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Moyen-Orient - Religion

Pour les chrétiens, célébrer Pâques avant ou après la Pâque juive ?

Deux calendriers différents – julien et grégorien – sont utilisés respectivement par les Églises orthodoxes et catholiques pour fêter la résurrection du Christ.

Pour les chrétiens, célébrer Pâques avant ou après la Pâque juive ?

Le pape Léon XIV se tient au balcon principal de la basilique Saint-Pierre pour le message Urbi et Orbi dans le cadre des célébrations de Pâques, sur la place Saint-Pierre au Vatican, le 4 avril 2025. Alberto PIZZOLI/AFP

Rares sont ceux qui savent ce qui s’est passé le 4 octobre 1582. Ce jour-là, les habitants de Rome se couchèrent le jeudi 4 octobre 1582 et se réveillèrent... le vendredi 15 octobre 1582. Cette décision est l’aboutissement d’un travail faramineux visant à corriger une erreur accumulée pendant des siècles, conjuguée à des complications théologiques et historiques ayant divisé le monde chrétien.

En prenant sa décision au XVIe siècle, le pape Grégoire XIII a promulgué ce que nous connaissons aujourd’hui comme le « calendrier grégorien » qui a remplacé le « calendrier julien ». En effet, avant 1582, le monde occidental utilisait le calendrier julien (établi en 45 av. J.-C.) qui supposait que l’année solaire durait exactement 365,25 jours. Or « l’année tropique » – c’est-à-dire la durée exacte entre deux équinoxes de printemps successifs – est d’environ 365,24 219 jours. Le calendrier julien dépassait ainsi la véritable année solaire d’environ 11 minutes et 14 secondes chaque année. Cet écart minime entraînait une erreur d’un jour complet tous les 128 ans. Avec les siècles, le calendrier avait pris un retard d’environ 10 jours entiers au XVIe siècle.

Selon le Concile de Nicée, Pâques devait être célébrée le dimanche suivant la pleine lune après l’équinoxe de printemps, fixé au 21 mars. Le recul astronomique de cet équinoxe jusqu’au 11 mars plongea l’Église dans une crise dite de la « mauvaise lune ».

Supprimer 10 jours

Le pape a fait appel à une commission de savants qui adoptèrent des mesures ingénieuses pour résoudre la crise. D’abord, la suppression de 10 jours pour ramener l’équinoxe au 21 mars. Ensuite, ajouter un jour (29 février) tous les 4 ans avec quelques exceptions. Ces règles fixent la durée moyenne de l’année à 365,2 425 jours, avec une erreur d’un jour seulement tous les 3 300 ans. Ces savants élaborèrent un algorithme (Computus) pour prévoir les cycles lunaires avec une grande précision pendant des millénaires, sans observation directe annuelle.

Toutefois, la précision scientifique se heurta à la religion et à la tradition. Les pays catholiques adoptèrent immédiatement le calendrier. Les pays protestants le rejetèrent au début, estimant qu’il s’agit d’une « ingérence papale ». Finalement, la Grande-Bretagne et l’Allemagne y adhérèrent en 1752. De son côté, la Russie adopta le calendrier grégorien civilement en 1918 après la révolution bolchevique. Cependant, l’Église orthodoxe russe continue d’utiliser le calendrier julien.

Aujourd’hui, la majorité des pays du monde utilisent le calendrier grégorien. Mais la plupart des Églises orthodoxes préfèrent le calendrier julien et comptent désormais, non plus 10, mais 13 jours de retard.

Selon le père Gaby Hachem, enseignant chercheur à l’Université Saint-Joseph (USJ), le différend sur une date commune pour la célébration de Pâques persiste depuis le deuxième siècle. « Son origine se trouve dans deux sensibilités, l’une provenant de la communauté de tradition judéo-chrétienne et l’autre de la communauté de tradition pagano-chrétienne. D’une part, fêter le 14 nisan reflétait la volonté de rappeler que le Christ est l’Agneau pascal par excellence, l’Agneau de Dieu qui par sa mort et sa résurrection, par le sacrifice de sa vie pour établir la Nouvelle Alliance, a sauvé l’Homme. D’autre part, le désir de se démarquer de la Pâque juive et célébrer la fête des fêtes le premier jour, le jour de la nouvelle création ».

« À travers les siècles, aucune tentative n’a réussi à résoudre le problème qui persiste jusqu’à nos jours, ajoute-t-il. Au contraire, l’écart s’est élargi avec l’introduction du comput grégorien en Occident et l’attachement au comput de Julien en Orient. Même la règle disciplinaire établie par le premier concile œcuménique (Nicée 325) qui a veillé à rappeler qu’au-delà des calendriers et des coutumes ou origines, le plus important consistait à célébrer ensemble le plus grand mystère de notre foi, pour rendre témoignage au Christ ressuscité ».

Le problème de la Pâque juive

Pourquoi les Églises orthodoxes ont-elles rejeté le calendrier grégorien, pourtant plus précis ? La réponse réside dans l’interprétation des décisions du concile de Nicée. Pour les catholiques, il faut suivre les calculs du soleil et de la lune, indépendamment du calendrier juif. Pour les Églises orientales (orthodoxes), « la Résurrection ne doit pas être célébrée avant la Pâque juive, la Cène étant la célébration de Pâque chez les juifs », insiste le père Porphyrios Georgi, professeur de théologie à l’Université de Balamand. « L’Église orthodoxe est attachée au consensus dégagé du concile de Nicée, considéré comme un fondement de la foi chrétienne, alors que les changements qui ont eu lieu au XVIe siècle ont été unilatéraux », ajoute-t-il. Celle-ci a préféré ainsi conserver le calendrier julien malgré son retard astronomique.

Il y a aujourd’hui un profond besoin d’unité à cet égard. Plusieurs initiatives plus ou moins récentes ont convergé dans ce sens, dont la déclaration d’Alep en 1997 qui regroupait des représentants du Conseil œcuménique des Églises et du Conseil des Églises du Proche-Orient. La proposition consistait à conserver la règle de Nicée, mais à calculer l'équinoxe et la pleine lune en se servant des données astronomiques les plus précises disponibles aujourd'hui, plutôt que de celles datant de nombreuses années. Les participants au séminaire, dont le thème était « Une date commune de Pâques est possible », ont néanmoins noté que le « principal problème » vient « non pas du mode de calcul, mais des relations complexes entre les différentes dénominations chrétiennes et du manque de confiance entre elles né de longues divisions ».

Déjà, en 1977, le Centre orthodoxe du patriarcat œcuménique à Chambésy (Suisse) a accueilli une rencontre technique intitulée Congrès pour l'examen d'une célébration commune de Pâques par tous les chrétiens le même dimanche. Un projet concret a été élaboré pour une célébration commune, mais sa mise en œuvre a été repoussée par crainte de provoquer de nouveaux schismes au sein des Églises utilisant encore le calendrier julien.

Plusieurs initiatives et discussions ont eu lieu plus tard entre les Églises catholiques et orthodoxes, afin de trouver un terrain d’entente. Il paraît que certains avaient proposé de choisir, tout simplement, le premier vendredi d’avril faisant fi des différents calculs astronomiques. À une époque, l’Église orthodoxe russe, qui venait de sortir du joug communiste, a refusé tout changement de peur d’ébranler la foi des fidèles.

Le pape Jean-Paul II

Mais selon le père Georgi, les discussions sérieuses ont eu lieu loin de l’Église russe. C’est entre les Églises orientales et le Vatican qu’elles ont avancé considérablement, notamment lors des visites du pape Jean-Paul II au Liban en mai 1997 puis en Syrie en mai 2001. « Il y a eu une commission chapeautée par le Conseil œcuménique des Églises, dans laquelle le métropolite Élias Audi était un des représentants principaux du patriarcat d’Antioche pour les Églises orthodoxes. Cette commission avait proposé que les chrétiens d’Orient fêtent Pâques selon le calendrier julien, et les chrétiens occidentaux selon le calendrier grégorien. Une proposition validée à cette époque par le pape Jean-Paul II qui avait rencontré les chefs des Églises orientales au cours de sa visite. La recommandation papale a été bien accueillie par le patriarche grec-orthodoxe Ignace IV Hazim et par le patriarche grec-melkite Grégoire III Laham. Mais c’est finalement l’Église maronite qui a stoppé l’initiative, justifiant qu’il serait difficile pour ses séminaristes à Rome de venir célébrer Pâques avec leurs parents s’il y avait deux dates différentes », explique le père Georgi.

Plus récemment, à l’occasion de la commémoration du 17e centenaire du concile de Nicée (2025), « le pape François avait exprimé le désir de contribuer à l’unification de la date de Pâques, en réponse à l’initiative du patriarche œcuménique Bartholomée. Toutefois, sa mort avant la rencontre œcuménique prévue à Nicée, ainsi que les divisions qui déchirent aujourd’hui l’orthodoxie, n’ont pas abouti à la réalisation de ce désir. L’unique consolation s’est actualisée par la correspondance des deux computs et la célébration au même jour en 2025. Toutefois, une délégation œcuménique mondiale poursuit avec l’encouragement du Conseil œcuménique des Églises à déployer des efforts pour que d’ici à 2035, un accord soit atteint et que tous les chrétiens puissent célébrer la mort et la résurrection du Christ ensemble », précise pour sa part le père Hachem.

Pour ce dernier, « il est important de rappeler que ce différend n’est dû à aucune raison théologique. Il s’agit plutôt d’une différence de traditions et de disciplines ». « Le rapprochement entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe se réalise d’abord à travers la commission théologique mixte internationale, qui a déjà marqué quelques progrès. Elle travaille aujourd’hui sur un document portant sur l’infaillibilité dans l’Église, lequel sera probablement approuvé lors de la plénière de 2027 qui réunira 60 évêques et théologiens ».

« Mais l’unité est aussi la responsabilité de chaque fidèle baptisé et de chaque évêque pasteur. Dans l’attente d’une solution définitive, les initiatives de rapprochement et de célébration commune de Pâques, comme c’est le cas au Mont-Liban dans le village de Choueir, ne peuvent que renforcer le désir et affermir la volonté de cheminer et discerner ensemble la volonté de Dieu. Ainsi la célébration commune sera l’expression de notre foi commune et de notre amour pour notre Seigneur ressuscité », conclut le père Hachem.

Rares sont ceux qui savent ce qui s’est passé le 4 octobre 1582. Ce jour-là, les habitants de Rome se couchèrent le jeudi 4 octobre 1582 et se réveillèrent... le vendredi 15 octobre 1582. Cette décision est l’aboutissement d’un travail faramineux visant à corriger une erreur accumulée pendant des siècles, conjuguée à des complications théologiques et historiques ayant divisé le monde chrétien.En prenant sa décision au XVIe siècle, le pape Grégoire XIII a promulgué ce que nous connaissons aujourd’hui comme le « calendrier grégorien » qui a remplacé le « calendrier julien ». En effet, avant 1582, le monde occidental utilisait le calendrier julien (établi en 45 av. J.-C.) qui supposait que l’année solaire durait exactement 365,25 jours. Or « l’année tropique » – c’est-à-dire la durée exacte...
commentaires (5)

Jesus a ete crucifie, mort puis ressuscite apres la Paques juive. Feter avant c,est carrement FAUX.

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

10 h 21, le 10 avril 2026

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Commentaires (5)

  • Jesus a ete crucifie, mort puis ressuscite apres la Paques juive. Feter avant c,est carrement FAUX.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    10 h 21, le 10 avril 2026

  • ce que vous oubliez de dire c'est que le Patriarcat Orthodoxe de Constantinople suit le calendrier Grégorien. l'Eglise Orthodoxe (Patriarcat de Russie) inclus, fête la Pâques une semaine après la Pâques juvie le Christ ayant été crucifié à ce moment.

    Baïdak Elisabeth

    09 h 42, le 10 avril 2026

  • OU EST LE VATICAN ET LES ÉGLISES auj,pour nous,les chrétiens, éradiqués en Orient par des guerres incessantes, please ?? ou rendus "Païens" en Europe par des systèmes politisés?????

    Marie Claude

    09 h 26, le 10 avril 2026

  • ce que vous oubliez de dire est que le Patriacat Orthodoxe de Constantinople suit le calendrier Grégorien. les Pâques Orthodoses, ne suivent aucun calendrier elle se base sur la Pâque Juive car le Christ a été crusifié à la Pâques Juive et résussiter une semaine après.

    Baïdak Elisabeth

    09 h 00, le 10 avril 2026

  • Tres bonne idee que les Chretiens d'Orient fetent ensemble.

    P H

    08 h 32, le 10 avril 2026

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