Le patriarche Béchara Raï. Photo d'archives Ani
Une campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux ciblant le patriarche maronite Béchara Raï a suscité une large vague de condamnation samedi au sein de la classe politique et religieuse, poussant le chef de l’État, Joseph Aoun, à condamner les attaques contre les dignitaires religieux chrétiens et musulmans et appeler au « maintien des divergences d’opinion dans un cadre politique », sans explicitement apostropher le mouvement chiite.
M. Aoun a été suivi par le président du Parlement Nabih Berry qui a déclaré que « le seul véritable vainqueur lorsque les Libanais se divisent (...) et s’affrontent est celui qui a osé détruire le couvent des religieuses à Yaroun, la mosquée de Bint Jbeil et la husseiniya (lieu de culte chiite) de Doueir », en référence à de récents bombardements israéliens au Liban-Sud.
Dans un communiqué publié plus tôt dans la journée de samedi, M. Berry a expliqué que les attaques visant le patriarche Raï avaient commencé après une première provocation de la chaîne LBCI à travers des vidéos tout aussi « insultantes » et « dépassant les limites du désaccord politique », dans un contexte de guerre avec Israël qui détruit une partie du Liban-Sud afin de créer une zone tampon, malgré une trêve en cours négociée sous l’égide américaine, tandis que le Hezbollah et ses alliés s’opposent à des négociations directes entre le Liban et Israël.
Le Premier ministre Nawaf Salam a attendu la fin de journée pour réagir.
L'Orient-Le Jour revient sur cette séquence.
Botte du Hezbollah et cochon
Tout est parti d’une campagne sur les réseaux sociaux visant le cardinal Raï en fin de semaine, relayée par plusieurs comptes — dont certains appartiennent à des usagers habitant apparemment au Liban-Sud, tandis que d’autres semblent être de faux comptes ou des bots, sans abonnés et avec des photos très génériques.
Des images où la tête du chef religieux, qui est généralement critique du Hezbollah et de sa guerre contre Israël, est remplacée par une chaussure — une Ranger qui ressemble à celles utilisées par des partisans du Hezbollah dans d’autres publications sur les réseaux sociaux —, un cochon ou une tête d’oiseau de la célèbre série de jeux mobiles Angry Birds. Un autre montage montrant Mgr Raï tout sourire aux côtés du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a également circulé.
Cette campagne a été lancée dans le sillage de la diffusion récente sur LBCI -chaîne libanaise dont la ligne éditoriale est aussi critique du Hezbollah- d’une vidéo montrant le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, et ses miliciens représentés sous forme de caricatures inspirées de Angry Birds, dans une démonstration raillant le côté déséquilibré de leur action militaire face aux moyens israéliens.
Dans son communiqué, le Hezbollah a qualifié les vidéos de la LBCI « d'attaques qui rabaissent l’expression politique à un niveau répugnant et la transforment en un outil délibéré visant à envenimer la rue et à tendre la société (...) afin de susciter une discorde incontrôlable entre les Libanais ». Le mouvement islamiste a appelé ses partisans à « prendre conscience de la gravité de ce qui est ourdi contre tous les Libanais, et les invite à ne pas se laisser entraîner dans ce que visent les ennemis de la 'résistance' — et donc les ennemis du Liban — », décrivant ainsi indirectement une tentative d’Israël et de son allié américain de lancer une guerre civile dans le pays. Le député du Hezbollah Ibrahim Moussaoui s’est fait l’écho de ce message, tandis que dans la matinée, un autre élu du parti chiite, Hussein Hajj Hassan, laissait entendre que « les attaques et destructions au Liban-Sud, dans le cadre du prétendu cessez-le-feu, se font en coordination avec les États-Unis et le Liban ».
Menace de poursuites
De l’autre côté du spectre politique, les personnalités et organisations chrétiennes se sont focalisées sur les caricatures du patriarche. « 1 600 ans de défense de la liberté… Bkerké est une montagne qui ne tremble pas », a notamment écrit le chef des Kataëb, le député Samy Gemayel sur X, pour prendre la défense du patriarcat. L’ancien député aouniste Ibrahim Kanaan a, lui, déclaré que « Bkerké et son patriarche incarnent la conscience du Liban ». Un autre ex-aouniste, Simon Abi Ramia, a qualifié les caricatures de « grave dégradation du discours public, ainsi qu’une atteinte aux valeurs de respect qui doivent régir notre vie nationale ».
Le président de la Ligue grecque-catholique, Gaby Abou Rjeily, a averti que l’escalade de la violence verbale contre les autorités politiques et religieuses pourrait menacer la paix civile. Le Catholicos patriarche de la Maison de Cilicie des Arméniens catholiques, Raphaël Bedros XXI Minassian, a également condamné des caricatures « inacceptables ».
La Ligue maronite a, pour sa part, dénoncé des contenus relevant de la « vulgarité et de l’incitation », saisissant la justice et appelant à des mesures rapides et à la responsabilisation des auteurs. Le Conseil maronite général a, lui, condamné un « niveau inédit de dégradation morale », appelant à des poursuites immédiates et mettant en garde contre une menace pour la paix civile et l’unité nationale, tout en critiquant un « silence suspect » des autorités. Le Conseil des patriarches et évêques catholiques a condamné pour sa part les insultes visant Béchara Boutros Raï et appelé à prendre les mesures nécessaires contre toute personne dont l’implication serait avérée.
Selon des informations exclusives obtenues par la chaîne MTV, le président du parti Mouvement du changement, l’avocat Elie Mahfoud, accompagné d’une équipe de juristes, prépare le dépôt d’une plainte auprès du parquet de la Cour de cassation contre toute personne impliquée dans l’insulte ou la diffamation du patriarche. Le bâtonnier de Beyrouth, Imad Martinos, a considéré qu'il était "obligatoire" de porter ces faits devant la justice, considérant ces caricatures comme « une atteinte à tout le Liban dans toutes ses composantes, religieuses et laïques, et une remise en cause d’une autorité nationale et spirituelle fédératrice », selon l’Agence nationale d’information (Ani, officielle)
Appel au respect
Le mufti sunnite de la République, Abdel Latif Deriane, a, lui, contacté le patriarche Raï « pour prendre de ses nouvelles et condamner fermement les attaques dont il a fait l’objet », rapporte l’Ani. Il a également « souligné que ces atteintes ne touchent pas seulement une personne ou une autorité particulière, mais portent atteinte à l’essence même de la dignité nationale et nuisent à l’image et aux valeurs du Liban », affirmant le soutien de Dar al-Fatwa au patriarche. Le chef spirituel druze, cheikh Sami Abi al-Mouna, a, lui aussi, contacté le chef de l’Église maronite et condamné les insultes, affirmant que cette attaque constitue « une atteinte à la dignité de la nation ».
Toujours très offensif dans ses prises de position à l’égard du Hezbollah, le député sunnite du Nord Achraf Rifi a considéré que le mouvement chiite « force (les Libanais) à choisir entre la soumission ou la séparation ». Le chef du Parti socialiste progressiste Teymour Joumblatt a quant à lui écrit sur son compte X que les médias devraient « assumer leurs responsabilités » et « respecter l’éthique de l’expression des opinions et de la présentation des idées sans insulter ni accuser de trahison ». Le député joumblattiste Marwan Hamadé a considéré qu’il fallait poursuivre les auteurs des caricatures en justice.
Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, proche du Hezbollah, a souligné « le danger de ceux qui font la promotion de la sédition religieuse et de l’hostilité entre chrétiens et musulmans », avant d’imputer la responsabilité des tensions aux « médias alignés sur des intérêts sionistes ». Le vice-président du Conseil islamique chiite supérieur, le cheikh Ali al-Khatib, a tenu un discours similaire.
Le président Joseph Aoun a, enfin, privilégié un discours ferme mais soucieux de ne pas attiser davantage les divisions. Condamnant les attaques contre « les chefs des communautés chrétiennes et musulmanes, autorités spirituelles au Liban », le chef de l'État a « appelé à maintenir les divergences de points de vue dans leur cadre politique et à s’élever au-dessus des insultes personnelles, en raison des répercussions négatives de telles pratiques, notamment dans les circonstances que traverse le pays, qui exigent une large solidarité nationale ».
Le Premier ministre Nawaf Salam a attendu la fin de l’après-midi pour réaffirmer qu’il « a toujours mis en garde contre toute dérive vers des formes d’expression comprenant des insultes personnelles, des attaques, du harcèlement ou des accusations de trahison, toutes condamnables, et qui contribuent à attiser les tensions et les passions », ajoutant que cela vaut « quelle que soit la profondeur du désaccord politique, tout en restant attaché à la liberté d’expression ». Il a également appelé les citoyens à « faire preuve du plus haut degré de responsabilité », afin d’éviter de pousser le pays vers des tensions dont les conséquences pourraient être imprévisibles.
De son côté, le ministre de l’Information, Paul Morcos, a affirmé travailler à « lutter contre les discours de haine et l’incitation, en coopération avec des organisations internationales comme l’UNESCO (pour la culture) et le PNUD (pour le développement), ainsi que par des campagnes médiatiques ».




Pour répondre á la Liberté d'expression. Avoir fait la Sorbonne ne donne pas d'immunité ni intellectuelle, ni morale. Et il faut voir quelle Sorbonne il a fait le gars : il y a des campus au nord de Paris (villetaneuse, St Denis...) historiquement des fiefs de l'UNEF. Les deux universités de droite á Paris sont Assas pour le droit et Dauphine pour la Gestion et l'informatique.
12 h 25, le 03 mai 2026