 3 000 cas

Les informations obtenues auprès du ministère des Affaires sociales font état d’une étude en cours pour évaluer le nombre de personnes concernées et l’étendue des besoins : un chiffre très provisoire de 3 000 personnes à besoins spéciaux est avancé pour le moment. Le financement du soutien aux personnes handicapées est, lui, assuré par le budget d’urgence mis en place par le gouvernement de Nawaf Salam, d'une part, et par les organisations internationales, d'autre part, selon ce ministère. « Nous tentons de contribuer à assurer un maximum de besoins et distribuons des centaines de repas chauds à ces familles chaque jour », précise Sylvana Lakkis, précisant que les besoins vont des équipements spécialisés (lits médicaux, rails de lits) aux articles d’hygiène.

Pour faire face à cette crise, l’Union des handicapés du Liban a lancé une campagne de collecte de dons, à laquelle il est possible de contribuer en appelant le 76-512874. L’union a également mis à la disposition du public des numéros verts pour la protection contre la violence et le harcèlement qui augmentent avec le déplacement (76-989247), pour les besoins liés au handicap (70-436772/81-491824) et pour la distribution de plats chauds (03-192979).

« Nous sommes sortis de chez nous à la hâte lorsque les bombardements ont commencé, sans nos habits, nos papiers, nos médicaments, mes équipements. Et nous voilà dans le dénuement le plus total. » Amine Hijazi, 42 ans, père paraplégique de deux fillettes de deux ans et six mois, a fui le village frontalier d’Aïtaroun (Bint Jbeil) pour se réfugier à Aramoun, dans l’un des centres relevant de l’organisation Dar el-Aytam al-Islamiya, dans le caza de Aley, au Mont-Liban. La petite famille y est arrivée après 30 heures de route, dans la voiture conduite par son épouse.Amine a eu la chance de pouvoir emporter sa chaise roulante avec lui, mais il est loin du confort relatif de sa maison où tout était adapté à son handicap. Il a aussi dû abandonner la petite boutique qui lui permettait de faire vivre sa famille. Comme...
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