Chaos dans le pays ce mercredi après « la plus grande opération » menée par Israël contre le Hezbollah depuis « l’attaque des bipeurs », s’est vanté Israel Katz, ministre israélien de la Défense. L’armée israélienne a ainsi revendiqué sa « plus large campagne de frappes » sur le Liban depuis le début de son offensive le 2 mars, affirmant avoir bombardé « en l’espace de 10 minutes plusieurs régions simultanément, visant 100 sites et infrastructures militaires du Hezbollah ». Ces raids, à Beyrouth, dans la Békaa et le Sud, ont ciblé notamment « des centres de renseignement » du parti-milice, des « infrastructures liées aux systèmes de tir et aux capacités navales du Hezbollah » et d’autres appartenant à « la force al-Radwan et à l’unité aérienne 127 du Hezbollah, considérées comme des unités d’élite ». « Nous continuerons de frapper l’organisation terroriste Hezbollah et mettrons à profit chaque occasion qui se présente sur le plan opérationnel », a de son côté déclaré le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d’état-major de l’armée israélienne, cité dans un communiqué militaire. « Nous ne transigerons pas sur la sécurité des habitants du nord d’Israël (et) nous continuerons de frapper avec détermination », a-t-il ajouté.
Le ministère de la Santé a, dans ce cadre, appelé les citoyens à « dégager le passage pour les services de secours » à la suite des frappes sur la capitale et sa banlieue sud. Il a également indiqué que « les embouteillages causés par la vague de raids, sans précédent par leur nombre et leur intensité, entravent les opérations de sauvetage ».
Une centaine d'infrastructures du Hezbollah visés
Dans la capitale intra-muros, ces frappes ont notamment ciblé Aïn el-Mreissé, Barbour, la corniche Mazraa et Bourj Abi Haïdar. En début de soirée, une frappe a également touché Tallet el-Khayyat. Un bâtiment entier a été détruit.
Au Liban-Sud, les villes de Tyr, Saïda et Nabatiyé, ainsi que les villages de Adloun, Bazouriyé, Abbassiyé, Zefta, Qsaybé, Bedias, Sir el-Gharbiyé, Ansar, Aïn Baal, Charkiyé, Baïssariyé, Batouliyé, Deir Qanoun el-Nahr, Houmine, Qaaqaïyet el-Jisr et Ansariyé ont été bombardés, rapporte notre correspondant Mountasser Abdallah, ainsi que le complexe al-Zahraa, où ont été dénombrées au moins 15 victimes entre tués et blessés. Le cheikh Sadek Naboulsi, un professeur de sciences politiques et une figure médiatique affiliée au Hezbollah, a été tué. Par ailleurs, une frappe à Tayr Debba a visé le complexe Imad Moughniyé.
Dans la Békaa, plusieurs frappes se sont produites dans la ville de Baalbeck, ainsi que les localités de Chmestar, Hermel, Karak, Ferzol, Boudaï et Sohmor (Békaa-Ouest). Plusieurs blessés ont été signalés au Hermel.LLe Hezbollah répond par communiquéL’armée israélienne a donc insisté mercredi sur le fait que le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis ne concerne pas le front libanais.
Dès l’aube, des frappes en série sur le Liban-Sud ont fait plusieurs morts, notamment dans des raids ciblés sur des voitures. Dans un message sur X, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a ainsi affirmé que « les combats se poursuivent » au Liban, et réitéré dans la foulée son appel aux habitants du Sud à évacuer toute la zone au sud du fleuve Zahrani.
Le Hezbollah a, lui, suspendu pour le moment ses attaques. Dans un communiqué publié mercredi, il a néanmoins dénoncé les frappes israéliennes qui ont touché des « zones civiles », accusant l’armée israélienne de commettre « une série de massacres contre des civils innocents ». Il a qualifié ces frappes de « crimes de guerre caractérisés et de crimes de génocide » et estime qu’elles constituent « une tentative désespérée de se venger des citoyens après l’échec de toutes les tentatives de briser ce peuple fier et de le soumettre ». Le parti insiste sur le fait que « le sang des martyrs et des blessés ne sera pas versé en vain » et que ces attaques « confirment notre droit naturel et légal de résister à l’occupation et de répondre à son agression » et renforcent la détermination du mouvement à « freiner l’ennemi et défendre notre peuple, notre patrie et protéger notre sécurité face à l’agression continue ».
L’armée libanaise appelle les déplacés à ne pas retourner dans le Sud
L’armée libanaise a appelé mercredi matin les déplacés à ne pas revenir dans le sud du pays où les frappes se poursuivent, Israël affirmant que le Liban n’est pas inclus dans la trêve entre l’Iran et les États-Unis. « L’armée appelle les citoyens à attendre avant de revenir dans les villes et villages du Sud », a-t-elle dit dans un communiqué. Celle-ci a également bloqué une route menant vers le Liban-Sud, toujours sous le feu israélien, au niveau de Bourj Qalaouiyé, entre les cazas de Tyr et Nabatiyé, afin d’empêcher aux déplacés d’y retourner, selon notre correspondant Mountasser Abdallah. Un correspondant de l’AFP dans la région de Tyr a vu un petit nombre de personnes revenant en voiture vers des zones qu’ils avaient évacuées au début de la guerre.
Massacres à Srifa et Saïda
Avant le déchaînement israélien de l’après-midi, des frappes ont fait une vingtaine de morts, selon les premiers bilans disponibles auprès des secouristes. À Srifa, un bombardement a provoqué un véritable massacre, avec au moins dix tués. Également dans le caza de Tyr, une frappe de drone a visé une moto, tuant son conducteur. Deux autres personnes ont été tuées dans une frappe similaire à Ras el-Aïn, tandis qu’un autre véhicule a été ciblé à Qasmiyé. Une attaque similaire a également fait des victimes à Siddiqine. L’aviation israélienne a en outre bombardé un bâtiment qui a été menacé à deux reprises ces dernières heures à Chabriha. Dans le caza de Nabatiyé, deux dépouilles mortelles ont été extraites des décombres d’une maison bombardée à Kfar Tebnit. Dans la nuit, une frappe sur le front de mer de Saïda a, elle, fait au moins neuf morts. Huit d’entre eux étaient des déplacés originaires de Chebaa (Hasbaya).
À Saïda, Ali Kheireddine, propriétaire du café où huit personnes ont trouvé la mort la veille, n’a pas encore eu le temps de reprendre son souffle qu’une nouvelle frappe est déjà annoncée. Cette fois-ci, c’est le complexe d'al-Sayida Zahraa, un lieu de culte chiite, qui a été touché, à quelques pas du café. Une frappe qui a causé la mort du cheikh Sadek Naboulsi, figure politique et religieuse avec laquelle s’est familiarisée la base populaire du Hezbollah. « Je suis encore sonné. Je n’ai toujours pas compris ce qui s’est passé », confiait Ali quelques secondes avant la nouvelle frappe israélienne, dont le fracas le fait se lever immédiatement de sa chaise.
En quelques secondes, Saïda est de nouveau en proie à la panique. Des sirènes d’ambulance retentissent, tandis que de nombreux badauds se précipitent sur les lieux pour prendre des photos. Les automobilistes, eux, sont coincés dans les embouteillages, tandis que les autorités locales tentent de fluidifier la circulation. Partout, la tension est palpable. Quelques minutes après la frappe, un nouveau mouvement de panique saisi les curieux amassés près du complexe visé : une alerte circule sur une deuxième frappe. Elle s'avérera fausse.
Dans la nuit également, des secouristes ont été pris pour cible à plusieurs reprises. Deux véhicules du Comité sanitaire islamique, affilié au Hezbollah, le premier à Qlaylé, blessant quatre secouristes, et le second à Qabrikha (Marjeyoun). Un obus d’artillerie a été tiré vers les environs d’une équipe de la Croix-Rouge libanaise, alors qu’elle procédait à l’évacuation de corps à Mansouri (Tyr), sans faire de blessés. Et à Abbassiyé, une frappe sur un immeuble a provoqué de lourds dégâts à l’hôpital Hiram voisin.
L’armée israélienne a en outre relâché dans la nuit un habitant de Aïn Ebel, identifié par les initiales M.S., qu’elle avait capturé à la périphérie du village.


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09 h 05, le 09 avril 2026