Que se passe-t-il au sein du Hezbollah ? Depuis le discours adressé par le président Joseph Aoun aux Libanais vendredi, dans lequel il annonce sa détermination à aller jusqu’au bout dans le processus de négociations avec Israël, tout en critiquant ceux qu’il a apostrophés « les aventuriers qui mettent en danger la vie des citoyens et la stabilité du pays », avant d’ajouter qu’il n’acceptera plus qu’un Libanais meure au Liban pour servir des intérêts étrangers, une véritable campagne est menée contre lui de la part des partisans du Hezbollah. Sauf que le secrétaire général de la formation, Naïm Kassem, a annoncé samedi sa détermination à « ouvrir une nouvelle page avec l’État », dans le but de coopérer avec lui pour l’intérêt du pays.
Kassem a ainsi pris de court ceux qui ont suivi son discours, d’autant que tout le monde s’attendait à un message violent surtout après les critiques solennelles du président de la République et le tollé qu’elles ont suscité chez des figures et responsables du Hezbollah, en plus de sa base populaire.
Aussitôt, les spéculations ont commencé à se multiplier sur l’existence de plusieurs courants au sein de la formation. Certains ont commencé à analyser le discours de cheikh Naïm, en insistant sur le fait qu’il s’agissait d’une lettre manuscrite. Ce qui pourrait être l’indice de son incapacité à s’adresser à son public selon les méthodes traditionnelles (un enregistrement filmé) et qui montrerait, d’une certaine façon, qu’il est coupé de la réalité, et qu’il faudrait, par conséquent, tenir essentiellement compte de ce que disent les figures du Hezbollah qui s’expriment dans des déclarations directes et publiques. Des sources du Hezbollah ont démenti cette version des faits, estimant que le secrétaire général de la formation a tenu à s’adresser à son public par le biais d’une lettre écrite à la main pour donner un caractère plus « intime » à sa relation avec sa base.
Toutefois, ces explications ne permettent pas vraiment de décider quelle partie des déclarations du Hezbollah il faut retenir, celles qui contiennent des menaces à peine déguisées et des critiques violentes à l’adresse des responsables ou celles qui appellent à l’entente et à la coopération avec l’État.
Des observateurs proches du Hezbollah estiment que ce dernier maintient le flou sur ses véritables intentions afin de maintenir ses liens avec l'État libanais, tout en continuant à mobiliser ses partisans. C’est ainsi qu’il faudrait donc comprendre le double langage utilisé par les responsables du Hezbollah qui, tout en cherchant à protester vivement contre les négociations directes avec les Israéliens dans la perspective d’un accord qui pourrait ne pas être en faveur du Liban, ne veulent pas rompre tous les ponts et continuent d’appeler à un dialogue sur l’adoption d’une stratégie nationale de défense lorsque ce sera possible. Il faut toutefois reconnaître que cette fois, ils ont été plus loin dans les critiques à l’égard des responsables que lors des 15 mois de trêve entre décembre 2024 et mars 2026. D’abord, ils ne se contentent plus d’attaquer le Premier ministre, Nawaf Salam, adressant désormais leurs critiques au chef de l’État. Ensuite, ils n’hésitent plus à faire des comparaisons qui pourraient être interprétées comme des menaces, comme le fait de rappeler l’exemple de l’ancien président égyptien Anouar Sadate.
Pour mieux comprendre le double langage du Hezbollah, il ne faut pas oublier qu’il fait actuellement face à une vague de protestations de la part de sa base populaire à laquelle il avait promis que l’expérience des 15 mois de trêve, pendant lesquels il avait respecté l’accord conclu alors que les Israéliens n’avaient cessé de le violer, ne se répéterait pas. Or, depuis l’adoption de la trêve de dix jours le 17 avril, le même scénario semble se poursuivre : les Israéliens multiplient la destruction des villages et localités du Sud et continuent même à tuer ceux qu’ils soupçonnent d’être des combattants du Hezbollah sans que ce dernier réagisse vraiment. En près d’une semaine, il n’a lancé que quelques attaques contre les soldats israéliens qui cherchent à se positionner à l’intérieur libanais, mais c’est loin d’être la riposte annoncée et attendue. Pour certains, il n’a pas les moyens d’en faire plus car ses forces auraient été sévèrement frappées pendant les 45 jours de guerre, alors que pour d’autres, ce seraient les Iraniens qui lui demanderaient de faire preuve de retenue en attendant l’issue de leurs négociations avec les Américains.
Dans ce contexte compliqué, où les inconnues demeurent nombreuses, l’idée du double langage constitue donc un moyen de maintenir le flou en attendant que la situation générale se précise. Le jour où cela arrivera, si le pays se dirige vers un accord avec les Israéliens, le Hezbollah pourra rappeler qu’il a voulu ouvrir une nouvelle page avec l’État libanais et si, au contraire, l’option de la guerre est privilégiée, il dira qu’il avait tiré la sonnette d’alarme... En attendant, il s’agit, pour lui, de tenir en essayant de se préserver et de préserver sa base.


Je me permettrait de rappeler que j'était l'un des rares a vous dire, depuis des années, que ce parti finira par être écrasé. S'il continue sur cette voie irascible, il emportera tous ses ouailles a leur perte car la majorité quittera le Liban sans retour. Ils ont voulu imiter Arafat qui pensait libérer la Palestine en passant par Jounieh. Trop petit ça a foiré. Ils ont vu plus gros et tente le style Abd el Nasser puisque leur but était de le faire en englobant le Liban. Trois tentative trois avortements douloureux. J’espères qu'ils ont compris et que nous aurons enfin la paix!
15 h 57, le 22 avril 2026