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Économie - Augmentations

Salam droit dans ses bottes : les revendications des fonctionnaires sont justifiées, mais il faut pouvoir les financer

Il y a un peu plus de 320 000 membres actifs et retraités dans l’administration publique, selon des chiffres fournis par le Premier ministre au cours d’une conférence de presse.

Salam droit dans ses bottes : les revendications des fonctionnaires sont justifiées, mais il faut pouvoir les financer

Le Premier ministre, Nawaf Salam, s'exprimant lors d'une conférence de presse au Grand sérail, le 20 février 2026. Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour

Sous le feu des critiques depuis la décision prise lundi par le Conseil des ministres d’ajuster partiellement les rémunérations et les pensions des fonctionnaires, et de financer la mesure en augmentant notamment la TVA et le prix de l’essence, le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé vendredi que, aussi légitimes que soient les revendications des militaires et des retraités de la fonction publique, le pays ne pouvait pas y répondre sans trouver au préalable les financements nécessaires.

« La franchise avec les citoyens n’est pas un choix, mais un devoir pour nous. La situation financière que nous avons héritée est très difficile, et surtout, la confiance entre l’État et le peuple a été affectée par le passé, ce qui ne se reproduira pas », a encore dit le chef du gouvernement au cours d’une conférence de presse organisée au Grand Sérail en début de soirée.

Insistant sur le fait que les mesures adoptées lundi étaient provisoires, il a assuré que la réforme fiscale globale que le gouvernement prépare constituait le meilleur moyen de garantir à long terme que l’État puisse financer le secteur public de manière appropriée, tout en imposant de manière équitable les contribuables. Le chef du gouvernement n’a pas précisé si ce projet de réforme avait un lien avec le projet de loi de modernisation du code de l’impôt sur le revenu au Liban, préparé sous le gouvernement Mikati avec l’aide du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, un texte qui repose depuis plus d’un an dans les tiroirs du ministère des Finances.

Aucune dépense sans financement

« Nous voulons réformer le système fiscal et non imposer de nouvelles taxes. Nous contribuons tous à l’augmentation des salaires du secteur public, car il nous concerne tous, et l’argent prélevé de nos poches sert à financer les services fournis par ce secteur », a ajouté le chef du gouvernement.

« Lors de la formation du gouvernement, il y a un peu plus d’un an, nous avions pris la décision de ne procéder à aucune dépense avant d’en avoir assuré les sources de financement, afin que l’État n’entre pas dans un cycle de déficit et de dette, et pour éviter de recourir à l’injection de livres libanaises et à l’effondrement du taux de change », a-t-il ajouté. Le Premier ministre faisait référence à ce qui s’était passé avant et après le début de la crise déclenchée en 2019, deux ans après le vote par le Parlement d’une grille des salaires augmentant d’environ 15 % les traitements, salaires et pensions.

En plus de la crise bancaire, la crise économique a fait fondre la monnaie : le taux de change entre la livre libanaise et le dollar est passé de 1 507,5 à 89 500 LL.

Taclant les voix qui utilisent cette affaire dans le cadre de leur campagne électorale à l’approche des législatives de mai prochain, le chef du gouvernement a lancé : « Nous devons réduire le populisme à l’approche des élections et agir de manière responsable. Si quelqu’un trouve rapidement une alternative pour assurer 800 millions de dollars aujourd’hui, pas dans un an, je serais le plus heureux des hommes aujourd’hui, pas dans un an. »

Pas de coupe dans les effectifs

Répondant à ceux qui demandent que le nombre de fonctionnaires soit réduit avant toute augmentation, le Premier ministre a jugé qu’il y avait peu de marge pour intervenir : « Beaucoup de chiffres ont été lancés à droite et à gauche. Le secteur public compte aujourd’hui 323 000 employés et retraités, dont 119 000 dans l’armée libanaise. Leur nombre devra être augmenté avec le départ de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), qui commence début 2027, ainsi que la nécessité d’assurer la sécurité à la frontière avec la Syrie. »

Il a également énuméré 50 000 enseignants du public, « dont le rôle est nécessaire », 120 000 retraités ayant rempli leur mission dans des circonstances difficiles, et 7 169 fonctionnaires seulement qui font tourner l’administration. « Il y a la responsabilité d’une nation à prendre en compte et l’avenir d’un peuple. Nous voulons un État, et il n’y a pas d’État sans administration, sans armée, sans enseignement public », a encore lancé Nawaf Salam.

Le Premier ministre a aussi consacré une importante partie de son intervention à mettre en avant les autres mesures prises par son gouvernement pour augmenter les recettes, en combattant l’évasion fiscale et douanière et en lançant le processus de régularisation des carrières illégales ou des biens fonds maritimes. « Nous avons augmenté de 54 % les revenus de l’État, passant de 3,89 milliards de dollars en 2024 à 6 milliards de dollars en 2025, sans nouvelles taxes, mais grâce à une meilleure collecte des taxes existantes, l’amélioration du recouvrement et le contrôle des frontières et des ports », a-t-il énuméré.

Il a enfin mis en avant son projet de réforme fiscale. « Nous savons qu’il existe un déséquilibre dans le système fiscal, résultat de décennies de choix financiers qui ont affecté négativement les revenus modestes. Nous travaillons à mettre en place une politique financière globale basée sur la réforme fiscale, la rationalisation des dépenses et la restructuration de la dette », sans élaborer davantage sur le contenu du projet ou sur un calendrier.

Il a aussi réitéré les arguments qu'il avait avancés dans un cadre moins formel mardi pour minimiser l'impact d'une hausse possible de la TVA — qui doit être mise en œuvre par une loi — soulignant que plusieurs produits alimentaires de première nécessité, mais aussi des dépenses d’éducation et de santé, en étaient exemptés.

Le gouvernement a décidé d’accorder une nouvelle augmentation des rémunérations et des pensions dans le secteur public — de manière ponctuelle et sans que cela ne soit intégré au salaire de base — qui ne compense pas cependant la dépréciation de la livre subie depuis 2019, juste après une visite du FMI, qu’il tente de convaincre de sa volonté et de sa capacité à réformer le système financier du pays et à décrocher un programme d’assistance financière.

Sous le feu des critiques depuis la décision prise lundi par le Conseil des ministres d’ajuster partiellement les rémunérations et les pensions des fonctionnaires, et de financer la mesure en augmentant notamment la TVA et le prix de l’essence, le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé vendredi que, aussi légitimes que soient les revendications des militaires et des retraités de la fonction publique, le pays ne pouvait pas y répondre sans trouver au préalable les financements nécessaires.« La franchise avec les citoyens n’est pas un choix, mais un devoir pour nous. La situation financière que nous avons héritée est très difficile, et surtout, la confiance entre l’État et le peuple a été affectée par le passé, ce qui ne se reproduira pas », a encore dit le chef du gouvernement au cours d’une conférence de...
commentaires (4)

J'ai une question pour M. Salam. Il est juge et il devrait la comprendre. Cela fait des années que l'on nous parle de l'occupation du domaine littoral et des carrières. Depuis ce temps, l'Etat n' a pas eu gain de cause en justice? Si non où est le problème?. La justice est lente au Liban mais pas à ce point. Si oui pourquoi les jugements n'ont pas été exécutés: Ces sites existent. Si leur propriété ou le patrimoine des propriétaires ont été soustraits; ils peuvent toujours etre saisis, or il ne semble pas que les voies d'execution ont été mises en oeuvre non plus.

Moi

18 h 42, le 23 février 2026

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Commentaires (4)

  • J'ai une question pour M. Salam. Il est juge et il devrait la comprendre. Cela fait des années que l'on nous parle de l'occupation du domaine littoral et des carrières. Depuis ce temps, l'Etat n' a pas eu gain de cause en justice? Si non où est le problème?. La justice est lente au Liban mais pas à ce point. Si oui pourquoi les jugements n'ont pas été exécutés: Ces sites existent. Si leur propriété ou le patrimoine des propriétaires ont été soustraits; ils peuvent toujours etre saisis, or il ne semble pas que les voies d'execution ont été mises en oeuvre non plus.

    Moi

    18 h 42, le 23 février 2026

  • Quid des emplois et employes non actifs fictifs et des employes fantomes decedes?

    Bibette

    17 h 58, le 21 février 2026

  • assainir l'administration publique - TOUTES branches incluses.

    L’acidulé

    10 h 09, le 21 février 2026

  • Si ce que dit le PM est la complète vérité, une seule conclusion s’impose, le Liban est un État failli qu’il est impossible de relever. Seule une nouvelle solution géopolitique est viable.

    Ras le bol

    09 h 47, le 21 février 2026

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