Youmna Gemayel devant la tombe de son père, Bachir Gemayel, à Bickfaya, le 14 septembre 2022. Photo tirée de sa page Facebook
Elle prend rarement la parole, mais ce n’est pas la première fois qu’elle suscite une polémique. Trois semaines après le début des hostilités entre le Hezbollah et Israël, Youmna Gemayel, fille de Bachir Gemayel, ancien président-élu de la République assassiné en 1982, a fait une déclaration qui continue de faire un tollé. « Nous allons certainement affronter toute atteinte aux 10 452 kilomètres carrés (superficie du Liban), ainsi qu’au peuple ou au territoire libanais, qu’elle provienne d’Israël, de la Syrie ou de n’importe quel pays », a-t-elle écrit sur son compte X. Une référence à l'offensive israélienne terrestre au Sud, mais surtout une réaction, vu son timing, aux rumeurs sur une entrée de l'armée syrienne au Liban pour combattre le Hezbollah. Cette éventualité, que Damas rejette sans cesse, est souvent avancée par les milieux du Hezbollah comme un véritable risque.
Les propos de Youmna Gemayel semblent donc être une main tendue aux chiites. Elle a d'ailleurs eu droit à un appel téléphonique du président du Parlement, Nabih Berry, qui l'a félicitée pour ses prises de position. « Vous avez toujours été un grand homme », a répondu la fille de Bachir Gemayel à l'heure où le maître du perchoir est une figure largement décriée par les partis chrétiens. « Il ne faut pas donner à ce geste de mauvaises interprétations politiques. M. Berry a appelé Youmna Gemayel pour montrer tout simplement que les bonnes prises de position sont toujours appréciées », commente Kassem Hachem, député berryste.
Toutefois, dans un contexte de polarisation aiguë, de telles prises de position ne pouvaient pas passer inaperçues et Youmna Gemayel s'est vite retrouvée sous le feu des critiques. Y compris de la part des milieux des Forces libanaises, parti que son père a fondé en 1980. Contactée par L’OLJ, l'intéressée se contente de dire qu’elle n’a « rien à justifier ». « Le débat (autour du Hezbollah, de la Syrie et d’Israël) doit rester ouvert », ajoute-t-elle, à l'heure où le Liban se trouve face à un tournant historique.
Officiellement, les Kataëb préfèrent ne pas commenter la publication de Youmna Gemayel, sœur de Nadim, député d’Achrafieh, et cousine de Samy, également député et chef du parti. Un silence qui semble dissimuler un certain mécontentement. « Les seules positions qui nous concernent et nous engagent sont celles prises par le bureau politique du parti et ses députés et membres encartés (ce qui n'est pas le cas de Youmna Gemayel, NDLR) », souligne Sassine Sassine, conseiller du leader des Kataëb, affirmant que sa formation est à la fois contre la guerre en cours au Liban et contre le Hezbollah. « Nous sommes derrière l’armée libanaise pour défendre le pays », dit-il.
« Occulter cette réalité est honteux »
Pour sa part, Charles Jabbour, porte-parole des FL, a été l'un des premiers à réagir (personnellement et non au nom du parti) aux propos de Mme Gemayel. Rappelant que Bachir Gemayel appelait à dire la vérité aussi difficile soit-elle, il a souligné que « la vérité est que notre problème n’est pas avec Israël ni avec (le président syrien Ahmad) el-Chareh, mais avec le Hezbollah qui occupe le Liban, confisque la décision de l’État et entraîne le pays dans les guerres. Occulter cette réalité est honteux ». « Je lui ai répondu en tant qu’activiste politique et journaliste et non de par ma position au sein des FL », explique M. Jabbour à L’Orient-Le Jour. Meerab n’a d'ailleurs exprimé aucune position officielle en réponse aux propos de Youmna Gemayel. « Nous ne commenterons pas les positions des uns et des autres à l’heure où le pays fait face à des défis existentiels », lance laconiquement un député FL qui a souhaité garder l’anonymat.
Les propos de Youmna Gemayel ont été également largement critiqués sur les réseaux sociaux et dans plusieurs articles d'opinion publiés ces deux derniers jours dans les médias locaux.
Ce n’est pas la première fois que la fille de Bachir se retrouve au cœur d'une polémique. En 2024, dans la foulée de la guerre, elle avait tenu des propos qui allaient dans le même sens. « Un moment de solidarité », avait-elle écrit au lendemain de l’explosion massive de bipeurs et d’appareils de communication du Hezbollah, qui avait fait des dizaines de morts et des centaines de blessés, le 17 septembre de cette année. Après les attaques aériennes massives contre le pays, Youmna Gemayel avait par la suite exprimé sa détermination à « se tenir aux côtés de chaque Libanais, quelles que soient ses opinions ou sa communauté religieuse ». Des propos interprétés alors comme un appui au Hezbollah.



Bravo a Youmna Gemayel et merci d'être un libanais idéal sans aucun biais.
09 h 41, le 26 mars 2026