Des familles déplacées prennent refuge dans le centre-ville de Beyrouth, au lendemain de frappes israéliennes contre le Liban, le 2 mars 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Dans le centre-ville de Beyrouth, ce lundi matin, des familles déplacées ne savent pas où aller. « J’aurais préféré que le Liban reste loin de tout ça », confie une habitante de Bir el-Abed, dans la banlieue sud de la capitale, bombardée dans la nuit par de puissantes frappes israéliennes en représailles aux tirs de roquettes revendiqués plus tôt par le Hezbollah en direction de Haïfa, ville du nord d’Israël. Une attaque que le parti chiite a présentée comme une riposte à l'assassinat, samedi à Téhéran, du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué dans un bombardement israélien au début du conflit américano-israélien avec l'Iran.
«On s’est réveillés à 1h30 pour le souhour (repas pris avant l'aube durant le jeûne du ramadan) et on a appris que le Hezbollah avait frappé. On était surpris », raconte, sous couvert d'anonymat, une déplacée à notre journaliste sur place Lyana Alameddine. La riposte israélienne ne s'est pas fait attendre : « Les vitres de notre immeuble se sont brisées. Dès qu’on a entendu la frappe, on est partis. On n’a rien pris. Là, je viens de revenir de la maison chercher des matelas. »
Expliquant que c'est la deuxième fois qu'ils sont déplacés en raison des attaques israéliennes, depuis la guerre de 2024, et précisant « n'être avec personne », elle ajoute, en larmes : « Qu’est-ce qu’on peut faire ? On s’en remet à Dieu. J’aurais préféré que le Liban reste loin de tout ça. J’aurais préféré que le Hezbollah ne lance pas de roquettes. » Elle cherche désormais un appartement à louer.
« On fait confiance à nos hommes »
Non loin de là, près de la place des Martyrs, Hala, 17 ans, est assise avec plusieurs membres de sa famille. Originaire de Touline, dans le caza de Marjeyoun au Liban-Sud, elle vit à Ghobeiry, dans la banlieue sud. « On dormait. Vers 2h30, il y a eu d'énormes déflagrations », raconte-t-elle. La famille a quitté son domicile et est arrivée dans le centre-ville une heure plus tard. « Il y avait beaucoup de trafic. On est venus en moto, puis on a continué à pied. » Là encore, un deuxième déplacement. Interrogée sur les tirs du Hezbollah, elle répond simplement : « Ils savent mieux que nous. » Et la suite ? « On attend. On fait confiance à nos hommes. » La famille tente désormais de trouver un appartement où s’installer temporairement, précise l'adolescente, pantoufles aux pieds.
Arrivée vers 4h place des Martyrs, Joumana, Syrienne, a parcouru un long trajet en van puis à pied depuis le Liban-Sud. « On a entendu des tirs, les gens hurlaient », raconte-t-elle. Elle n’a pas eu le temps de rassembler des affaires pour elle et ses six enfants, dont l’un est en situation de handicap. « Où allons-nous aller maintenant ? Nous n’avons personne. » Un retour en Syrie semble hors de portée. La famille a déjà déboursé trente dollars pour rejoindre le centre-ville depuis la banlieue sud, et le trajet vers la Syrie coûterait bien davantage.
L'attaque du Hezbollah divise
Près d'elle, une autre famille déplacée de la banlieue sud ne sait pas non plus où aller. Les échanges s’enveniment. « Moi, je suis avec la résistance. Je soutiens ce qui s’est passé », lance une femme. Sa sœur se retourne : « Comment tu peux être avec eux ? » Le ton monte. « Tu es pour ce qu’on est en train de vivre ? Tu es contente de ce qui se passe ? », insiste-t-elle, rejointe par leur frère. « Tu acceptes ce qu’ils ont fait au Sayyed (Hassan Nasrallah, tué par Israël le 27 septembre 2024 dans la banlieue sud de Beyrouth, Ndlr) ? Nous, on ne veut pas vivre dans l’humiliation », tranche-t-il. Leur sœur ne cède pas. Le frère demande d’interrompre l’entretien.



Vivre à même le sol dans la rue, ce n’est pas humiliant ? Il y a un problème de définitions….
15 h 47, le 02 mars 2026