Des agriculteurs en train de récolter leur moisson dans le nord du Liban, en mai 2023. Photo d'archives João Sousa/L'Orient-Le Jour
Le ministère de l’Agriculture a révélé samedi, dans un premier rapport officiel, l’ampleur des dégâts frappant le secteur agricole au Liban durement touché par la guerre, avec près de 22 % de l’ensemble des surfaces cultivées (environ 46.479 hectares) endommagées, menaçant « la sécurité alimentaire nationale ». « Le secteur agricole au Liban traverse l’une des phases les plus critiques de son histoire », alerte le texte.
Les dommages concernent l’ensemble des types de cultures, notamment les arbres fruitiers et les oliviers, ainsi que les cultures sous serre (serres en plastique), en plus des exploitations agricoles petites et moyennes, les plus vulnérables face aux crises. Les répercussions ne se limitent pas aux cultures, mais s’étendent au cheptel, avec des taux de mortalité élevés atteignant 49 % pour les ruches et 39 % pour les poissons, ainsi que des pertes variables chez les bovins, les ovins et la volaille.
76,6 % des agriculteurs des zones à risque contraints de se déplacer
La majeure partie des dégâts a été enregistrée dans les cazas du Liban-Sud et Nabatiyé, parmi les principales régions agricoles du pays, où les surfaces touchées atteignent 44 297 hectares, contre seulement 2 181 hectares dans les autres régions. Ces régions font l'objet d'évacuations forcées de la part de l'armée israélienne depuis début mars, suite à l'entrée en guerre du Hezbollah dans la guerre régionale aux côtés de la République islamique d'Iran.
Selon le formulaire d’évaluation des besoins, qui a jusqu’à présent couvert 15.025 agriculteurs vivant dans les zones touchées par les attaques israéliennes, 76,6 % des agriculteurs ont été contraints de se déplacer, tandis que seuls 23,4 % sont restés sur place, rapporte l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). Les résultats montrent également que 48 % des exploitations agricoles sont situées dans les zones méridionales affectées. La poursuite des déplacements et les pertes dans le cheptel pourraient avoir des effets à long terme sur l’économie agricole et entraîner une baisse de la capacité de production nationale.
Dans ce cadre, le ministère de l'Agriculture a indiqué avoir mis en œuvre une série de mesures urgentes, comprenant le soutien à 1 512 agriculteurs et l’aide à près de 2 000 familles dans les centres d’hébergement, ainsi que le transfert de 820 ruches vers des zones sûres en coopération avec l’armée libanaise. Les interventions ont aussi inclus l’accélération des procédures administratives, le soutien à la commercialisation des produits agricoles, la facilitation de l’importation des intrants essentiels et le renforcement du contrôle des marchés afin de limiter les manipulations de prix, selon l'Ani.
Le rapport identifie un ensemble de besoins urgents, notamment « la fourniture d’une aide financière immédiate, l’approvisionnement en eau d’irrigation et en carburant, la mise à disposition d’aliments pour bétail et de soins vétérinaires, ainsi que le soutien au transport de la production vers des zones sûres et la fourniture d’équipements et de médicaments agricoles afin de garantir un minimum de continuité ». Le ministère de l'Agriculture appelle à « une réponse nationale globale et rapide afin d’assurer la continuité de la production et de protéger la sécurité alimentaire dans une période extrêmement sensible ».
Selon les données officielles, plus d'un million d'habitants ont été déplacés par le conflit, sur une population estimée à près de 6 millions. Par ailleurs, les attaques israéliennes ont tué 1.116 personnes depuis le début des hostilités le 2 mars et fait plus de 3.000 blessés.


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11 h 12, le 29 mars 2026