Un commerçant regarde son téléphone dans le vieux souk de Dubaï, le 13 avril 2026. Photo FADEL SENNA / AFP
La guerre au Moyen-Orient représente un choc « sans précédent » pour les économies de la région, dont les perspectives dépendent désormais de l'évolution du conflit, a souligné auprès de l'AFP le directeur régional du Fonds monétaire international (FMI), Jihad Azour.
Alors que l'incertitude pèse sur une éventuelle prolongation de la trêve, la facture s'annonce lourde pour l'Iran, l'Irak et les monarchies du Golfe, dont les prévisions de croissance ont été divisées par deux par rapport aux estimations d'octobre, à 2 % en 2026 selon le dernier rapport régional de l'institution, publié jeudi.
Sur les huit États pétroliers et gaziers bordant le Golfe, cinq verront leur PIB se contracter cette année, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Oman restant en territoire positif malgré un ralentissement. « C'est un choc sans précédent pour la région », a affirmé M. Azour dans un entretien à l'AFP, en rappelant que le conflit opposant l'Iran aux États-Unis et à Israël a non seulement endommagé les infrastructures énergétiques des pays du Golfe, mais a aussi affecté leur capacité à exporter à travers le détroit d'Ormuz, quasiment fermé depuis des semaines.
Des secteurs clés comme le transport aérien, le commerce ou le tourisme — sur lesquels plusieurs de ces pays ont misé ces dernières années pour réduire leur dépendance aux hydrocarbures — ont également été touchés.
Situation encore « sous contrôle »
Selon les estimations de l'institution, les attaques de représailles menées par Téhéran contre ses voisins et les fermetures préventives ont privé la région d'une capacité de plus de 10 millions de barils par jour de pétrole et de près de 500 millions de mètres cubes de gaz naturel. Le choc est particulièrement violent pour le Qatar, l'un des principaux exportateurs de gaz naturel liquéfié au monde, « qui a connu la plus grande révision à la baisse de sa croissance », de près de 14 points par rapport aux projections d'octobre, souligne M. Azour, avec une récession de 8,6 % prévue cette année, avant un rebond en 2027.
Ces projections sont toutefois « basées sur l'hypothèse d'une résolution rapide du conflit, avec une normalisation à partir des mois de juin et juillet », avertit-il, en soulignant le niveau très élevé d'incertitude. La capacité des pays de la région à faire face à la chute d'activité varie selon leur niveau de réserves, certains ayant « une capacité de résilience plus importante que d'autres », souligne le responsable, affirmant avoir « vu des augmentations de +spread+ (écart de taux, NDLR) et quelques sorties de capitaux ». « Mais la situation reste encore sous contrôle », ajoute-t-il.
Les perspectives pourraient toutefois s'assombrir si les tensions perdurent, menaçant l'attractivité de ces pays du Golfe, longtemps présentés comme des îlots de sécurité dans une région tourmentée. « L'incertitude concerne à la fois la durée de la crise et sa sortie », car un accord qui ne donne pas d'assurance sur l'avenir aura du mal à « restaurer la confiance », reconnaît Jihad Azour.

Choc « frontal » au Liban
Une prolongation du conflit risque aussi d’étendre la crise à d’autres pays de la région, jusque-là relativement épargnés. L’inflation provoquée par la baisse de l’approvisionnement en hydrocarbures et autres produits dérivés devrait ainsi aggraver la situation humanitaire dans les pays les plus pauvres, comme le Soudan et le Yémen, mais aussi affecter des pays endettés, tels que l’Égypte, à travers une hausse des taux d’intérêt.
Autre canal de transmission potentiel : les remises des travailleurs et expatriés dans les pays du Golfe, qui représentent jusqu’à 5 % du PIB pour des pays comme l’Égypte, la Jordanie ou le Liban, déjà confronté à une crise financière massive. Pour ce pays, « le choc est aussi frontal », après une croissance de 4 % en 2025, en raison de la guerre qui se poursuit entre le Hezbollah et Israël. Le Fonds ne fait toutefois pas de projections pour cette année.
« Il est trop tôt pour évaluer l’impact sur l’infrastructure et la région du Sud qui est actuellement une zone de conflit, mais il est clair que la situation, qui était précaire, va être encore plus difficile », prévient M. Azour.


