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La paix au galop sur terrain rocailleux


Innombrables sont les éphémères accords de cessez-le-feu qui ont jalonné la tumultueuse chronique contemporaine du Proche et du Moyen-Orient. Bourrés jusqu’à la nausée de ce plat saumâtre ont été les Libanais, endurant tour à tour une longue guerre civile et une succession de guerres tout court. Mais jamais de mémoire d’homme cessez-le-feu n’aura été sujet à débat de paternité, comme l’est celui conclu entre le Liban et Israël.

On voit ainsi pavoiser l’Iran, qui avait fait d’une trêve militaire au Liban partie intégrante de sa propre suspension des hostilités avec les États-Unis. Et qui estime avoir obtenu satisfaction, bien qu’à retardement, ce qui aurait permis la réouverture du détroit d’Ormuz. Il n’en fallait pas plus pour susciter d’outrecuidants tirs de joie nocturnes auxquels se sont livrés les fidèles du Hezbollah toujours prompts, il est vrai, à trouver motif à victoire dans les plus fracassants des désastres. Fait exceptionnel, c’est pourtant l’homme le plus puissant de la Terre qui s’était chargé d’annoncer lui-même le cessez-le-feu du 16 avril. À cette fin, Donald Trump a visiblement forcé la main à un Benjamin Netanyahu incapable de refuser cette offre, comme il l’a avoué à ses ministres qui planchaient encore sur la question. Mieux encore, il vient d’interdire  publiquement à l’État hébreu de bombarder le Liban de la part des États-Unis, concluant son message électronique d’un péremptoire « Ça suffit ! ». Tant de soudaine et vigoureuse sollicitude envers notre pays est évidemment des plus réconfortants. Cet élan n’a pas manqué cependant d’être largement interprété aussi, à Washington même, comme un moyen de faciliter et hâter ce grand bazar persan devenu l’obsession de Trump.

Chassée par la porte sur historique décision de Beyrouth, la connexion iranienne serait-elle donc revenue par la fenêtre pour persister à s’affirmer sur l’échiquier libanais ? En termes plus clairs, quels acquis peut encore espérer préserver la République islamique au Liban ? Quels sacrifices peut-elle, au contraire, y consentir ? Ces interrogations devraient suffire pour relativiser la polémique sur l’A.D.N. du cessez-le-feu. Dans le doute, un prudent réalisme incite à y voir plutôt un sang-mêlé sommé néanmoins d’évoluer en traité de paix, au rythme effréné imposé par l’Américain. Quoi qu’il en soit, c’est à l’aune de ce galop en terrain difficile, rocailleux à plaisir, que vont être conjointement testés l’État libanais et aussi cet État dans l’État qu’est un Hezbollah invité par Trump à bien se comporter durant la trêve.

Toujours est-il que le Liban officiel peut se louer d’avoir réussi à faire de ce cessez-le-feu la condition première de tout dialogue de paix. Dignement décliné par l’ambassadrice Nada Hamadé Moawad lors de la réunion tripartite au département d’État, infatigablement martelé au téléphone – avec Marc Rubio puis Donald Trump – par un Joseph Aoun intraitable, le point de vue libanais a prévalu. Mieux encore, le président de la République s’est refusé à brûler les étapes, il a repoussé à ce stade un contact téléphonique avec Netanyahu et a éludé la bizarre idée d’un très prochain lunch à trois à la table de la Maison-Blanche. Vendredi soir, Aoun couronnait le tout par une adresse aux Libanais dans laquelle il réaffirmait avec force son option d’une juste et digne paix et battait en brèche la creuse et insultante rhétorique de ses détracteurs.

Si le pouvoir marque des points significatifs au double plan politique et diplomatique, il n’en est pas moins confronté à l’heure de vérité. Pour que soit prolongée la trêve de dix jours, il est expressément tenu de prendre des mesures concrètes pour empêcher toute attaque irresponsable contre Israël : engagement formel impliquant nécessairement l’usage de la force contre les éventuels pyromanes. Impensable semblait un tel scénario aussi longtemps que l’État hébreu matraquait le Liban, l’armée se refusant à toute apparence de collusion avec l’ennemi ; mais devient-il vraiment plus plausible si par extraordinaire Israël se plie à la volonté de Trump et observe le calme ?

Il est indéniable qu’en l’espace de quelques heures, beaucoup de paramètres décisifs ont varié. Ce qui n’a pas encore changé, c’est le flot de menaces que continue de débiter Israël. C’est aussi l’obstination du Hezbollah à vouer le Liban tout entier au martyre. Et en premier une population chiite se hâtant, dès les premières heures du cessez-le-feu, de retrouver ses villages en ruine : admirable, héroïque attachement au sol libanais, prestement récupéré une fois de plus par la propagande partisane.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Innombrables sont les éphémères accords de cessez-le-feu qui ont jalonné la tumultueuse chronique contemporaine du Proche et du Moyen-Orient. Bourrés jusqu’à la nausée de ce plat saumâtre ont été les Libanais, endurant tour à tour une longue guerre civile et une succession de guerres tout court. Mais jamais de mémoire d’homme cessez-le-feu n’aura été sujet à débat de paternité, comme l’est celui conclu entre le Liban et Israël. On voit ainsi pavoiser l’Iran, qui avait fait d’une trêve militaire au Liban partie intégrante de sa propre suspension des hostilités avec les États-Unis. Et qui estime avoir obtenu satisfaction, bien qu’à retardement, ce qui aurait permis la réouverture du détroit d’Ormuz. Il n’en fallait pas plus pour susciter d’outrecuidants tirs de joie nocturnes auxquels se sont...