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Le grand retour du commissaire Jean-Baptiste Adamberg

Dans une intrigue savamment tortueuse et une mise en scène sachant ménager le suspense, Fred Vargas revient sur la scène littéraire avec un polar délectable.

Le grand retour du commissaire Jean-Baptiste Adamberg

Une unique lueur de Fred Vargas, Flammarion, 2026, 512 p.

Paris, la nuit, un crime est commis. Une femme, une très belle femme, est retrouvée assassinée dans une rue du Ve arrondissement. Un crime ignoble ? Pas tout à fait. On parlerait plus volontiers d’un crime raffiné exécuté par un esthète. Il se trouve que la victime, Florence Belleville, pas encore la trentaine, mannequin de l’agence Strass, gît au sol comme si elle sommeillait. Portant une veste tailleur en pied de poule, un brushing impeccable, un rouge à lèvres vif, elle a tout de ces femmes fatales et inaccessibles dont on peut s’éprendre au premier regard. Deux choses surprennent néanmoins dans cette scène de crime : la jeune femme porte sur elle, autour de son cou, un sifflet en or et il apparaît qu’elle a été tuée d’un coup de couteau porté par une longue lame au cœur, sans que le sang n’ait giclé de sa poitrine, comme si l’atrocité de la mort n’osait abîmer la pureté de sa beauté.

Le commissaire Adamsberg, chef de la brigade criminelle, est le premier sur les lieux. Et pour cause, il rentrait ce soir-là à pied chez lui, comme cet adepte de la flânerie le fait souvent, quand il est tombé par hasard sur cette scène de crime. Mais de hasard il n’y en a pas vraiment dans les romans de Fred Vargas. Ou plutôt, c’est derrière le hasard que se reconstituent par strates, par recoupements, par efforts d’analyse qui réclament une attention particulière, les éléments de la vérité. Et si cette belle femme mise sur le chemin d’Adamsberg n’était rien d’autre qu’un défi intellectuel lancé au commissaire par un redoutable ennemi ?

Dès que le commissaire commence à enquêter avec sa formidable équipe qu’il aime réunir en « concile », un nouveau cadavre apparaît. Même type de jeune femme, belle à crever, même mise en scène, même objet inattendu – un sifflet en or comme signature du crime –, même absence de tache de sang. Sauf que cette nouvelle victime n’est pas du tout nouvelle. Elle est morte il y a six ans et l’enquête n’a jamais été résolue. Adamsberg est persuadé que le criminel, après les meurtres d’Alice Verdel et de Florence Belleville, va encore frapper. Et que ce dernier prend autant de plaisir à confondre la police qu’à tuer ses victimes. D’autant qu’une troisième victime, Élise Silverstein, est bientôt retrouvée morte exactement dans les mêmes conditions que ses défuntes semblables.

Trop, c’est trop. Adamsberg est contraint de passer à l’action. Il va devoir scruter chaque détail de chaque affaire pour circonscrire, un peu comme on traque une bête, la vérité. « Tout le monde laisse des traces », proclame-t-il. Surtout ceux qui cherchent à les effacer.

Pour ceux qui ne connaissent pas le commissaire Adamsberg, il faut s’imaginer le type même de l’homme passe-partout. Un gars au physique quelconque qui vit en célibataire et aime nourrir les chats. Le portrait même de l’anti-héros à qui l’on serait loin d’attribuer le rôle de super-flic. Adamsberg ne bande pas les muscles et on ne l’a jamais vu courir – au sens propre – derrière un criminel. Mais comme les grands détectives, comme Miss Marple, comme Sherlock Holmes, comme Columbo, comme Maigret évidemment dont il est un fils putatif, Adamsberg possède une qualité qui fait de lui un génie de l’enquête : il croit en ses intuitions plus qu’aux armes de la raison.

C’est un vrai plaisir de retrouver dans cette nouvelle aventure d’Adamsberg la patte de Fred Vargas, figure très à part et à contre-courant dans un genre, le polar, qui a tendance à se complaire depuis quelques années dans l’effroi et le choc, le thrill et le toc. Fred Vargas redonne du lustre à la patine spirituelle du polar, en rappelant que toute enquête est avant tout une œuvre de l’esprit. Et qu’il y a une vraie jouissance intellectuelle à la mener. Fred Vargas, écrit-elle des polars pour intellos ? Non. Elle met en place des situations qui sont des énigmes complexes dans un décorum digne d’un cabinet de curiosités. Pour faire progresser l’enquête, on aura ici le bonheur de découvrir des références aussi inattendues et suaves qu’une explication de texte d’un poème de Gérard de Nerval, les secrets d’intimité du couple Bacall-Bogart sur le tournage du Port de l’angoisse, la fougue du chevalier Prince Noir au XIVe siècle ou la visite des plus belles joailleries de la ville de Los Angeles où, et c’est une première pour les fans, le commissaire Adamsberg, cet indécrottable parisien, va devoir se rendre…

Adamsberg, Petit Poucet rêveur perdu dans son bureau de police, prouve aux adeptes de la police scientifique que le chemin qui mène à la vérité est plus poétique qu’on ne le croit. Il est loin de répondre à la seule logique des faits. Les plus belles enquêtes sont faites de la matière de nos rêves et de nos souvenirs. Adamsberg est humain, trop humain et c’est pour ça qu’on l’aime.

Une unique lueur de Fred Vargas, Flammarion, 2026, 512 p.Paris, la nuit, un crime est commis. Une femme, une très belle femme, est retrouvée assassinée dans une rue du Ve arrondissement. Un crime ignoble ? Pas tout à fait. On parlerait plus volontiers d’un crime raffiné exécuté par un esthète. Il se trouve que la victime, Florence Belleville, pas encore la trentaine, mannequin de l’agence Strass, gît au sol comme si elle sommeillait. Portant une veste tailleur en pied de poule, un brushing impeccable, un rouge à lèvres vif, elle a tout de ces femmes fatales et inaccessibles dont on peut s’éprendre au premier regard. Deux choses surprennent néanmoins dans cette scène de crime : la jeune femme porte sur elle, autour de son cou, un sifflet en or et il apparaît qu’elle a été tuée d’un coup de couteau...
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