Rechercher
Rechercher

Politique - Décryptage

Guerre au Liban : le dialogue « suspendu » entre Baabda et le Hezbollah


Même si la rencontre était prévue depuis la semaine dernière, après la fête du Fitr, la visite du président de la Chambre, Nabih Berry, à Baabda ne pouvait pas passer inaperçue. Surtout depuis que le contact entre Baabda et le Hezbollah s'est arrêté, dans la foulée de la guerre. Aussitôt, les questions se sont multipliées : y a-t-il un message particulier que le chef de l’État voudrait faire parvenir au Hezbollah ? Ou, au contraire, Berry était-il chargé de transmettre au président un message du Hezbollah ? Finalement, les informations qui ont filtré au sujet de cette rencontre montrent qu’il s’agissait principalement de préserver l’unité nationale, en cette période de tensions extrêmes. Le Hezbollah n’était donc visiblement pas au cœur de l’entretien.

Mais les questions qui ont entouré cette visite montrent à quel point l’arrêt du dialogue entre le président de la République et le Hezbollah est un dossier important pour de nombreux Libanais. Cela pousse Baabda et le parti chiite à affirmer qu’entre eux, il y a une suspension du dialogue, et non une rupture. Par conséquent, ce dialogue pourrait reprendre le moment venu, lorsqu’il y aura quelque chose de concret à discuter. En attendant, il n’y a plus eu de contacts directs entre les deux parties, et même entre le conseiller présidentiel, le général André Rahal, et le chef du bloc parlementaire du Hezb, Mohammad Raad. Les sources proches des deux camps rappellent à cet égard qu’il y a eu au total trois rencontres entre le président de la République et Mohammad Raad, toutes préparées par des contacts préliminaires entre le Hezbollah et le général Rahal.

Ces trois rencontres s’étaient d’ailleurs bien déroulées, et les deux parties montraient une volonté de coopérer pour réduire les tensions dans le pays. Joseph Aoun essayait ainsi de se montrer plus souple et compréhensif avec le Hezbollah que le Premier ministre et d’autres responsables, et le parti semblait apprécier sa démarche et son souci de le ménager. Parmi les dernières propositions discutées, le Hezbollah acceptait de remettre à l’armée ses drones et ses missiles de moyenne portée, mais il demandait en contrepartie des garanties pour ne pas être par la suite attaqué par les Israéliens. Pour cela, le Hezbollah estimait nécessaire de faire pression sur les Israéliens pour qu’ils manifestent leur intention de coopérer en appliquant leur part de l’accord de novembre 2024.

Toutefois, la suite des événements a montré qu’il y avait un profond malentendu entre le chef de l’État et le Hezbollah, qui n’a pas tardé à éclater au grand jour lorsque ce dernier a décidé de participer à la guerre en cours entre l’Iran d’un côté et les États-Unis et Israël de l’autre. Le Hezbollah a d’ailleurs pris cette décision unilatéralement et il n’en a pas informé les responsables concernés à l’avance. Au point non seulement de créer la surprise, mais de provoquer un choc au sein du pays. Le Hezbollah a eu beau affirmer par la suite qu’il est en train de lancer ses missiles à partir de la zone située au nord du Litani, il est clair qu’il a repris ses positions de combat dans la zone qu’il était censé avoir évacuée à 90 % selon les rapports officiels. L’État libanais dans son ensemble et les responsables en particulier se sont donc sentis dupés et ont eu le sentiment d’avoir perdu leur crédibilité face à la communauté internationale. Comment, dans ce cas, reprendre un dialogue qui a montré ses limites et s’est avéré bâti sur une illusion ?

De son côté le Hezbollah considère qu’il avait lancé plusieurs avertissements aux responsables à ce sujet, lorsque notamment dans ses discours, le secrétaire général de la formation affirmait que les Israéliens doivent eux aussi exécuter leur part de l’accord. Il disait aussi régulièrement que le Hezbollah se tient derrière l’État et il veut donner une chance aux négociations diplomatiques, mais que sa « patience a des limites ». Autrement dit, il ne pouvait pas continuer à rester les bras croisés, alors qu’il était attaqué quotidiennement par les Israéliens sans que nul ne réagisse. Finalement, au bout de 15 mois, il a choisi de réagir, mais il a entraîné le pays dans un cycle de violence dont nul ne peut prévoir ni la durée ni la fin. Il a aussi mis l’État libanais dans une situation particulièrement difficile. Dans ce contexte, comment la présidence de la République pourrait-elle renouer le dialogue avec le Hezbollah alors que la confiance entre les deux parties a été sérieusement ébranlée ?

Malgré cette réalité, les deux parties continuent d’affirmer que le dialogue pourrait reprendre le moment venu. Baabda estime pour l’instant que la remise des armes du Hezbollah à l’État est devenue plus compliquée avec les combats qui se déroulent au Sud. Elle est certes toujours, et peut-être plus que jamais, de mise, mais il faut agir sur le terrain. Quant au dossier des négociations directes avec Israël sur lequel le Hezbollah a émis des réserves, il n’y a rien à discuter pour l’instant, puisque les Israéliens n’ont pas encore donné de réponse positive. Pour le Hezbollah aussi, l’heure n’est pas aux discussions. La priorité est donnée à ce qui se passe sur le terrain. Soit il tient bon, ce qui, pour lui, équivaut à une victoire, soit il est vaincu et il ne sera plus nécessaire de dialoguer avec lui.

Même si la rencontre était prévue depuis la semaine dernière, après la fête du Fitr, la visite du président de la Chambre, Nabih Berry, à Baabda ne pouvait pas passer inaperçue. Surtout depuis que le contact entre Baabda et le Hezbollah s'est arrêté, dans la foulée de la guerre. Aussitôt, les questions se sont multipliées : y a-t-il un message particulier que le chef de l’État voudrait faire parvenir au Hezbollah ? Ou, au contraire, Berry était-il chargé de transmettre au président un message du Hezbollah ? Finalement, les informations qui ont filtré au sujet de cette rencontre montrent qu’il s’agissait principalement de préserver l’unité nationale, en cette période de tensions extrêmes. Le Hezbollah n’était donc visiblement pas au cœur de l’entretien.Mais les questions qui ont entouré cette...
commentaires (22)

Nabaa c’est mieux que Chebaa… On a compris !

Mago1

23 h 22, le 24 mars 2026

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (22)

  • Nabaa c’est mieux que Chebaa… On a compris !

    Mago1

    23 h 22, le 24 mars 2026

  • Fait que la nouille se réveille

    LE FRANCOPHONE

    17 h 42, le 24 mars 2026

  • Le territoire libanais vient faire l’objet d’une interception d’un missile tiré par l’Iran. C’est une déclaration de guerre en bonne et due forme. L’état d’urgence doit être immédiatement déclaré ainsi que l’instauration de la cour martiale. Les relations diplomatiques doivent être rompues avec l’adversaire. Tous les proxy de l’Iran ainsi que leurs supporters doivent être poursuivis et mis aux arrêts. Les médias doivent s’abstenir de publier les avis favorables aux traîtres à la patrie

    Ras le bol

    17 h 13, le 24 mars 2026

  • Les terroristes iraniens se cachent dans toutes les régions libres. Ils leur font courir des risques considérables à l’instar de ce qui s’est passé à Hazmieh. Ils veulent soi disant contrer Israël et libérer Jérusalem. Résultat : le Liban est détruit et occupé et eux se cachent chez nous

    Ras le bol

    16 h 04, le 24 mars 2026

  • Le HZB est la raison et l’excuse qu’ Israël a besoin pour envahir le sud, un jour peut être le Liban entier. Israël est la raison dont le HZB Iranien a besoin pour maintenir ces armes, donc la main mise au Liban. Hélas par faute de pouvoir politique et militaire, et par faute parrain chrétien, la France, bien merci, riche en déclaration et condamnations: ce sont bientôt les chrétiens du Liban qui seront les prochains déplacés, sans que personne ne bouge. Une bien triste réalité. Il serait peut être temps de passer à l’acte messieurs « le gouvernement »

    Antoine Chouery

    15 h 17, le 24 mars 2026

  • Quelle drôle de coïncidence que le ras le bol survienne le lendemain de la mort de Khamanei. Le Hezbollah a avoué qu’il avait envoyé ses missiles sur ordre de Téhéran. Malgré cet aveu, leurs supporters locaux demeurent aveugles et sourds devant la réalité indéniable qu’est la destruction totale du pays par le Hezbollah iranien et anti libanais.

    Ras le bol

    14 h 15, le 24 mars 2026

  • Le Liban a deux ennemis extérieurs: Israël et le régime iranien avec son proxy qu’est le Hezbollah. La preuve est que tous les deux veulent détruire le pays, ses infrastructures ainsi que ses institutions.

    Ras le bol

    12 h 35, le 24 mars 2026

  • 15 mois après l’accord de cessez-le-feu, le Hezb n’a pas tiré une balle sur Israël alors que ce dernier a poursuivi ses attaques sans relâche. Et tout cela sous les yeux d’un pouvoir impuissant, plus préoccupé par satisfaire les ordres israélo-américains de désarmer la milice que par l’occupation d’une grande partie du sud occupés. Le ras-le-bol était inévitable.

    Hitti arlette

    12 h 11, le 24 mars 2026

  • No crediblity whatsoever to what hezb says since he is being led by iranian commanders .

    EL KHALIL ABDALLAH

    12 h 01, le 24 mars 2026

  • Les barbus Iraniens ont infligé une humiliation totale au chef de l'état, c'est une gifle monumental et un bras d'honneur à l'état et à tous les Libanais, les vrais. Il n'y a plus rien à négocier avec eux. Malheureusement nous n'avons pas appris de nos erreurs passés, on a continué à croire à la possibilité de ramener ce système mafieux iranien dans les girons de l'état alors qu'à maintes reprise il a montré son vrai visage et son mépris totale pour le Liban.

    Zeidan

    11 h 20, le 24 mars 2026

  • Ca ne sert a rien de dialoguer avec des fanatiques infeodes a une puissance etrangere. Tout ce qu'ils disent peut etre efface d'un ordre venant de Teheran. Et les locaux executeront ces ordres sans etats d'ame.

    Michel Trad

    11 h 04, le 24 mars 2026

  • Ne vous trompez pas de cible. Le véritable problème est Israel. Israel veut nous détruire et utilise toutes sortes de prétextes et de moyens pour y arriver comme elle veut détruire tous les pays avoisinants, du Nil à l'Euphrate. Elle détruit l'Iran comme elle a détruit Gaza, le Liban, la Syrie, l'Iraq et bientôt la Turquie. Israel ne veut pas la paix mais la guerre permanente. Alors, ne vous trompez pas de cible et ouvrez grand vos yeux et vos oreilles.

    MeK

    10 h 44, le 24 mars 2026

  • Le Hezbollah n’a pas respecté le dialogue avec l’État et a trompé les autorités en prétendant s’être retiré ou désarmé au sud du Litani. Ses armes font partie intégrante du mouvement, et il ne compte pas y renoncer. Les dirigeants libanais semblent conscients de cette réalité, tout en prétendant garder le contrôle. Le Hezbollah contourne les institutions, menace les partis réclamant son désarmement et affirme qu’il « s’en occupera » après sa confrontation avec Israël. Il agit principalement selon les intérêts de l’Iran et n’hésite pas à intimider ou menacer des Libanais opposés à lui.

    Hanna Philipe

    09 h 35, le 24 mars 2026

  • Dialogue interrompu? Mon oeil . Le nouveau Baabda n'est pas différent de l'ancien Baabda: Le Commandant de l'armée protège la milice et refuse de la désarmer.

    Moi

    09 h 22, le 24 mars 2026

  • Je rappelle à l’auteure que le Hezbollah a été déclaré organisation militaire illégale par le conseil de ministres sous la présidence de Joseph Aoun. Monsieur Salam essaye d’appliquer cette résolution mais le général Haykal ne le fait pas pour des raisons personnelles.

    Ras le bol

    08 h 54, le 24 mars 2026

  • Il est clair que le Hezbollah est en train d’exécuter son plan initial d’instaurer une république islamique au Liban. Les réfugiés du sud ne pourront jamais rentrer chez eux soit à cause de l’occupation projetée soit parce que leurs maisons sont détruites et personne n’a les moyens de les reconstruire. Ces réfugiés s’infiltrent dans toutes les régions sous le prétexte humanitaire, ils seront vite suivis par les éléments armés qui appliqueront le plan précité pendant que les protecteurs de l’Etat Libanais demeurent les bras croisés. L’exemple de La Quarantaine est le schéma de ce plan

    Ras le bol

    08 h 50, le 24 mars 2026

  • Que font encore les iraniens dans notre pays, pourquoi l’Etat les tolère toujours, ont-ils des visas de séjour?

    CW

    08 h 37, le 24 mars 2026

  • Je ne vois pas les choses de cette manière: La concommitance de la réunion Berri Aoun avec la strategie d'Israel d'isoler le Sud porte á croire que c'était une réunion de coordination pour desserer l'étau sur la milice.

    Moi

    08 h 03, le 24 mars 2026

  • Le 'dialogue" est suspendu. On le préférerait rompu définitivement.. Durant un an, le Hezbollah s'est joué de Aoun, le temps de réorganiser ses forces. Et pourtant, "malgré cette réalité, …) le dialogue pourrait reprendre". Non mais, de qui se moque-t-on? On a perdu un an en bavardages et on veut recommencer? "Baabda estime pour l’instant que la remise des armes du Hezbollah à l’État est devenue plus compliquée avec les combats qui se déroulent au Sud".  Bien sûr, mais plus nécessaire aussi, même d;une urgence absolue. Pourquoi n'avoir rien fait, il y a un an, quand cela était moins difficile

    Yves Prevost

    07 h 43, le 24 mars 2026

  • "Préserver l’unité nationale"? Mais de quelle "unité" parle-t-on? Nous avons des citoyens qui voudraient pouvoir vivre en paix, et une bande armée qui ne rêve que guerre m massacres et destruction et qui, sur un ordre venu d;un pays étranger, plonge le Liban dans le chaos.

    Yves Prevost

    07 h 28, le 24 mars 2026

  • Au risque de paraître excessif, tant que l’armée ne prendra pas des mesures musclées et claires contre la milice iranienne, le voisin s’en chargera comme d’habitude, en cassant tout sur son chemin. Avec un risque en plus, celui d’un autre voisin venant de l’Est cette fois. Tout le monde dit que la parole est au champ de bataille, et nous on veut naïvement croire que dialoguer avec des menteurs téléguidés peut porter des fruits. Le hezbollah est iranien, ses chefs morts et vivants l’ont dit , et ils le prouvent tous les jours. C’est lui ou nous, les deux ensemble ça ne marche plus.

    NG

    05 h 54, le 24 mars 2026

  • Expulseriez vous mR le président l ensemble des diplomates iraniens avant tout dialogue avec leurs vassaux?

    Zampano

    02 h 59, le 24 mars 2026

Retour en haut