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Société - guerre au liban 2026

Abou Ali, l’octogénaire qui s’est endormi sur les décombres de sa maison à Srifa, n’est plus

Hussein Fakih « incarnait l’image typique du vieillard sudiste. Il avait son jardin et son atelier dans lequel il passait son temps », témoigne son fils Adnan.

Abou Ali, l’octogénaire qui s’est endormi sur les décombres de sa maison à Srifa, n’est plus

Hussein Fakih, alias Abou Ali, endormi sur les décombres de sa maison à Srifa, au Liban-Sud. Photo DR

Sa photo avait fait le tour des réseaux sociaux et suscité l’émoi parmi de nombreux internautes. Hussein Fakih, alias Abou Ali, cet octogénaire originaire de Srifa (caza de Tyr) qui s’était fait connaître par un cliché le montrant endormi sur les décombres de sa maison, est décédé lundi après avoir subi une opération chirurgicale, selon son fils Adnan, joint au téléphone par L’Orient-Le Jour. Des informations circulant en ligne insinuaient, pour leur part, qu’Abou Ali était décédé de tristesse, après la perte de son domicile.

Hussein Fakih, alias Abou Ali. Photo DR
Hussein Fakih, alias Abou Ali. Photo DR

L’enterrement a eu lieu sous les bombes mardi dans son village natal, car les funérailles d’Abou Ali ont coïncidé avec un appel de l’armée israélienne à évacuer Srifa, suivi d’une frappe sur le secteur. « Le bombardement a commencé pendant l’enterrement », témoigne Adnan, qui évoque son père avec beaucoup de douceur. « Abou Ali incarnait l’image typique du vieillard sudiste. Il avait son jardin et son atelier dans lequel il passait son temps. C’était un homme à l’esprit très ouvert », raconte-t-il.

« Il s’est allongé, comme si de rien n’était »

Revenu au village après l’entrée en vigueur de la trêve le 17 avril entre le Hezbollah et Israël, Abou Ali fouillait dans les décombres de sa maison, détruite par une frappe israélienne, dans l’espoir de dénicher quelques objets familiers, le jour où le cliché a été pris. « Il essayait de retrouver certaines de ses affaires. Puis il s’est senti fatigué et a décidé de faire une sieste, comme il le faisait d’habitude. Il s’est alors allongé sur les décombres, comme si de rien n’était », explique Adnan.

Sur la photo, on aperçoit Abou Ali, de dos, étendu sur un bloc de béton au milieu des gravats, entouré de pierres, de ferraille et d’un tronc d’arbre déraciné par la frappe, avec en second plan une voiture endommagée. Cette photo a été largement relayée sur les réseaux sociaux ainsi que dans les médias locaux et régionaux, et considérée comme un symbole des souffrances des habitants du Liban-Sud qui, pour certains, ont tout perdu à cause du conflit. Une autre image publiée en ligne montre Abou Ali assis sur les gravats, vêtu de gants pour pouvoir fouiller les décombres.

Âgé de 87 ans, Abou Ali était père de famille et avait été employé au sein du fournisseur public Électricité du Liban, avant de prendre sa retraite. S’il est décédé lundi des suites d’une opération chirurgicale, son fils estime que le corps de son père avait été fragilisé par les séquelles de la frappe qui a détruit sa maison. « Son corps allait mal, après les émanations des frappes qu’il avait respirées », assure-t-il. « La vague de sympathie que sa photo a suscitée était positive, malgré la haine exprimée par certains et basée sur des considérations d’ordre confessionnel », ajoute Adnan.

Si la majorité des commentaires en ligne exprimaient leur sympathie pour Abou Ali, certains n’ont pas hésité à railler les conditions dans lesquelles se trouvent aujourd’hui certains membres de la communauté chiite, après l’entrée du Hezbollah en guerre contre Israël, le 2 mars.

Contacté par L’OLJ, Mohammad Nazzal, président de la municipalité de Srifa, évoque pour sa part la « tristesse » suscitée par le départ d’Abou Ali. « Il se rendait tous les jours sur les décombres pendant la trêve. Ce geste a permis aux gens de s’identifier à lui et de ressentir de la sympathie », se rappelle-t-il. « Comme tous les hommes de sa génération, c’est quelqu’un qui a connu le Liban durant ses heures de gloire », poursuit-il. M. Nazzal explique par ailleurs qu’Abou Ali ne passait pas la nuit endormi sur les décombres, comme certains l’affirmaient en ligne, mais qu’il s’y rendait en journée.

La localité de Srifa a été bombardée à plusieurs reprises par l’armée israélienne et fait l’objet de nombreux appels à évacuer depuis le début du conflit. Malgré un cessez-le-feu décrété le 17 avril pour dix jours puis reconduit pour trois semaines, l’armée israélienne mène des frappes quasi quotidiennes au Liban-Sud.

Sa photo avait fait le tour des réseaux sociaux et suscité l’émoi parmi de nombreux internautes. Hussein Fakih, alias Abou Ali, cet octogénaire originaire de Srifa (caza de Tyr) qui s’était fait connaître par un cliché le montrant endormi sur les décombres de sa maison, est décédé lundi après avoir subi une opération chirurgicale, selon son fils Adnan, joint au téléphone par L’Orient-Le Jour. Des informations circulant en ligne insinuaient, pour leur part, qu’Abou Ali était décédé de tristesse, après la perte de son domicile.Hussein Fakih, alias Abou Ali. Photo DR L’enterrement a eu lieu sous les bombes mardi dans son village natal, car les funérailles d’Abou Ali ont coïncidé avec un appel de l’armée israélienne à évacuer Srifa, suivi d’une frappe sur le secteur. « Le bombardement a commencé...
commentaires (3)

Déraciné dans son viel âge, habitant du sud du Liban, belle région riche d'eaux et dont la terre grasse fait croître tant de biens de subsistance. Longtemps abandonnée à elle même, le Hezbollah n'existait même pas encore! Une zone dont l'image éloignée de "Suisse du Moyen-Orient" ne flattait peut-être pas d'autres libanais ou investisseurs. Dans les années 50/60/70 étions-nous dérangés de voir un tout jeune "boia" à la Place des Canons? Un pays de grandes inégalités, cessons de tourner la tete de l'autre côté et comprenons de notre récent passé du pourquoi des souffrances de tous ??❣️

Letizia Bey

19 h 11, le 08 mai 2026

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Commentaires (3)

  • Déraciné dans son viel âge, habitant du sud du Liban, belle région riche d'eaux et dont la terre grasse fait croître tant de biens de subsistance. Longtemps abandonnée à elle même, le Hezbollah n'existait même pas encore! Une zone dont l'image éloignée de "Suisse du Moyen-Orient" ne flattait peut-être pas d'autres libanais ou investisseurs. Dans les années 50/60/70 étions-nous dérangés de voir un tout jeune "boia" à la Place des Canons? Un pays de grandes inégalités, cessons de tourner la tete de l'autre côté et comprenons de notre récent passé du pourquoi des souffrances de tous ??❣️

    Letizia Bey

    19 h 11, le 08 mai 2026

  • Histoire déchirante que son âme sois en paix

    William SEMAAN

    22 h 17, le 06 mai 2026

  • Paix à son âme

    Saliba Patricia

    00 h 34, le 06 mai 2026

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