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Société - guerre au liban 2026

Guerre sous Xanax : la chasse aux pilules dans une pharmacie beyrouthine

La guerre n’est pas toujours spectaculaire. Elle est aussi tragiquement banale. Jour 9 sur le bord de l’autoroute, à la sortie nord de Beyrouth.

Guerre sous Xanax : la chasse aux pilules dans une pharmacie beyrouthine

Photo d’illustration Lyana Alameddine

Depuis le comptoir, Tarek* observe le va-et-vient des voitures. Le long de l’autoroute, à la sortie nord de Beyrouth, sa pharmacie est d’un genre particulier. D’ici, on voit tout. Ouverte 24h/24, 7 jours sur 7, l’officine accueille les foules de passage. On y vient à la sortie du travail, en rentrant de l’aéroport ou au détour d’une soirée. Il n’y a pas d’habitués de quartier ni de clientèle homogène. Mais une vue imprenable sur les grands événements du pays. Combattants en fuite vers le nord, ordres d’évacuation, mouvement de déplacés… la vie de l’officine raconte le quotidien mouvementé d’un pays en proie aux secousses régulières.

À l’extérieur, la circulation a repris : le ciel bleu et le trafic naissant feraient presque oublier la guerre qui fait rage en ce mercredi 11 mars 2026. Dans le quartier, chacun vaque à ses occupations. Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Les employés sont en ordre de bataille. De nouvelles blouses blanches viennent d’arriver. Le stock de produits pour enfants a été approvisionné. Les réserves de psychotropes et d’antidépresseurs aussi. L’équipe est prête : tout le monde ici a appris les leçons de la dernière guerre.

Septembre 2024. La panique s’empare de l’officine. Des milliers de déplacés affluent brusquement des zones ciblées par les frappes israéliennes. Les besoins sont immenses : médicaments, mais aussi lait pour bébé, couches, vêtements… Le pays a été pris de court par la guerre. Les stocks sont insuffisants. Des foules s’agglutinent aux portes de la pharmacie. Il faut pouvoir tenir un, deux ou trois mois. Personne ne sait combien de temps cet épisode durera. Dans le doute, on prend plus, le plus possible. Diabète, hypertension artérielle, cholestérol, triglycérides élevés… La chasse aux petites gélules est ouverte.

À long terme, cette stratégie d’accumulation s’avère délétère. Une fois la guerre terminée, les excédents sont renvoyés aux distributeurs, qui assument à leur charge les frais des produits périmés. Un cycle restrictif s’installe. Par anticipation, et afin de limiter les possibles pertes, les entreprises de distribution réduisent les quantités livrées, renforçant à terme le risque de pénurie. C’est ce qui arrive aujourd’hui à Tarek. La moitié seulement de sa commande de Cipralex a été livrée.

Depuis une dizaine de jours, la demande est de nouveau à la hausse. L’offensive israélienne a recréé les mêmes dynamiques qu’il y a un an et demi. Le gérant scrute les vagues de déplacés en provenance de la banlieue et des régions sud. Comme ce jeudi 5 mars lorsque, en début d’après-midi, le porte-parole de l’armée israélienne ordonne l’évacuation de quatre quartiers périphériques, provoquant un exode massif vers l’axe nord de la capitale.

Les symptômes, eux aussi, resurgissent. Angoisse, stress, perte de sommeil… Les effets psychologiques de la guerre entraînent une forte demande sur certains somnifères et psychotropes, disponibles uniquement sur ordonnance. Du 2 au 11 mars, en dix jours, les ventes de Xanax dépassent la totalité du mois de février.

Mais cette fois, plusieurs détails ont changé. La guerre n’a surpris personne. Particuliers comme professionnels avaient prévu le coup. Lundi 2 mars, quelques heures après les premières frappes israéliennes, l’ordre des pharmaciens annonce avoir pris des mesures préventives afin de protéger le marché. Beaucoup avaient en réalité déjà fait des réserves pour pouvoir tenir plusieurs mois en cas de conflit. Côté déplacés également, le tableau est différent. Les nouveaux venus sont mieux préparés, mais moins coulants vis-à-vis des responsables politiques libanais. On ne cache plus son ressentiment. Les critiques à l’encontre du Hezbollah en particulier se font désormais à visage découvert. La pilule ne passe plus.

*Le prénom a été modifié.

Depuis le comptoir, Tarek* observe le va-et-vient des voitures. Le long de l’autoroute, à la sortie nord de Beyrouth, sa pharmacie est d’un genre particulier. D’ici, on voit tout. Ouverte 24h/24, 7 jours sur 7, l’officine accueille les foules de passage. On y vient à la sortie du travail, en rentrant de l’aéroport ou au détour d’une soirée. Il n’y a pas d’habitués de quartier ni de clientèle homogène. Mais une vue imprenable sur les grands événements du pays. Combattants en fuite vers le nord, ordres d’évacuation, mouvement de déplacés… la vie de l’officine raconte le quotidien mouvementé d’un pays en proie aux secousses régulières.À l’extérieur, la circulation a repris : le ciel bleu et le trafic naissant feraient presque oublier la guerre qui fait rage en ce mercredi 11 mars 2026. Dans le...
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