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Culture - Expo-Événement

Neuf mille ans d’histoire débarquent à Paris : « Byblos cité millénaire du Liban » s’empare de l’IMA dès le 24 mars

Dans un écrin de 1 000 m2, 400 chefs-d’œuvre sont dévoilés pour illustrer l’incroyable patrimoine archéologique de Jbeil.

Neuf mille ans d’histoire débarquent à Paris : « Byblos cité millénaire du Liban » s’empare de l’IMA dès le 24 mars

Façade de l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris, parée de l’affiche de l’exposition « Byblos, cité millénaire », consacrée à l’une des plus anciennes villes habitées du monde et à son héritage phénicien. Photo IMA

Initialement prévue à l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris pour l’automne 2024, l’exposition « Byblos, cité millénaire » a été reportée à la suite des bombardements intensifs et de l'escalade du conflit entre Israël et le Hezbollah à partir de septembre 2024. La priorité de la Direction générale des antiquités (DGA) au Liban s’était alors recentrée sur la préservation des biens culturels menacés par les hostilités. Sous l'impulsion de cette instance, rappelons-le, l'Unesco a formellement inscrit trente-quatre sites, dont Baalbeck, Tyr et Anjar, au registre de la « protection renforcée provisoire, conférant ainsi à ces monuments le plus haut degré d'immunité juridique internationale.

L’exposition « Byblos, cité millénaire » est désormais annoncée pour mars 2026, plus précisément du 24 mars au 23 août. Organisée par l’Institut du monde arabe et le ministère libanais de la Culture/Direction générale des antiquités (DGA), avec la collaboration du musée du Louvre, elle retrace l’histoire fascinante de cette cité, une des plus anciennes villes au monde habitée sans interruption, célèbre pour ses nombreuses et anciennes inscriptions phéniciennes qui sont à l’origine de l’alphabet grec.

Plus de 400 œuvres, dont 368 de la DGA, seront exposées dans une scénographie annoncée comme « magistrale », selon Tania Zaven, directrice du site de Byblos, du Mont-Liban nord, et commissaire de l'exposition. La gestion des objets de la DGA est assurée par Marie-Antoinette Gemayel, régisseuse. Collaborant avec Élodie Bouffard, responsable des expositions de l'IMA, Zaven dévoile les thèmes de la narration spatiale en avant-première pour L’Orient-Le Jour.

Une synthèse des civilisations

Le parcours offre une synthèse chronologique des civilisations qui ont marqué la ville. L’épopée de Jbeil se déploie tel un livre ouvert pour narrer l'histoire d'une cité habitée sans interruption depuis le néolithique, soit environ 8 900 ans. Ce qui fut un modeste village de pêcheurs est devenu un port majeur à l’âge du bronze, puis évolue sous domination romaine et byzantine avant d'être la cité dynamique que nous connaissons aujourd'hui. Cette continuité exceptionnelle est au cœur d'une installation vidéo immersive du réalisateur libanais Vatche Boulghourjian, où l’image et le son participent à l’expérience sensorielle. L’IMA présente un extrait de 20 minutes de ce documentaire qui plonge les visiteurs au cœur des fouilles de la nécropole du bronze moyen révélée en 2022-2023, tout en laissant une place au témoignage des riverains. Ces derniers, gardiens d'une mémoire orale précieuse, partagent leurs souvenirs des fouilles emblématiques menées par l’archéologue français Maurice Dunand, qui a marqué le site de son empreinte de 1926 à 1975. Zaven rappelle, qu’avant les grandes campagnes de fouilles, vingt-neuf habitations se trouvaient sur le site de l'Acropole. Elles ont fait l'objet d'expropriation, pour permettre aux trésors du passé de refaire surface.

Les rois et « Europe » font leur show

Les trésors découverts dans la nécropole royale et les temples de la cité du début du IIe millénaire av. J.-C. constituent l’un des temps forts de l’exposition. La sélection, provenant des tombes des rois de Byblos, comprend de la vaisselle d’or et d’argent, des parures en or incrustées de pierres fines, des poignards et céramiques. Un nombre d’objets, tels des miroirs et des armes d’apparat, affichent une influence égyptienne manifeste. Certains sont même des présents officiels envoyés par les pharaons Amenemhat III et IV, soulignant le statut privilégié de ce port phénicien, véritable porte d'entrée de l'Égypte au Levant. L’opulence se poursuit dans les artefacts votifs issus du Temple aux obélisques. Haches fenestrées et poignards d’apparat en métaux précieux y rejoignent un ensemble fascinant de figurines en bronze. Ces dernières, autrefois au nombre de plusieurs centaines et parfois rehaussées d'or, constituaient une procession votive unique au monde.

Au menu également, le mobilier funéraire de la nécropole du bronze moyen. Une structure unique abritant huit hypogées intacts, juxtaposés sur plusieurs niveaux, profondément creusés et taillés dans la roche mère. La mission dirigée depuis 2019 par Tania Zaven et l’archéologue Julien Chanteau du département des Antiquités orientales du musée du Louvre a révélé un florilège de récipients, dont des poteries de type « Levantine Painted Ware » décorées de motifs géométriques, ainsi que des imitations locales de modèles égyptiens ; des armes en bronze (dagues et pointes de flèches) ont été retrouvées aux côtés des défunts, soulignant leur rôle de guerriers ou de chefs ; un pectoral en or et pierres fines, des scarabées en stéatite et en améthyste.

De même en vedette, la célèbre mosaïque de L’enlèvement d’Europe (2m 43 x 2m 24), trésor du IIe-IIIe siècle après J.-C., fait partie des pièces maîtresses attendues pour l'exposition. Ce chef-d'œuvre de la fin du IIe-début IIIe siècle après J.-C., conservé au Musée national de Beyrouth, illustre le mythe fondateur où Zeus, métamorphosé en taureau blanc, enlève la princesse phénicienne Europe pour l'emmener vers la Crète. Elle avait été présentée au public français il y a plus de 25 ans lors de l’exposition historique « Liban, l'autre rive » qui s'est tenue à l'Institut du monde arabe (IMA). Événement inauguré par le président français Jacques Chirac et le Premier ministre libanais Rafic Hariri. Aujourd’hui « Europe » refait son retour à Paris à bord d’un navire de la CMA CGM.

Mosaïque de « L’Enlèvement d’Europe » (IIe-IIIe siècle apr. J.-C.), Musée national de Beyrouth, présentée à l’Institut du monde arabe pour l’exposition « Byblos, cité millénaire ». Photo DGA
Mosaïque de « L’Enlèvement d’Europe » (IIe-IIIe siècle apr. J.-C.), Musée national de Beyrouth, présentée à l’Institut du monde arabe pour l’exposition « Byblos, cité millénaire ». Photo DGA

Uluburun et les ancres du port antique

Et ce n’est pas tout. Un étage est consacré à Byblos et la mer. Pour la première fois, un éventail de 21 ancres issues du site archéologique de Byblos est proposé au regard du public. Cette série d’ancres avait été étudiée en premier par Honor Frost, pionnière de l’archéologie subaquatique en Méditerranée orientale, et ensuite par l’archéologue Martine Francis Allouche, dont les recherches sous-marines ont permis d’identifier l’emplacement du port sud de l’âge du bronze, dans l’actuelle baie d’el-Skhyneh. Certaines de ces ancres votives (à caractère sacré) ont été retrouvées au sein de plusieurs sanctuaires de Byblos, au Temple de la tour, le temple aux Obélisques, et dans dans l'Enclos sacré de Byblos. Datant principalement de l'âge du bronze, ces ancres sont des témoignages archéologiques majeurs de l'intense activité maritime de la cité qui, à partir de 3 200 avant J.-C., devient l’un des ports principaux de la Méditerranée et le restera pendant plus de 2000 ans. Elle doit particulièrement ce statut à la relation unique qu’elle a nouée avec les pharaons d’Égypte autour du commerce du bois de cèdre recherché dès la plus haute Antiquité pour la construction des barques sacrées, et sa résine utilisée pour l’embaumement et la momification des pharaons.

Pour illustrer le réseau commercial étendu de Byblos, notamment de l'Asie centrale à la Méditerranée et les interactions culturelles à l’âge du bronze, l’IMA présente également la maquette de l’Uluburun. Ce navire de 15 mètres de long, qui avait fait naufrage au large de Kas, en Turquie, a été découvert en 1982 par un pêcheur d’éponges. L’épave fouillée pendant onze saisons a révélé un véritable trésor flottant : une immense cargaison de marchandises (cuivre, étain, ivoire, bijoux, ambre, et même un scarabée en or au nom de la reine Néfertiti). L’épave est exposée au musée d’archéologie sous-marine de Bodrum.

Pièces exceptionnelles prêtées

Il convient de signaler que plusieurs institutions ont prêté leur concours à la mise en œuvre de cet événement culturel.

Des documents numismatiques essentiels pour l’étude de l'économie, l'iconographie et l'évolution historique de Byblos, ont été fournis par la Bibliothèque nationale de France (BNF) qui abrite une riche collection de monnaies illustrant diverses époques de l’histoire de Byblos. Parmi ces pièces figurent des tétradrachmes en argent frappés au nom du roi Ozbaal (ou Azbaal), qui régna sur la cité vers le IVe siècle av. J.-C., durant la période de domination perse achéménide. La collection comprend également des monnaies de bronze de l'époque romaine, notamment sous le règne de l'empereur Élagabal. Par ailleurs, dix œuvres ont été avancées par le musée du Louvre-département des Antiquités orientales, dont la stèle du roi Yehawmilk (Yehamelek), qui offre un témoignage sur la religion et l’art phéniciens. Découverte à Byblos près de la tour des Croisés, la stèle en calcaire gravé (Ve siècle avant J.-C., hauteur 112 cm, largeur 56 cm) représente Yehawmilk vêtu d’un costume perse faisant une offrande à la déesse Baalat Gebal (la Dame de Byblos) incarnée sous l’aspect de la divinité égyptienne Isis Hathor. Pour sa part, le musée archéologique de l’Université américaine de Beyrouth (AUB) met à la disposition de l’IMA sept œuvres, parmi lesquelles la statuette en bronze de Reshef, dieu de la guerre, de la foudre et des fléaux. La figurine datant de l'âge du bronze moyen fait partie d’un ensemble d’ex-votos découverts dans le temple aux Obélisques. Ainsi qu’un vase de Kamares, type de céramique minoenne, produite en Crète durant la période des premiers palais (2000 – 1700 av. J.-.C). Il est l'un des plus anciens objets importés de Crète retrouvés à Byblos.

D’autre part, l’exposition offre un regard inédit sur les lettres ou tablettes en argile d’Amarna prêtées par le Vorderasiatisches Museum de Berlin. Datant du XIVe siècle av. J.-C, elles constituent la correspondance diplomatique entre les pharaons et les cités-États, notamment les rois de Byblos. Rédigées en akkadien cunéiforme – la « lingua franca » de l'époque –, ces missives échangées entre les pharaons et ses vassaux sont essentielles pour décrypter la diplomatie et la géopolitique complexe du Proche-Orient sous le Nouvel Empire égyptien. Pour la petite histoire, un corpus exceptionnel de 382 documents avait été découvert en 1887 sur le site d'Akhetaton en Égypte (connu sous le nom de Tell el-Amarna, situé à 300 km du Caire, sur la rive droite du Nil). Les tablettes sont aujourd’hui dispersées dans de grands musées : le Vorderasiatisches Museum en détient 200, le British Museum 95, le musée du Caire 50, le Louvre sept, le reste est réparti dans diverses autres collections.

Après l’exposition « Byblos et le Louvre: Recherches Archéologiques au Liban (1860-2022) », qui a eu lieu au musée du Louvre de mai à septembre 2022 ; « Byblos, le plus ancien port au monde » qui s’est tenue du 14 octobre 2022 au 12 mars 2023, au Musée national des Antiquités (RMO) à Leyde, Pays-Bas ; et suite à l’événement majeur à l’IMA de mars-août, « une exposition aura lieu prochainement à Byblos même, dans la maison traditionnelle qui se trouve sur le site », affirme Tania Zaven. Signalons que le bâtiment est en cours de restauration.

Initialement prévue à l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris pour l’automne 2024, l’exposition « Byblos, cité millénaire » a été reportée à la suite des bombardements intensifs et de l'escalade du conflit entre Israël et le Hezbollah à partir de septembre 2024. La priorité de la Direction générale des antiquités (DGA) au Liban s’était alors recentrée sur la préservation des biens culturels menacés par les hostilités. Sous l'impulsion de cette instance, rappelons-le, l'Unesco a formellement inscrit trente-quatre sites, dont Baalbeck, Tyr et Anjar, au registre de la « protection renforcée provisoire, conférant ainsi à ces monuments le plus haut degré d'immunité juridique internationale.L’exposition « Byblos, cité millénaire » est désormais annoncée pour mars 2026, plus...
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