Le risque d'une discorde interne revient de plus en plus souvent en tête de l’actualité. Les Libanais se mettent ainsi à guetter les développements dans les centres d’accueil de déplacés pour compter les frictions entre les familles ayant fui le Sud, la Békaa ou la banlieue sud de Beyrouth, et les habitants afin de prévoir la suite et, surtout, de deviner la partie cachée de ces récits. Des armes ont-elles été réellement trouvées en possession des déplacés ? Les responsables qui gèrent certains centres sont-ils réellement des membres du Hezbollah ? Les questions de ce genre se multiplient, sans réponse précise. Même dans les quartiers où les déplacés ont loué des appartements, les habitants craignent la présence de responsables du Hezbollah. Selon de nombreux observateurs, il suffirait donc d’une petite étincelle pour mettre le feu aux poudres.
C’est d’ailleurs parce qu’ils ont parfaitement conscience de cette situation explosive que les responsables ont multiplié leurs rencontres ces derniers temps, dans une tentative de trouver les moyens d’éviter les frictions qui pourraient dégénérer en affrontements. C’était ainsi le sujet principal de la dernière rencontre entre le président du Parlement, Nabih Berry, et le président de la République, Joseph Aoun, la semaine dernière, qui a été suivie d’une rencontre entre le leader druze Walid Joumblatt et Joseph Aoun. C’est aussi l’essence des rencontres du Premier ministre, Nawaf Salam, avec les ministres et les forces politiques. C’est aussi dans cet esprit que Joseph Aoun a déclaré lundi que la main qui chercherait à susciter des affrontements internes entre les Libanais serait « tranchée ».
C'est dans ce contexte de tensions qu'est intervenue la crise autour de l’expulsion de l’ambassadeur iranien désigné, suivie du congrès de Meerab qui a réclamé le placement de la résolution 1701 sous le chapitre VII de la Charte de l'ONU qui autorise l’utilisation de la force pour son application.
Pour le Hezbollah, tous ces éléments montrent clairement que ses adversaires veulent profiter de ce moment particulier où il est concentré sur les combats pour lui porter ce qu’ils croient être le coup de grâce en mettant en œuvre les décisions du gouvernement visant à le désarmer. Il reste également conscient de la gravité de la situation, surtout celle des déplacés qui appartiennent à son environnement populaire et qui doivent faire face à la méfiance de leurs concitoyens. Le scénario le plus probable, aux yeux du Hezbollah, c’est une multiplication des incidents entre les déplacés et les sociétés d’accueil qui pourraient dégénérer en affrontements plus organisés et plus généralisés. Car pour le Hezbollah, ce ne sont pas ses missiles de longue et moyenne portée qui seraient en cause dans ce genre de scénario, mais les armes légères qui existent encore entre les mains de toutes les formations internes.
De nombreuses parties ne croient toutefois pas en ce scénario. Des instructions très précises ont d’ailleurs été données aux forces de l’ordre et à l’armée pour éviter tout incident armé entre les composantes libanaises. L’armée elle-même, ainsi que les FSI et les différents services font des déclarations à cet égard pour affirmer qu’elles veilleront strictement à empêcher toute friction.
Reste alors la possibilité de provoquer un affrontement entre les forces de l’ordre, en particulier l’armée, et le Hezbollah. Mais les responsables sont catégoriques : il n’est pas question d’entraîner la troupe dans un conflit armé avec le Hezbollah, car les deux parties, et surtout le Liban dans son ensemble, en sortiraient perdants. Selon des sources officielles, contrairement à ce qui se dit dans certains milieux politiques, dans le conflit avec Israël, « l’ennemi » est identifié et clair. Mais dans un conflit interne, il ne l’est plus et c’est pourquoi tout le monde en sort perdant. C’est pourquoi à ceux qui disent qu’un conflit entre le Hezbollah et l’armée est moins coûteux pour le Liban que la guerre avec Israël, les sources officielles précisent que c’est une approche erronée et le Liban pourrait ne pas sortir indemne d’un tel conflit. Au contraire, il sera alors plus difficile, lorsqu’il sera terminé, de recoller les morceaux internes et de panser les blessures.
Est-ce à dire que l’armée et les forces de l’ordre vont baisser les bras face au Hezbollah ? Les sources officielles précitées affirment qu’il n’est pas question de revenir sur les décisions du gouvernement concernant le monopole des armes par l’État, mais chaque chose en son temps.



1) La phrase « un réflexe dont il ne parviendra jamais à s'en détacher » contient une redondance grammaticale classique. Le pronom relatif dont intègre déjà la préposition de — il signifie littéralement « duquel » — si bien qu'écrire ensuite s'en détacher revient à exprimer deux fois la même relation. On dit soit « un réflexe dont il ne parviendra jamais à se détacher », soit « un réflexe auquel il ne parviendra jamais à s'arracher » — mais jamais les deux à la fois. 2) whatever blah blah blah
22 h 39, le 01 avril 2026