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Culture - Théâtre

De la fracture à la facture : rire de survie avec « Hanné »

Au Monnot les 30 avril et 1er mai, la comédie d’Élie Kamal, avec Nada Abou Farhat dans le rôle-titre, aborde par le biais du rire la précarité qui touche aujourd’hui de nombreux Libanais.

De la fracture à la facture : rire de survie avec « Hanné »

Karim Chebli, Nada Abou Farhat, Joyce Abou Jaoudé et Salma Chalabi, les quatre comédiens de Hanné. Photo Charles Cremona

Depuis un accident survenu en 2025 qui l’a contrainte à porter un plâtre pendant plusieurs mois et lui a inspiré Break a Leg, un one-woman-show mêlant récit personnel et critique sociale, Nada Abou Farhat semble avoir développé un goût certain pour les rôles d’« emplâtrée » sur scène. La voilà qui remonte aujourd’hui sur les planches avec un (faux) plâtre à la jambe gauche dans Hanné, une comédie écrite et mise en scène par son mari, Élie Kamal, à l’affiche du théâtre Monnot les 30 avril et 1er mai*.

Mais cette fois, la comédienne endosse un véritable rôle de composition, pour lequel elle a opéré une métamorphose physique impressionnante. Cheveux filamenteux striés de blanc, voix chevrotante, visage raviné rictus en coin, le regard tantôt vide, tantôt traversé d’éclairs de malice, elle incarne une vieille dame arrivée en pleine nuit aux urgences avec une jambe cassée.

Karim Chebli et Nada Abou Farhat, duo de choc de Hanné. Photo Charles Cremona
Karim Chebli et Nada Abou Farhat, duo de choc de Hanné. Photo Charles Cremona

Clouée sur son lit d’hôpital, elle semble prendre un malin plaisir à rendre folle la sœur infirmière chargée de veiller sur elle. Ses attitudes et réparties, oscillant entre léthargie et lucidité mordante, brouillent constamment les pistes. Et donnent du fil à retordre à cette bonne sœur Marie Isabelle – interprétée par Salma Chalabi – qui tente tant bien que mal de comprendre à quelle sorte de personne elle a affaire. Une insupportable radoteuse ou une usurpatrice ? D’autant que la religieuse a besoin de découvrir son identité… Histoire de savoir à qui adresser la facture des soins prodigués à cette patiente pour le moins déroutante.

Dépassée, soupçonneuse puis résignée, elle passera le flambeau de l’enquête à un adjudant de police, personnage fantasque interprété par Karim Chebli. Un drôle d’énergumène dont l’attention se portera rapidement sur la jeune doctoresse au rire hennissant et au comportement avec la patiente pour le moins étrange, jouée par Joyce Abou Jaoudé.

 Salma Chalabi (Sœur Marie Isabelle) et Karim Chebli (l'adjudant), deux figures caricaturales de « Hanné » bien campées. Photo Charles Cremona
Salma Chalabi (Sœur Marie Isabelle) et Karim Chebli (l'adjudant), deux figures caricaturales de « Hanné » bien campées. Photo Charles Cremona

Dans une mise en scène volontairement épurée, qui laisse toute sa place au jeu des acteurs, se déploie ainsi une joyeuse galerie de portraits cocasses, flirtant avec le burlesque. Tous s’inscrivent dans une mécanique de quiproquos où le comique naît autant des situations que des décalages de langage et de perception. La pièce s’appuie sur un registre fait de piques (parfois politiques) et de malentendus qui, malgré un certain manque de cohésion, se révèle globalement efficace.

Au cœur du spectacle, Nada Abou Farhat livre une belle performance d’actrice. De comique troupier, son interprétation opère, dans la seconde partie de la pièce, un glissement vers un jeu plus subtil. Un basculement qui révèle, derrière le rôle de la vieille emmerdeuse, une femme en colère acculée par une réalité sociale brutale. Le personnage cesse alors d’être une figure burlesque pour devenir une voix – presque politique – de la détresse ordinaire au Liban.

Sous la farce, un portrait social

Car Hanné ne se contente pas de faire rire. Derrière la farce, elle explore des thèmes autrement plus graves : la précarité, la vieillesse et l’effondrement des structures de protection des citoyens. Dans un pays où l’épargne s’est évaporée et où les institutions peinent à répondre aux besoins fondamentaux, la question du coût des soins devient une angoisse quotidienne. La stratégie absurde de l’héroïne – feindre la folie pour échapper à la facture – prend alors une résonance tragiquement crédible.

Sous les dehors d’une intrigue légère, et qui ne verse pas dans le pathos, cette comédie esquisse en réalité avec une ironie mordante le portrait d’un Liban exsangue où se soigner devient, pour certains, un luxe inaccessible. C’est ce constat, plus que l’intrigue elle-même, dont l’écho persiste bien après les applaudissements.

*A 19h30. Billets en vente chez Antoine ticketing et au Théâtre Monnot.

Depuis un accident survenu en 2025 qui l’a contrainte à porter un plâtre pendant plusieurs mois et lui a inspiré Break a Leg, un one-woman-show mêlant récit personnel et critique sociale, Nada Abou Farhat semble avoir développé un goût certain pour les rôles d’« emplâtrée » sur scène. La voilà qui remonte aujourd’hui sur les planches avec un (faux) plâtre à la jambe gauche dans Hanné, une comédie écrite et mise en scène par son mari, Élie Kamal, à l’affiche du théâtre Monnot les 30 avril et 1er mai*.Mais cette fois, la comédienne endosse un véritable rôle de composition, pour lequel elle a opéré une métamorphose physique impressionnante. Cheveux filamenteux striés de blanc, voix chevrotante, visage raviné rictus en coin, le regard tantôt vide, tantôt traversé d’éclairs de malice, elle...
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