Les dégâts causés par une frappe israélienne sur Ali el-Nahri, dans la Békaa, le 11 mars 2026. Photo transmise à notre correspondante Sarah Abdallah
Outre la frappe inédite sur le quartier beyrouthin de Aïcha Bakkar, l’armée israélienne a poursuivi ses attaques meurtrières mercredi à travers le Liban. Au moins quatorze personnes ont été tuées dans deux frappes distinctes à Chéhabiyé (Tyr) et Temnine (Békaa), selon nos correspondants Mountasser Abdallah et Sarah Abdallah. Dans le même temps, Israël a annoncé le déploiement de la brigade Golani à la frontière libanaise et émis un avis d’évacuation à l’attention des habitants de sept villages et lieux-dits du caza de Saïda, au Liban-Sud. L’armée israélienne a également renouvelé son appel à évacuer plusieurs zones de la banlieue sud de Beyrouth, qui a été la cible de trois frappes puissantes en fin de matinée. Selon des médias locaux, la première a visé le quartier « Abiad », près de la mosquée al-Qaëm, tandis que les deux suivantes ont visé l’autoroute Hadi Nasrallah.
De son côté, le Hezbollah a affirmé avoir confronté des avancées de l’armée israélienne dans le sud du Liban dans la nuit de mardi à mercredi. Dans la matinée, des combats ont également été signalés à Khiam (caza de Marjeyoun), selon notre correspondant au Liban-Sud. Des tirs d’obus et de roquettes ont été entendus dans la zone, tandis que de la fumée s’élevait en plusieurs points du village.
« Vague de frappes simultanées contre l’Iran et Beyrouth »
L’armée israélienne a indiqué avoir mené mercredi matin « une nouvelle vague de frappes » dans la banlieue sud de Beyrouth, visant selon elle des « quartiers généraux terroristes et des sites utilisés pour stocker des moyens de combat appartenant au Hezbollah ». Elle a également revendiqué une frappe menée mardi dans la région de Tyr contre « un quartier général du Hezbollah ».
Quelques heures plus tard, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a annoncé sur X le lancement d’« une vague de frappes simultanées et à grande échelle contre l’Iran et Beyrouth », sans qu’aucune attaque ne vise la capitale dans l’après-midi. L’armée israélienne a par ailleurs appelé à évacuer des villages et lieux-dits du caza de Saïda, situés au nord du fleuve Litani : Matariyat el-Choumar, Kharayeb, Arzé, Zrariyé, Mazraat el-Wasta et Mazraat Jemjom. « Les activités du Hezbollah obligent l’armée israélienne à agir contre lui avec force sans vous nuire », a écrit le porte-parole sur X.
Au Liban-Sud, sept personnes ont été tuées et onze blessées dans des frappes israéliennes sur Chéhabiyé. Les attaques se sont poursuivies tout au long de la journée. En fin de matinée, deux frappes de drone ont visé Nabatiyé el-Tahta et Nabatiyé el-Faouqa, tandis qu’une troisième a ciblé Qlaylé (Tyr) et une quatrième une salle d'exposition, showroom automobile, à Chakra (Bint Jbeil), blessant deux ressortissants syriens.
D’autres frappes aériennes ont touché Tiri (Bint Jbeil) et Hmeiri (Tyr). À Bint Jbeil, trois personnes ont été tuées lorsqu’un drone a frappé une voiture près de l’hôpital Salah Ghandour. À Hanaway (Tyr), deux personnes ont péri dans une frappe visant deux motos. À Habbouch (Nabatiyé), une frappe a fait deux morts, un père et son fils, selon notre correspondant.
Des tirs d’artillerie ont également visé les abords de Rachaya el-Foukhar (Hasbaya), la plaine de Qlaylé, Wadi Aazziyé (Tyr) ainsi que Aïtaroun (Bint Jbeil), où les forces israéliennes poursuivent leur avancée. Dans l'après-midi, l'aviation israélienne a mené des raids sur les villages de Majdel Zoun, Wadi Zebqine (Tyr), Kfar Joz (Nabatiyé), Touline (Marjeyoun), Kafra, Beit Yahoun, Yater, Qabrikha, Majdel Selm (tous dans le caza de Bint Jbeil).
Un secouriste de la Croix-Rouge, Youssef Assaf, originaire de Tyr, a succombé à ses blessures contractées lors d’une frappe israélienne sur Majdel Zoun (caza de Tyr).
Dans la Békaa, une frappe israélienne sur une usine de fabrication de blocs de pierre à Temnine el-Tahta, a fait sept morts, tous de nationalité syrienne, et 18 blessés, selon un bilan préliminaire du ministère libanais de la Santé. Par ailleurs, une frappe sur Ali el-Nahri a fait cinq blessés, ajoute ce communiqué. Une frappe de drone a de plus visé une camionnette à la ferme Dalil, dans la commune de Boudaï dans la Békaa-Nord.
Déploiement de la brigade Golani au Liban
Concernant l'offensive terrestre israélienne au Liban-Sud, le chef d’état-major de l'armée, Eyal Zamir, « a ordonné le renforcement de la zone relevant du commandement du front nord, ainsi que le transfert de l’équipe de combat de la brigade Golani du commandement du front sud afin qu’elle opère dans la zone du commandement du front nord », au Liban, toujours selon le porte-parole de l'armée israélienne.
La brigade Golani est constituée de trois bataillons d’infanterie – les 12, 13 et 51 – et d’un bataillon de reconnaissance subordonnée à la 36e division de l’armée israélienne.
À l'heure où Israël poursuit ses avancées au Liban-Sud, où il a déployé plusieurs divisions et veut établir un périmètre « de sécurité » le long de sa frontière, le Hezbollah a revendiqué dans la nuit plusieurs tirs et frappes contre des soldats israéliens en territoire libanais, notamment aux alentours de Aïtaroun (caza de Bint Jbeil), Khiam et Markaba (caza de Marjeyoun). Le parti-milice a notamment indiqué avoir « repéré » une force israélienne avançant vers la zone dite de Khanouq, à Aïtaroun, à 23h30 mardi, et l'avoir « prise pour cible avec des salves de roquettes. » Il a encore revendiqué des attaques simultanées au niveau de Markaba la veille vers 16h. Et à 4h mercredi, les miliciens du Hezbollah ont visé avec une salve de roquettes des soldats israéliens au sud de Khiam.
Dans la journée, le Hezbollah a revendiqué avoir tiré des roquettes dix fois, notamment sur des soldats israéliens au sud de Khiam. Il a également affirmé avoir visé la position occupée par les Israéliens depuis le cessez-le-feu de 2024 à Jabal Blat, près de Ramiyé (Bint Jbeil).
Les frappes israéliennes sur le Liban ont tué 570 personnes, dont 86 enfants et 45 femmes, depuis que le pays a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, a annoncé mercredi le ministère de la Santé. Selon la même source, 84 personnes ont été tuées au cours de la seule journée de mardi. Le bilan des autorités libanaises, établi mardi soir, précise que la guerre au Liban a par ailleurs fait 753.000 déplacés.



