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Politique - guerre au liban 2026

Trois parlementaires US appellent le Liban à abolir les lois d'« antinormalisation »

Dans une lettre adressée à l’ambassadeur des États-Unis au Liban, les députés estiment que ces textes « entravent la mise en œuvre complète de la résolution 1701 ».

Trois parlementaires US appellent le Liban à abolir les lois d'« antinormalisation »

Le président Joseph Aoun et l’élu républicain de la Chambre des représentants américaine Darin LaHood. Photo publiée par la présidence libanaise

Face aux tensions persistantes à la frontière libano-israélienne, une initiative de parlementaires américains remet en lumière un angle mort du cadre juridique libanais : les lois dites d’« antinormalisation ». En criminalisant les contacts entre citoyens libanais et israéliens, ces dispositions soulèvent des enjeux à la fois politiques, sécuritaires et diplomatiques, au moment où la mise en œuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies demeure fragile.

Dans une lettre adressée à l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa, les représentants Brad Schneider, Darin LaHood et Abraham Hamadeh appellent à faire pression sur les autorités libanaises afin de suspendre l’application de ces lois. Selon eux, celles-ci « portent atteinte à la souveraineté du Liban », « entravent la mise en œuvre complète de la résolution 1701 » et « augmentent le risque de mauvaise interprétation et d’escalade transfrontalière ». Les élus demandent également « une évaluation formelle » de leur application et de leurs effets sur la coordination entre Libanais et Israéliens.

Un dispositif juridique hérité du conflit

Les lois d’antinormalisation désignent un ensemble de textes interdisant toute forme de relation économique, professionnelle, culturelle ou sociale, entre des ressortissants libanais et des citoyens israéliens. Elles s’inscrivent dans une position historique de non-reconnaissance d’Israël, considéré comme un État ennemi. Au Liban, ce cadre repose notamment sur la loi de boycott d’Israël adoptée en 1955, ainsi que sur plusieurs dispositions du Code pénal et du Code de justice militaire. Ces textes « criminalisent actuellement les contacts entre les ressortissants libanais et les citoyens ou entités israéliens », qu’il s’agisse « d’individus, d’entreprises, de journalistes, d’universitaires » ou d’acteurs de la société civile, y compris dans des contextes informels ou internationaux. Les sanctions prévues peuvent être lourdes, « y compris l’emprisonnement et les travaux forcés », et visent parfois « des citoyens libanais ordinaires » engagés dans « des activités légitimes », allant de simples échanges à des collaborations professionnelles. De fait, ces lois exercent « un effet dissuasif » sur l’ensemble de la société, freinant toute interaction susceptible d’impliquer des Israéliens, y compris indirectement.

Un frein aux mécanismes de désescalade

Pour les auteurs de la lettre, ces dispositions ne se contentent pas d’encadrer les relations extérieures du Liban : elles affectent directement les mécanismes de sécurité régionale. La résolution onusienne 1701, adoptée en 2006 après la guerre entre Israël et le Hezbollah, repose en effet sur des « canaux fonctionnels de communication et de coordination » entre les parties. Or, en criminalisant toute forme de contact, les lois d’antinormalisation « entravent ces objectifs » et compliquent la mise en place de « mécanismes de désescalade, de gestion des incidents et de renforcement de la confiance ». Dans un contexte marqué par des tensions récurrentes, cette absence de canaux de communication peut « augmenter le risque de mauvaise interprétation et d’escalade », selon eux.

Les élus américains estiment également que ces lois « portent atteinte à la souveraineté du Liban », en limitant la capacité de ses acteurs à interagir dans des cadres internationaux. Un argument qui s’inscrit dans un débat plus large : pour certains, ces dispositions sont au contraire l’expression même de la souveraineté nationale et d’un positionnement politique assumé face à Israël.

Toute évolution du cadre juridique se heurte en effet à des contraintes politiques internes. Modifier ou abroger ces lois nécessiterait une décision du Parlement libanais, dans un contexte où la question des relations avec Israël demeure hautement sensible.

Une demande d’évaluation

Dans l’immédiat, les signataires de la lettre plaident pour une solution intermédiaire : « suspendre les mesures d’application » de ces lois, notamment à l’égard des citoyens impliqués dans des activités professionnelles, journalistiques ou issues de la société civile. Une telle suspension devrait s’étendre à « tous les aspects de l’application », des forces de l’ordre aux juridictions militaires. L’objectif serait de mettre en place « une politique crédible de non-application », permettant d’« offrir un espace de respiration significatif aux citoyens libanais », y compris ceux de la diaspora, afin qu’ils puissent interagir « sans crainte de poursuites ».

Les parlementaires appellent enfin à une analyse approfondie de la situation actuelle. Ils demandent « une évaluation complète » de l’application des lois, incluant « toute poursuite ou enquête récente », ainsi qu’une étude de leur impact sur « la capacité des parties libanaises et israéliennes » , notamment les acteurs de la société civile, à coopérer et à prévenir les incidents.

Face aux tensions persistantes à la frontière libano-israélienne, une initiative de parlementaires américains remet en lumière un angle mort du cadre juridique libanais : les lois dites d’« antinormalisation ». En criminalisant les contacts entre citoyens libanais et israéliens, ces dispositions soulèvent des enjeux à la fois politiques, sécuritaires et diplomatiques, au moment où la mise en œuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies demeure fragile.Dans une lettre adressée à l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa, les représentants Brad Schneider, Darin LaHood et Abraham Hamadeh appellent à faire pression sur les autorités libanaises afin de suspendre l’application de ces lois. Selon eux, celles-ci « portent atteinte à la souveraineté du Liban », « entravent la mise...
commentaires (13)

…Tout ça pour dire à mes concitoyens: Ignorez ces lois rétrogrades, faites le pas, c’est un “must” si on veut bâtir un pays en paix.

Alain

12 h 54, le 20 mars 2026

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Commentaires (13)

  • …Tout ça pour dire à mes concitoyens: Ignorez ces lois rétrogrades, faites le pas, c’est un “must” si on veut bâtir un pays en paix.

    Alain

    12 h 54, le 20 mars 2026

  • …même fac, même protagonistes, + Dean. Travaux pratiques par groupes de deux, Micheline ne connaissant personne, ce (à l’époque) jeune homme lui propose de s’associer. Au bout de quelques semaines, elle apprend qu’il est binational, israélien et canadien. Elle était prise de court, ne sachant quoi dire, quoi faire. Son éducation lui a fait passer outre les lois obsolètes. Finalement, Dean l’a beaucoup aidée dans ses études. Nous avons développé un rapport amical solide. Il vit maintenant en Alberta, mais ne manque pas de passer nous voir chaque fois qu’il est à Montréal…

    Alain

    12 h 52, le 20 mars 2026

  • Un exemple, abondant dans le sens su francophone: Micheline, mon épouse, vient d’un village mixte du Chouf, et a grandi dans la phobie des druzes. A McGill, une de ses collègues, Wafa, était druze, venant de deux villages plus loin. Elles ont sympathisé, nos enfants ont grandi ensemble. Quelques années plus tard, leur fils s’est marié au Liban, Micheline n’a pu y aller, mais je l’ai représentée. Wafa me présentait comme “le mari de sa meilleure amie”. Si les deux étaient restées au Liban, cette amitié n’aurait jamais eu lieu…

    Alain

    12 h 45, le 20 mars 2026

  • …il y a peu de gens qui se ressemblent plus… et ça vaut pour toutes les communautés, chrétiens, druzes, sunnites, chiites. Nous sommes tous orientés famille, nous voulons tous un avenir meilleur pour nos enfants, nous sommes tous intelligents, travailleurs, commerçants, un peu magouilleurs, avec une diaspora plus grande que la population du pays. Nous sommes faits pour nous entendre, quoi que disent les ultras d’un bord ou de l’autre. Si on se connaissait mieux au niveau individuel, la hargne à vouloir détruire l’autre disparaitrait. C’est peut-être de ça qu’_ILS_ ont peur?

    Alain

    12 h 01, le 20 mars 2026

  • C’était un début difficile. Je devais me débarrasser de toutes mes réticences, de tous mes avis préconçus. Je découvrais que, d’individu à individu, nous étions très similaires. J’avais en fait plus en commun avec lui qu’avec les français qui nous entouraient. Le mode de vie, les attentes qu’on en avait, les rêves… Il est très difficile pour un libanais vivant à l’étranger de ne pas interagir avec des israéliens, que ce soit à la fac, en affaires, dans la rue… et ces lois criminalisantes auxquelles nous sommes soumis n’ont plus aucun sens…

    Alain

    11 h 52, le 20 mars 2026

  • J’avais 5 ans en juin 1967. Nous avons (comme tous les libanais) aveuglé nos fenêtres avec du papier craft bleu marine, peint nos ampoules en bleu (les armes étaient moins intelligentes à l’époque, ils y allaient encore “au visuel”). Dans mon esprit de gamin de 5 ans, les Israéliens devaient être des monstres verts (un peu comme des martiens) qui allaient nous manger tout crûs, j’avais vraiment peur. 11 ans, et quelques peurs plus tard, celles-ci dues aux guerres infligées aux palestiniens et syriens, nous nous sommes réfugiés en France. Et c’est là ou j’ai rencontré mon premier israélien…

    Alain

    11 h 44, le 20 mars 2026

  • ILS SONT DROLES CES ETRANGERS. MAIS AUSSI DROLES SONT LES LIBANAIS EUX MEMES : APPELS AU LIBAN, APPUI AU LIBAN, POURPARLERS LIBAN ISRAEL ETC.... MAIS Y A T IL VRAIMENT UN LIBAN MATERIELLEMENT PARLANT? ECONOMIQUEMENT?POLITIQUEMENT? CONSTITUTIONNELLEMENT? SOCIALEMENT?SECURITAIREMENT ?JURIDIQUEMENT? ADMINISTRATIVEMENT ?

    L’acidulé

    10 h 21, le 20 mars 2026

  • Ils ont raison à 100%, mais n'ont aucune chance d'être entendus.

    Yves Prevost

    07 h 31, le 20 mars 2026

  • Suite...Un exemple de "non communication" et la conséquence: Ne pas connaitre l'autre ouvre la voie aux complotistes. Une gamine de DAMOUR , née au début de 75 a grandi,réfugiée,dans les régions du Kesrouane.Elle n'avait jamais vu de libanaise musulmane.Elle croyait qu'ils étaient sauvages et agresseurs..Lorsqu'elle a rencontré , pour la première fois, une petit fille de son âge, musulmane des régions OUEST : Ce fut un choc pour elle. Elle a constaté qu'elles avaient des points en commun et les mêmes soucis de gamine.NE PAS CONNAITRE L'AUTRE FAVORISE LES VA T EN GUERRE et FAVORISE LES CONFLITS

    LE FRANCOPHONE

    21 h 33, le 19 mars 2026

  • Evidemment lorsqu'il n'y a AUCUN contact direct entre Libanais et israelien au niveau officiel et niveau social..Ceci ouvre la voie à tous les fantasmes et idées reçues depuis des décennies à ce jour.L'idée majeure " Israel veut annexer le liban et les pays voisins etc.." Voilà plus de 80 ans que cette idée traine dans les esprits des arabes. Pourtant Si Israel voulait les garder, elle avait vu des dizaines d'occasions pour les annexer. La jordanie et l'Egypte: Les a t elle annexés? Le Maroc, les Emirats..étaient en paix et prospéraient ( avant le bombardement de L'Iran des Mollahs).

    LE FRANCOPHONE

    21 h 24, le 19 mars 2026

  • PLUTÔT CREVER... FOUTEZLE CAMP DE NOTRE PAYS ET ARRÊTEZ DE MASSACRER DES INNOCENTS POURITURES!!! TFEH

    Emile

    20 h 46, le 19 mars 2026

  • Quand on est en état de guerre de fait avec Israel, comment croire que ces questions sont d'actualité? Le Liban pourrait considérer l'amélioration de ces relations avec Israel, le jour où Israel sera retourner derrière la frontière sud du Liban. Chaque chose en son temps!

    FLEURY Pierre

    18 h 05, le 19 mars 2026

  • Attendons de voir la reaction du Liban Officiel...Ce sera un signe de son émancipation du Hezballah.

    Moi

    17 h 07, le 19 mars 2026

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