Les récents débarquements israéliens dans la localité de Serghaya, en Syrie, ne sont pas le fruit du hasard. Il s’agit, selon des experts militaires, de la continuation du plan d’encerclement du Hezbollah mené par l’armée israélienne, mais aussi, de façon plus globale, par les États-Unis.
Au départ, confient les experts militaires, il s’agissait d’un plan qui devait se dérouler au sud du Liban, avec la création d’une zone tampon vide de toute population d’une profondeur de 12 kilomètres. Mais très vite, les Américains et les Israéliens ont estimé que le fait de chasser définitivement le Hezbollah de la zone tampon au sud du Litani et d’y détruire toutes ses installations militaires ne suffisait pas à éliminer ce dernier de la scène. Il fallait donc aussi prévoir un plan pour la Békaa, où le Hezbollah possède le plus grand nombre de caches d’armes et d’installations militaires. Mais, même avec ces deux volets, le plan est jugé insuffisant. C’est pourquoi les Américains ont commencé à multiplier les pressions sur les responsables libanais et sur l’armée libanaise et son commandant en chef, pour qu’ils appliquent les décisions d’empêcher le Hezbollah d’avoir la moindre activité militaire, quitte à utiliser la force pour y arriver.
Le Hezbollah doit désormais faire face à ce plan à trois volets, qui est en train d’être mis en œuvre simultanément ou presque.
En effet, au sud du Litani, les Israéliens multiplient leurs appels à l’évacuation des localités de cette zone, et ces appels concernent désormais les villages chrétiens qui étaient jusque-là relativement épargnés. Dans les médias israéliens, il est de plus en plus souvent question d’un plan d’élargissement de la zone tampon. D’ailleurs, depuis l’entrée du Hezbollah dans la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, il y a tous les jours des tentatives d’infiltration israéliennes en territoire libanais. Des sources militaires affirment d’ailleurs que depuis le début de la dernière phase des combats, il y a une dizaine de jours, les Israéliens auraient installé près de 12 nouvelles positions le long de la frontière libanaise, sans toutefois pouvoir avancer en profondeur. Ils seraient en train d’affronter une opposition farouche de la part des combattants du Hezbollah, soudain réapparus dans la zone avec leurs armes et leurs équipements.
De son côté, le Hezbollah reste très discret sur cette question, d’abord pour ne pas donner des indications aux Israéliens en pleine confrontation, puis parce qu’il ne souhaite pas, pour l’instant, alimenter la polémique sur le grand mensonge des 15 derniers mois, lorsqu’il affirmait avoir évacué la zone au sud du Litani. Aujourd’hui, les Israéliens, ainsi que des médias étrangers présents sur place, racontent que les combattants du Hezbollah n’ont pas du tout l’air d’être revenus sur place en catastrophe. Au contraire, ils agissent selon un plan précis qui a commencé par des lancements modestes de missiles et se poursuit par l’utilisation d’armes plus sophistiquées et par des combats à « la distance zéro » pour empêcher les Israéliens d’avancer. C’est d’ailleurs la raison invoquée par les Israéliens pour vouloir à tout prix réaliser la zone tampon, afin d’assurer la « sécurité des colonies du nord de la Galilée ».
Les Israéliens supposent toutefois que le Hezbollah a caché ses principales armes sophistiquées et ses missiles de moyenne portée dans la chaîne orientale le long de la Békaa. C’est pourquoi ils auraient mis au point un plan pour effectuer des débarquements dans cette montagne à la recherche de ces dépôts et de ces installations militaires. Le débarquement de Nabi Chit, la semaine dernière, officiellement destiné à retrouver les restes mortels du pilote israélien disparu en 1986 au Liban Ron Arad, était aussi un premier test des possibilités d’installer des positions dans cette montagne en vue de la « nettoyer » des armes et de la présence du Hezbollah. Mais pour faciliter cette tâche qui s’annonce complexe, en raison notamment de la nature géographique de cette région, les Israéliens ont dû utiliser le chemin de la Syrie, et de Serghaya en particulier. C’est dans cette localité que les hélicoptères israéliens ont atterri, avant d’emprunter des véhicules militaires ressemblant à ceux de l’armée libanaise et d’entrer sur le territoire. La première tentative a provoqué des affrontements avec les habitants et a fait près de 41 morts du côté libanais. La seconde tentative a été plus discrète. Mais il semble que ce front devienne désormais plus mobile. Certaines parties libanaises ont commencé à laisser entendre que l’armée syrienne pourrait intervenir aux côtés des Israéliens, et elles se sont basées pour dire cela sur le soutien affiché du président syrien Ahmad el-Chareh au président libanais Joseph Aoun dans sa décision de « désarmer le Hezbollah ». Mais des sources militaires libanaises affirment qu’il n’y a rien de tel. Au contraire, il y aurait une coordination entre les deux armées pour le contrôle de la frontière.
Ces développements militaires au Sud et dans la Békaa ont lieu au moment où, à l’intérieur libanais, la polémique s’envenime au sujet du rôle de l’armée dans le processus de désarmement du Hezbollah. Après la décision du gouvernement de considérer les activités militaires du Hezbollah comme étant illégales, de plus en plus de voix s’élèvent à l’intérieur pour accélérer le processus. La polémique s’amplifie surtout depuis le retour en première ligne des combattants du Hezbollah au sud du Litani et ailleurs. Les proches du Hezbollah voient dans les décisions du gouvernement et la polémique actuelle une tentative de compléter le plan d’encerclement militaire par un encerclement politique. Le commandant en chef de l’armée a eu beau déclarer que les attaques israéliennes entravent l’exécution du plan sur le monopole des armes, la polémique ne faiblit pas et les pressions non plus. D’ailleurs, c’est dans ce contexte que, lundi, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, a défini les conditions du Hezbollah pour accepter d’arrêter les combats : l’arrêt total des agressions israéliennes, le retrait israélien total des positions occupées, la libération des prisonniers et le retour des déplacés dans leurs villages. Ce parti est-il en mesure de poser de telles conditions ? Ou bien s’agit-il d’une façon de compliquer encore plus la mission des responsables ?


Merci d’expliquer comment on peut être encerclé de 3 côtés, un cercle n’ayant pas de côté. C du franbanais dans un journal francophone. Allez-vous publier ça ou envoyer pour modération ?
23 h 17, le 11 mars 2026