Une foule rassemblée au bas d'un immeublé touché par des obus israéliens, le 5 avril dans la ville de Aïn Saadé, à l'est de Beyrouth. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Les tensions étaient, jusque-là, latentes. La mort dimanche de Pierre Moawad, cadre au sein des Forces libanaises, tué dans une frappe israélienne ciblée contre la localité chrétienne de Aïn Saadé, a aiguisé les tensions entre la base populaire (chiite) du Hezbollah et ses détracteurs. Car la frappe a suscité une véritable levée de boucliers dans les rangs des partis chrétiens contre la milice pro-iranienne. Au point d’appeler les membres de celle-ci à « s’acquitter de leur devoir moral et ne pas se cacher parmi les civils », comme l’on peut lire dans un communiqué publié lundi par le Courant patriotique libre, ancien allié chrétien du parti chiite. Une hausse des tensions qui fait craindre un débordement confessionnel et sécuritaire que les protagonistes politiques disent vouloir éviter… tant que l'État s'acquitte de ses responsabilités.
Dans sa toute première réaction à la frappe ayant coûté la vie au responsable de Yahchouche (Kesrouan) au sein de son parti et sa femme, ainsi qu’une troisième personne, le leader des FL, Samir Geagea, n’a fait aucune mention du Hezbollah, s’adressant plutôt sévèrement à « l’État profond », c’est-à-dire selon lui, « l’armée, les Forces de sécurité intérieure et la Justice » qui « ont laissé certains Libanais aller vers le suicide au lieu de leur faire face ». « Et même si l’État choisit de ne pas empêcher certains de s’exposer aux dangers, il n’a pas le droit de laisser ceux qui restent chez eux mourir ainsi dans leurs maisons. Quand les autorités décideront de jouer leur rôle, il n’y aura pas de guerre civile », a-t-il dit.
À l'heure où Israël s'est contenté d'affirmer avoir visé une « cible terroriste » et d'avoir ouvert une enquête sur la mort de personnes « non impliquées » dans les activités du Hezbollah, Samir Geagea a souligné que « les Israéliens visaient l'un des membres de la brigade al-Qods au sein des gardiens de la révolution iraniens » et non du Hezbollah. « Il doit avoir des données qui lui permettent de trancher », commente pour L’Orient-Le Jour le porte-parole du parti, Charles Jabbour. Il tient toutefois à rappeler que « le Hezbollah est affilié à la brigade al-Qods ».
Mais ce que Samir Geagea n’a pas dit personnellement, plusieurs députés et cadres de la formation le disent tout haut, affirmant que « l’incident ne passera pas », pour reprendre les termes de Melhem Riachi, député FL du Metn qui s’est rendu lundi à Yahchouche. « Le Hezbollah est en train de mettre en péril la vie des civils en se cachant parmi eux », lance de son côté Charles Jabbour, critiquant « des terroristes qui effraient les civils et en font des boucliers humains ». Sans aller aussi loin, Razi el-Hajj, autre député FL du Metn, appelle via L’OLJ les appareils de sécurité à se mobiliser contre des dirigeants du Hezbollah et des militaires iraniens dissimulés parmi les civils. « Il faut arrêter de louer des appartements aux gens qu'on ne connaît pas », lance-t-il dans ce qui pourrait être interprété comme une allusion aux déplacés chiites, plus d'un million de membres de cette communauté ayant dû fuir le Liban-Sud et la banlieue de Beyrouth. Il souligne toutefois que le recours à cette mesure « ne devrait pas être interprété comme portant atteinte aux chiites dans leur ensemble, puisque le but est tout simplement de protéger les civils des régions sûres ». « Nous ne voulons pas de discorde confessionnelle. Tout le monde veut l’éviter. »
Le CPL s’en prend à son ancien allié
Cette position traduit la colère des chrétiens, à l'heure où le Hezbollah a unilatéralement décidé d'emporter le Liban dans la guerre régionale opposant l'Iran aux États-Unis et à Israël. D'autant que les cadres de la milice ou des Pasdaran (dont la présence a été publiquement reconnue par le Premier ministre Nawaf Salam), qui savent pourtant qu'ils sont recherchés par Israël, restent dans des zones résidentielles. Elle résonne même chez les anciens alliés du Hezbollah, dont le CPL. Le parti de Gebran Bassil a clairement haussé le ton lundi face à la milice après la frappe de Aïn Saadé. « Au vu des dangers encourus par ceux qui accueillent des centaines de milliers de Libanais, et de la guerre menée par Israël qui poursuit les membres du Hezbollah impliqué dans la guerre, nous estimons que les responsables du cette formation devraient s’acquitter de leurs responsabilités morales et éviter de se cacher parmi les civils des communautés hôtes, et se limiter aux fronts de combat où s’exerce la vraie résistance, afin de protéger les vies des gens, la paix civile et le tissu national. »
« Ces prises de position ne devraient pas surprendre. Parce que nous sommes clairs dans le refus de voir le Hezbollah mener le pays à la guerre », commente un responsable CPL, affirmant toutefois que ce communiqué n'est pas dirigé contre « la résistance face à Israël » . « En réalité, la colère n’est pas uniquement chrétienne. Elle est ressentie chez les sunnites et les druzes », note Charles Jabbour. Il en est ainsi de l’appel de Fouad Makhzoumi, député sunnite de Beyrouth, à renforcer les mesures sécuritaires préventives et, surtout, imposer un contrôle rigoureux sur les appartements loués, ainsi que des sanctions pouvant aller jusqu’à la prison contre tout bail non enregistré auprès des municipalités.



Ils ont choisi le point culminant au delà duquel il y a un autre monde... car ils sont bien décidés à faire mourir autant de Libanais que possible en s'infiltrant parmi eux car ils savent que cette fois les Israéliens iront jusqu'au bout peu importe "la réputation" - ils n'ont plus le choix et le leur est EXISTENTIEL sur un petit lopin de terre où ils ne sont qu'un petit 7millions à vouloir vivre en paix ce qui leur a été refusé dès 1948 mais aussi avant. Nous sommes des MILLIARDS de toutes sortes à les haïr sans trop savoir pourquoi ? Que ne nous ont-ils donc pas fait ?
19 h 50, le 07 avril 2026