Même si les différents milieux politiques estiment que la tenue des élections en mai n’est pas certaine, les préparatifs vont bon train, avec, comme il se doit, une attention particulière portée à la scène chiite. Dans ce contexte, le siège chiite à Jbeil revêt une importance pour plusieurs raisons. D’abord, il est situé dans un caza où les électeurs chiites sont minoritaires par rapport aux chrétiens. Par conséquent, celui qui obtiendra ce siège devra en partie sa victoire à une alliance avec l’un des partis chrétiens, afin d’assurer le seuil électoral à sa liste.
Ce siège intéresse notamment ceux qui veulent combattre ce qu’ils considèrent comme une mainmise du tandem chiite, et en particulier du Hezbollah, sur la représentation de la communauté au sein du futur Parlement. Surtout que si une première percée est réalisée, cela briserait un tabou et d’autres pourraient ainsi suivre… Dans cette logique, la fin de « l’emprise du Hezbollah » sur la scène chiite pourrait donc commencer à Jbeil. Surtout qu’à l’heure actuelle, et en raison des pressions internes et externes, il semble difficile aux parties chrétiennes de s’allier au Hezbollah même à des fins électorales.
C’est justement pour éviter ces écueils que l’ancien directeur de la Sûreté générale Abbas Ibrahim songe à choisir Jbeil pour présenter sa candidature aux prochaines législatives. Bien qu’il ne soit pas encore passé à l’acte pour des raisons liées à la probabilité d’un report de ces élections, Abbas Ibrahim, selon ses proches, aurait longuement étudié la configuration politique avant de choisir, éventuellement, de se présenter à Jbeil, alors qu’il est originaire du Sud. Selon ses proches, M. Ibrahim estime en effet que les sièges du Sud devraient revenir aux candidats du tandem chiite en raison de la symbolique du lieu. De plus, dans les circonscriptions du Sud, où la majorité des électeurs sont de confession chiite, Amal et le Hezbollah peuvent faire parvenir leurs candidats au Parlement sans avoir besoin d’alliances.
La circonscription de Jbeil a aussi son symbolisme, parce qu’elle est située au cœur de ce qu’on appelait traditionnellement « le pays chrétien », et parce qu’elle représente un modèle de coexistence historique entre les maronites et les chiites. C’est d’ailleurs justement pour cette raison que le général Ibrahim a choisi d’y présenter sa candidature, lui qui, à travers ses différents postes de responsabilité au sein de l’État, a tissé « des liens profonds » avec les différentes composantes du pays. Il considère, dans ce contexte, qu’il pourrait se présenter sur la liste formée par le Courant patriotique libre pour cette circonscription tout en bénéficiant d’une bonne partie des voix chiites (qui seraient à peu près 10 000 dans cette circonscription). Cette démarche pourrait aussi être utile au CPL, qui ne serait plus obligé de nouer une alliance avec le tandem chiite dans cette circonscription, tout en permettant à sa liste de bénéficier des voix chiites pour gagner plus de sièges.
Mais comment Abbas Ibrahim pourrait-il convaincre Amal – surtout le président du Parlement Nabih Berry – et le Hezbollah d’appuyer sa candidature, alors qu’ils affirment avoir choisi de maintenir les mêmes candidats que ceux de 2022, y compris à Jbeil ? Selon les proches du tandem chiite, celui-ci ne voudrait pas rééditer le scénario des élections de 2018, lorsqu’un candidat chiite qui n’appartient pas au tandem, Moustapha Husseini, avait été élu avec un peu moins de 300 voix.
Selon les milieux proches du général Ibrahim, ces questions pourraient être réglées dans le cadre des discussions qui se déroulent actuellement dans les coulisses. C’est d’autant plus possible qu’entre le CPL et le tandem chiite, il n’y a pas d’animosité, même s’il n’y a pas encore d’entente. Plus même, le CPL reste le parti politique à majorité chrétienne le plus proche du tandem. La candidature du général Ibrahim pourrait, selon ses proches, « constituer une issue honorable » pour toutes ces parties. Surtout que sa personnalité bénéficie aussi d’un grand respect sur le plan international en raison des missions de médiation qu’il a accomplies dans le cadre de ses fonctions. Mais si sa candidature se confirme et s’il est élu, sera-t-il considéré comme une brèche dans la « mainmise » du tandem sur la communauté chiite ? Les proches de Abbas Ibrahim répondent que ses positions « sont claires » et qu’« elles sont dictées par son attachement à son pays ». Ils ajoutent que, s’il est élu, il ne compte pas présenter sa candidature pour la présidence du Parlement tant que Nabih Berry est dans la course. Or ce dernier semble plus que jamais déterminé à mener la bataille électorale et il a été le premier à présenter sa candidature. Toutefois, loin des tendances et des humeurs des électeurs, la véritable question reste la suivante : les élections auront-elles lieu à la date prévue ?


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Il est certain que l’alliance CPL/tandem chiite ne changera. C’est une alliance d’intérêts économiques et électoraux. Les députés CPL sont majoritairement élus grâce aux voix chiites sinon ils auraient 2 ou 3 députés et encore …! Seuls les ex deputesCPL n’ont pas besoin des voix chiites pour se faire élire
14 h 09, le 26 février 2026