Des déplacés dorment à même le sol, dans le centre-ville de Beyrouth, le 2 mars 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Les condamnations politiques ont fusé lundi matin, après une nuit marquée par des frappes israéliennes massives dans le pays, en réponses à des attaques du Hezbollah survenues un peu plutôt. Plusieurs responsables politiques ont dénoncé les attaques lancées par le parti chiite, certains appelant même à le dissoudre.
Au troisième jour de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, le Hezbollah a lancé « une salve de missiles et un essaim de drones » en direction d’Israël en réaction à l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei, samedi à Téhéran. La réponse de l’État hébreu n’a pas tardé et l’armée israélienne a effectué de puissantes frappes aériennes sur la banlieue sud de Beyrouth. Les habitants de plus de cinquante villages du Liban-Sud et de la Békaa ont été en outre appelés à évacuer immédiatement leurs domiciles. Le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont tous deux condamné les tirs de roquettes du groupe pro-iranien. « Nous ne permettrons pas que le pays soit entraîné dans de nouvelles aventures et prendrons toutes les mesures nécessaires pour arrêter les auteurs et protéger les Libanais », a déclaré M. Salam. Le chef du gouvernement préside par ailleurs, depuis le matin à 8 heures, une réunion d’urgence au palais présidentiel.
Joseph Aoun a averti pour sa part que l’utilisation du Liban comme « plateforme pour des guerres de soutien » exposerait à nouveau le pays à des risques. « La responsabilité de ces risques incombe aux parties qui ont ignoré les appels répétés à préserver la sécurité et la stabilité dans le pays, a-t-il ajouté. L’État ne permettra pas que cela se reproduise, et les Libanais, qui s’emploient encore à panser les blessures causées par les affrontements précédents, ne l’accepteront pas. »
« Zéro tolérance » du côté des FL
Du côté des Forces libanaises, les condamnations n'ont pas tardé non plus. Leur chef Samir Geagea a estimé que « la situation actuelle n’est ni surprenante ni étrange, compte tenu de la nature du Hezbollah et de son rôle central au sein de la République islamique d’Iran ». « La seule chose qui puisse sauver le Liban d’un effondrement inévitable et de grandes tragédies, en particulier pour les habitants du Sud, de la banlieue sud de Beyrouth et de la Békaa, est que le gouvernement libanais déclare le Hezbollah organisation illégale dès aujourd’hui, avec toutes les conséquences juridiques que cela implique », a-t-il dit dans un communiqué. « Vous avez décidé de vous suicider, cela est votre choix. Il est de notre devoir de vous empêcher de vous faire exploser parmi notre peuple. Tolérance zéro. Quel qu’en soit le prix », a écrit pour sa part le député de Baabda Pierre Bou Assi sur son compte X. Le député FL Razi Hajj a appelé de son côté à « dissoudre la milice du Hezbollah et à traduire ses dirigeants en justice ».
Dissoudre le Hezbollah
Réagissant à son tour aux agissements du Hezbollah et aux représailles israéliennes, le chef des Kataëb Samy Gemayel a appelé le gouvernement à « prendre des décisions cruciales ». « Assez de vaines paroles ! Il faut prendre des décisions cruciales. Regardez la destruction, les routes bondées de familles et d’enfants déplacés (...) Existe-t-il une autorité au monde qui accepterait qu’une bande de mercenaires contrôle le destin d’une nation et anéantisse l’avenir de tout un peuple au service d’une dictature étrangère en déclin ? », a écrit Samy Gemayel sur X. Le député des Kataëb Nadim Gemayel a appelé quant à lui le gouvernement à « dissoudre le Hezbollah, fermer ses bureaux, centres et institutions et confisquer ses fonds et biens au profit de l'État », dans un commentaire sur X. Il a aussi demandé de « dénoncer les responsables devant la justice, afin qu'ils soient poursuivis conformément à la loi. Les services de sécurité doivent être chargés de mettre en œuvre immédiatement ces décisions ». « C'est la déclaration que le peuple libanais attendait du gouvernement », a-t-il ajouté, après que le ministre de la Justice Adel Nassar a engagé des contacts avec le procureur général Jamal Hajjar et le commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire, en vue d'ordonner aux forces de l'ordre l'arrestation des tireurs de roquettes et des commanditaires de ces attaques..
« Jeter le Liban dans les conflits régionaux relève de la pure folie. Le Liban ne peut plus supporter de nouvelles aventures ni de nouveaux sacrifices humains. Quel crime ont commis ceux qui ont fui leurs foyers en pleine nuit pour vivre dans l'angoisse, le déracinement et l'insécurité ? », a écrit de son côté sur X le député Farid Haykal el-Khazen, proche des Marada.
Le député indépendant Nehmat Frem a lui dénoncé « une rébellion contre la Constitution et les institutions, un coup d'État contre la souveraineté et une violation du droit du peuple libanais à la protection de ses intérêts ». « L'État doit réaffirmer son autorité face à ceux qui ont privilégié les intérêts de l'Iran à ceux du Liban, ainsi que son monopole exclusif de la souveraineté », a-t-il déclaré.
L'ancien Premier ministre Saad Hariri a de son côté affirmé que « les tirs de missiles du Hezbollah depuis le territoire libanais constituent un acte irresponsable qui a exposé la vie des Libanais à de graves dangers et entraîné le Liban dans la guerre en cours entre les États-Unis, Israël et l'Iran, sans aucun égard pour les intérêts de l'État ni du peuple ». « Je déclare mon soutien indéfectible à l’État libanais et à ses institutions légitimes, et j’affirme clairement que le moment est venu pour le Hezbollah d’agir en considérant que le Liban est une patrie pour tous ses citoyens, et non un théâtre d’affrontements ou de poursuite d’agendas étrangers. »
Le Hezbollah est sorti affaibli d'une guerre avec Israël dans laquelle il s'était engagé unilatéralement en octobre 2023 pour soutenir le Hamas, son allié. L’État hébreu continue de mener des attaques au Liban malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024, et accuse la formation chiite de se réarmer. Lors des raids israéliens et américains sur l'Iran en juin 2025, le Hezbollah n'était pas intervenu.





Bahreïn soutient Joseph Aoun et rejette toute ingérence étrangère au Liban
Elles sont (les commentaires) enfantines et rouge de jalousie
10 h 38, le 03 mars 2026