Des jeunes en scooter fermant une route de Beyrouth, après un incident à Saqiet el-Janzir impliquant la sécurité de l'Etat. Photo agence Markazia
Dans une tentative de faire retomber la colère de responsables et dirigeants sunnites, après une arrestation musclée qui a provoqué un mouvement de protestation populaire dans le quartier de Saqiet el-Janzir, dans le sud de Beyrouth, un responsable au sein de la Sécurité de l'État a été convoqué lundi par le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire.
Cette instance a ouvert une enquête sur les circonstances de cet incident, qui a fait craindre pendant plusieurs heures un débordement sécuritaire et confessionnel. Selon l'agence Markazia, Mohammad Chreim, un officier de la Sécurité de l'État qui est accusé d'avoir donné l'ordre d'arrêter un exploitant de générateurs privés du quartier de Saqiet el-Janzir, a été appelé à se présenter lundi devant le juge Claude Ghanem. Dans ce cadre, et selon des informations rapportées par plusieurs médias, dont le Modon, quatre des agents impliqués dans cette affaire ont déjà été interrogés et libérés sous caution.
Des comptes étaient demandés au brigadier Chreim de la part de plusieurs figures sunnites, qui l'accusent d'être à l'origine de cette descente musclée, pour faire arrêter Hassane Itani, un homme suspecté d'avoir imposé des tarifs gonflés pour fournir de l'électricité à ses clients. C'est lors de cette arrestation, au cours de laquelle, selon des vidéos, l'exploitant a été plaqué au sol, que des habitants du quartier ont essayé de s'interposer, poussant les agents à tirer en l'air pour les disperser. Ces tirs ont provoqué un mouvement de colère populaire dans la rue sunnite et la brève fermeture de routes dans les quartiers environnants de Corniche Mazraa et Verdun à l’aide de bennes à ordures et de pneus en flammes. Les habitants en colère dénonçaient une « atteinte à la dignité des Beyrouthins ».
Dans un communiqué publié samedi soir, la Sécurité de l'État a confirmé avoir voulu procéder à l'arrestation de M. Itani qui était « en infraction et ne s'était pas présenté au siège de la Direction du renseignement et des opérations spéciales pour compléter les procédures judiciaires engagées à son encontre ». Elle affirme, après s'être rendue sur place, avoir été « interceptée par un certain nombre de citoyens qui ont empêché l’exécution de la mission, ce qui a contraint des agents à tirer des coups de feu en l’air pour les disperser, sans faire de blessés. »
Une source de la Sécurité de l’État a expliqué à L’Orient-Le Jour que des directives lui sont parvenues depuis plusieurs jours afin de sévir contre les exploitants de générateurs n'appliquant pas les règles et tarifs en vigueur, tout comme cela est le cas dans les supermarchés, afin de lutter contre les hausses parfois incontrôlées de prix depuis plusieurs semaines, sur fond de crise énergétique liée à la guerre régionale. Selon cette source, « la résistance » qu'il a opposée aux agents qui essayaient de l’interpeler a poussé certains habitants du quartiers à vouloir le protéger, et les agents ont dû tirer en l’air « pour se défendre » et éloigner la foule. Le prévenu a aussitôt pris la fuite et la mission a avorté, poursuit-elle, précisant que personne n’a été blessé et qu’une enquête est en cours sur ordre du Parquet pour élucider l’affaire. Hassane Itani, finalement arrêté par la Sécurité de l'État, avait été libéré en soirée, ce qui a provoqué des scènes de joie dans le quartier.
Salam dénonce le « comportement inacceptable » de la Sécurité de l'État
Si l'incident semble avoir été rapidement circonscrit dans la rue, et les axes routiers rapidement rouverts, notamment après un appel « à la patience » du Premier ministre, il n'a pas tardé à provoquer une série de réactions politiques, principalement de personnalités sunnites. Nawaf Salam a ainsi rapidement affirmé avoir donné « des ordres stricts pour ouvrir une enquête immédiate en vue d’élucider l'incident et de prendre des mesures à l’encontre de ceux qui auraient outrepassé leurs prérogatives ». Il a estimé que « les actes de violence de la part des agents de l’un des services de sécurité à l’encontre de civils, et les tirs en l’air pour effrayer les habitants, sont des comportements inacceptables quels que soient les prétextes et les causes ». Le Premier ministre a, dans la soirée, reçu une délégation de moukhtars (élus locaux) de Beyrouth, à qui il a assuré que les actes de la Sécurité de l'État « vont à l'encontre de ce à quoi nous aspirons : l’instauration d’un État de droit et d’institutions. »
Le ministre de l’Intérieur Ahmad Hajjar a affirmé, pour sa part, que « tous les habitants de Beyrouth se disent respectueux de la loi ». Il a insisté sur « la nécessité de préserver la sécurité de la capitale et la stabilité en ces circonstances délicates ».
« Nous n'accepterons pas un nouveau 7 mai »
De son côté, le mufti de la République Abdellatif Deriane a effectué des contacts avec le Premier ministre puis avec le directeur général de la Sécurité de l’État, le général Edgar Lawandos, pour réclamer une enquête immédiate sur l’incident. Le général Lawandos aurait mené plusieurs contacts avec les instances sunnites pour empêcher tout débordement, alors que l'incident a fait craindre, pendant quelques heures, des tensions communautaires. Des chefs de file sunnites ont dénoncé l'ombre du Hezbollah derrière l'arrestation et le recours aux armes à feu par la Sécurité de l'État.
Le secrétaire général du courant du Futur, Ahmad Hariri, s'est ainsi interrogé sur le fait que « certains éléments au sein des services de sécurité se sont transformés en milice et ont décidé de jouer avec le feu des tensions », afin de « saborder la stabilité » dans le pays. Et M. Hariri d'appeler à l'arrestation du brigadier Chreim, qui serait de confession chiite.
L'ancienne députée de Beyrouth Roula Tabch, issue du courant du Futur, a dénoncé la « terreur infligée aux habitants » et une « attaque menée par des éléments armés et cagoulés appartenant à un service de sécurité, comme s’ils faisaient une descente dans un repaire terroriste ».« Nous n’accepterons pas un nouveau 7 mai ; cette époque est révolue », a-t-elle ajouté, en allusion aux affrontements du 7 mai 2008, lorsque des miliciens du Hezbollah avaient pris d'assaut des rues de Beyrouth, sur fond de crise politique et sécuritaire.
Dans une allusion également à une implication présumée du Hezbollah dans l'incident, le député de Beyrouth, Ibrahim Mneimné, a estimé sur X que l'incident de samedi visait à « faire échouer le plan de désarmer » la capitale libanaise décidé par les autorités officielles.



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C’est étonnant de voir les commentaires de certains qui ne veulent voir que les services de sécurité qui font leur travail alors que c’est une intervention injuste à caractère confessionnel : le propriétaire du générateur ne fait que répercuter la hausse des prix du carburant et il lui était demandé de favoriser la clientèle du duo chiite. Bien sûr les personnes qui font ces commentaires ne demandent pas l’arrestation des nervis qui ont tiré en l’air le soir du cessez-le-feu…
10 h 46, le 27 avril 2026