Rechercher
Rechercher

Société - guerre au liban 2026

À Furn el-Chebbak, la guerre se mesure en sacs de farine et bouteilles de gaz

Commerçants et clients stockent les produits non périssables par peur de pénuries à venir.

À Furn el-Chebbak, la guerre se mesure en sacs de farine et bouteilles de gaz

Un commerçant pèse un sac de lentilles, le 3 mars 2026. Photo Renée Robledo-Davis/L'Orient-Le Jour

Dans la boulangerie d’Élie Jaber, à Furn el-Chebbak, le parfum familier des mana’ich fraîchement sortis du four ne parvient pas à masquer la tension de l'atmosphère. Ce quartier majoritairement chrétien se trouve à quelques encablures de la banlieue sud de Beyrouth, régulièrement ciblée depuis lundi par des frappes israéliennes après la reprise des combats entre l’État hébreu et le Hezbollah. Cela fait près de 40 ans que le boulanger navigue entre les plateaux de pâte. La guerre, dit-il, il a appris à la mesurer en sacs de farine et bouteilles de gaz.

Un employé de la boulangerie d'Élie Jaber prépare des mana'ich, le 3 mars 2026. Photo Renée Robledo-Davis/L'Orient-Le Jour
Un employé de la boulangerie d'Élie Jaber prépare des mana'ich, le 3 mars 2026. Photo Renée Robledo-Davis/L'Orient-Le Jour

« Il y a un an et demi, nous faisions des réserves », explique-t-il, évoquant la guerre de l'automne 2024. « Maintenant, c’est fini. On ne stocke plus en grande quantité. » Les calculs sont simples : « Le sac de farine valait 20 dollars. Aujourd’hui, il est à 25, 30, parfois 40. Pendant la guerre, tout augmente. Quand le gaz devient cher, tout devient cher. » Élie Jaber, lui, hausse les épaules en glissant un nouveau plateau dans le four. « Jusqu’à présent, grâce à Dieu, il ne nous est rien arrivé. Nous continuons de travailler. »

Le chef du syndicat des travailleurs et des distributeurs dans le secteur du gaz au Liban, Farid Zeinoun, a mis en garde mercredi contre tout recours au marché noir, alors que des pénuries de bonbonnes de gaz domestique pointent à l'horizon. Le syndicat des distributeurs de gaz a indiqué, lundi, que les stocks au Liban étaient suffisants pour un mois et que trois navires transportant du gaz étaient attendus cette semaine.

Tenir un mois

À quelques rues de là, Rabih Lichaa, propriétaire d’un supermarché ouvert en 2005, observe la situation derrière un comptoir rempli de pâtes et de conserves. « En tant que Libanais, nous sommes habitués », dit-il calmement. « Ce n’est pas la première crise que nous traversons. » Lui mise sur la stratégie plutôt que la panique : « Nous mettons l’accent sur le sucre, le riz, les céréales, l’huile, les conserves et les pâtes. Des produits qui ne nécessitent pas d’électricité. »

Rabih Lichaa, dans les allées de son supermarché, le 3 mars 2026. Photo Renée Robledo-Davis/L'Orient-Le Jour
Rabih Lichaa, dans les allées de son supermarché, le 3 mars 2026. Photo Renée Robledo-Davis/L'Orient-Le Jour

Selon le président du syndicat des propriétaires de supermarchés, Nabil Fahed, la pression se concentre surtout dans la banlieue sud et dans certaines zones comme Dékouané et Jal el-Dib, dans le Metn, ou Zalka, quartier nord de la capitale. Les supermarchés disposent d’environ un mois de stocks, tandis que les importateurs en détiennent trois à quatre. Mais la chaîne d’approvisionnement reste fragile. « Si les importations s’arrêtent, petit à petit les produits viendront à manquer », prévient le commerçant. Les relations avec les fournisseurs ont déjà changé : « Avant, nous avions des accords à quinze jours ou un mois. Maintenant, ils exigent du cash immédiatement. »

Charbel Toubia, étudiant et employé à temps partiel dans un supermarché voisin, observe la même tendance. « Certains habitants du Liban-Sud et de la banlieue sud (déplacés par la guerre, NDLR) sont venus acheter les produits essentiels : riz, lentilles, pâtes, conserves. Ils prenaient de quoi tenir au moins un mois. » Malgré la peur, fermer n’est pas une option. « Nous sommes un supermarché. Les gens doivent se nourrir. »

Charbel Toubia remplit des tasses de sucre au supermarché où il travaille à temps partiel, le 3 mars 2026. Photo Renée Robledo-Davis/L'Orient-Le Jour
Charbel Toubia remplit des tasses de sucre au supermarché où il travaille à temps partiel, le 3 mars 2026. Photo Renée Robledo-Davis/L'Orient-Le Jour

Dans l’une des allées, Joséphine Khoury remplit calmement son panier. Elle vit seule et ne fait pas de réserves, mais comprend ceux qui le font. « Si vous avez des enfants ou des personnes âgées, évidemment vous stockez. Les gens ont peur », dit-elle. Sa propre inquiétude concerne plutôt la santé : « J’ai acheté trois mois de médicaments. » Comme nombre de Libanais, elle a de la famille à l’étranger, en France. Partir serait envisageable. « Mais je n’aime pas partir. C’est mon pays. »

Maria Hanna, réfugiée irakienne et mère de trois enfants, sort d’un commerce, portant ses courses. « Nous avons quitté l’Irak à cause de la guerre pour chercher la sécurité. Nous sommes venus ici et il n’y en a plus non plus. » Ses achats sont pragmatiques : pain, pâtes et produits non périssables. Mais la vie devient de plus en plus difficile. « Surtout pour les familles sans revenus stables. »

Maria Hanna, devant un supermarché, faisant des provisions de pain et de pâtes pour ses trois enfants, le 3 mars 2026. Photo Renée Robledo-Davis/L'Orient-Le Jour
Maria Hanna, devant un supermarché, faisant des provisions de pain et de pâtes pour ses trois enfants, le 3 mars 2026. Photo Renée Robledo-Davis/L'Orient-Le Jour

Tout autour d’elle, on parle de niveaux de stock et de réserves de diesel nécessaires pour alimenter les générateurs et préserver la chaîne du froid. Le président du syndicat des importateurs de denrées alimentaires, Hani Bohsali, a souligné lundi à L'OLJ que la disponibilité de mazout et de diesel reste une préoccupation majeure, discutée par la cellule de crise gouvernementale créée dimanche.

L’une de ses filles a besoin de médicaments, ce qui accroît son inquiétude. « Ils sont très chers. J’ai peur qu’il n’y en ait plus. » Autour d’elle, on parle aussi de faire des réserves de carburant pour alimenter les générateurs et préserver la chaîne du froid. Mais les discussions reviennent toujours à la même question : combien de temps pourra-t-on tenir ?

Dans la boulangerie d’Élie Jaber, à Furn el-Chebbak, le parfum familier des mana’ich fraîchement sortis du four ne parvient pas à masquer la tension de l'atmosphère. Ce quartier majoritairement chrétien se trouve à quelques encablures de la banlieue sud de Beyrouth, régulièrement ciblée depuis lundi par des frappes israéliennes après la reprise des combats entre l’État hébreu et le Hezbollah. Cela fait près de 40 ans que le boulanger navigue entre les plateaux de pâte. La guerre, dit-il, il a appris à la mesurer en sacs de farine et bouteilles de gaz.Un employé de la boulangerie d'Élie Jaber prépare des mana'ich, le 3 mars 2026. Photo Renée Robledo-Davis/L'Orient-Le Jour « Il y a un an et demi, nous faisions des réserves », explique-t-il, évoquant la guerre de l'automne 2024. «...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut