Des déchets qui s'amoncellent à Zouk, dans le Kesrouan, le 11 octobre 2024. C'est à nouveau le cas en février 2026. Photo S.B / L'Orient-Le Jour
Les déchets du Metn et du Kesrouan (Mont-Liban nord) recommencent à s’entasser dans les rues, pour la énième fois ces derniers mois. En cause ? La fermeture soudaine de la décharge de Jdeidé (littoral du Metn), la principale desservant cette région, dans la matinée du mercredi 18 février. Selon une source proche du dossier et souhaitant rester anonyme, cette nouvelle fermeture est due « au retard du Conseil des ministres à assurer les fonds pour agrandir cette décharge et construire une nouvelle cellule sur un terrain à proximité », alors que le site est saturé. En soirée, une solution temporaire a été trouvée et la décharge devrait être à nouveau ouverte jeudi matin.
La fermeture, décidée par le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), l’administration qui gère les décharges de l’Etat, a été communiquée au Conseil des ministres, certifie cette source à L’Orient-Le Jour, en raison du retard à lancer le projet d'agrandissement du site.
La décharge de Jdeidé est en effet saturée depuis plusieurs mois déjà, conduisant la compagnie SGK à entreposer les ordures en hauteur. Son agrandissement avait été avalisé par le Conseil des ministres le 9 octobre 2025, par la construction d’une nouvelle cellule sur un terrain adjacent. Mais les modalités du financement du projet manquaient toujours : le CDR a suggéré l’élaboration d’un projet de loi pour l’ouverture d’un crédit consacré au financement de la nouvelle cellule et d’une station de production d’énergie (par récupération du gaz méthane). Comme ce projet tardait à voir le jour, il a fini par proposer au ministère des Finances que le financement soit puisé, pour une période transitoire, dans la Caisse autonome des municipalités, spécifiquement prélevé de la part accordée aux municipalités desservies par cette décharge, à hauteur de 5,12 millions de dollars, sous condition de les rendre à cette caisse quand le budget initial sera débloqué.
Or le Conseil des ministres n'a toujours pas mis cette question à l'ordre du jour de ses réunions. Selon la source proche du dossier précitée, « l'absence de décision officielle a empêché la signature du contrat avec l’entrepreneur chargé de l’agrandissement (et de la gestion du site actuel), d’où l’impossibilité de lancer les travaux car il a jugé cette démarche trop risquée ».
Pour mémoire
Fermeture imminente de la décharge de Jdeidé : vers une nouvelle crise ?
Cette décision provoque une nouvelle crise des déchets dans le Metn et le Kesrouan. « La décharge restera fermée jusqu’à ce que le Conseil des ministres prenne une décision, ou du moins promette une décision prochaine, car sinon, le CDR et l'entrepreneur resteront dans le noir le plus total », répond la source précitée.
En soirée, le ministre des Finances, Yassine Jaber, a reçu le président du Conseil du développement et de la reconstruction, Mohammad Ali Kabbani, afin de discuter de la question. Plusieurs points en suspens ont été clarifiés, rapporte l’Agence nationale d’information. Un accord temporaire a été trouvé, et la décharge reprendra ses activités jeudi matin.
1 100 tonnes quotidiennes dans les rues
Entre temps, les poubelles débordent à nouveau dans les rues. Walid Bou Saad, PDG de Ramco, la compagnie de collecte des déchets dans cette zone, affirme à L’OLJ avoir été « notifié la veille au soir de la décision de fermer la décharge ».
Il précise « avoir publié un communiqué dans lequel (il) explique au public que la décision de ne pas collecter les poubelles n’émane pas de Ramco, mais de la fermeture de la décharge, le seul site vers lequel peuvent se diriger les camions-bennes de la compagnie ». Selon lui, « les régions concernées sont le Metn et le Kesrouan, non Beyrouth, dont les déchets sont emmenés à la décharge de Costa Brava (Choueifate, au sud de la capitale) ». Soit un volume de 1 100 tonnes quotidiennes non collectées pour ces deux cazas. Walid Bou Saad ajoute que « la situation peut devenir ingérable d’ici deux à trois jours en l'absence de collecte des ordures dans ces deux cazas ».
Depuis la crise des déchets de 2015-2016, causée à l’époque par la fermeture de l’unique décharge de Beyrouth et du Mont-Liban, celle de Naamé, des solutions provisoires ont été adoptées, sans réelle stratégie à long terme. Les deux décharges côtières créées depuis 2016 dans le cadre d’un plan de sortie de crise, à Jdeidé et Costa Brava, ont été saturées plus d’une fois, et agrandies in extremis après de courtes périodes de crise ouverte dans les rues. Les deux agrandissements de ces sites, celui qui est actuellement en cours à Costa Brava et celui prévu à Jdeidé, sont les derniers envisageables dans ces zones gagnées sur la mer, vu l’exiguïté des lieux… en l’absence de toute alternative pour l’instant.
La décharge de Jdeidé, située dans une région surpeuplée, avoisine désormais les 40 mètres de haut. Plus que jamais, ce dossier reste régi par l’imprévoyance et l’improvisation.



On ouvre les carrières pour les cimenteries, cette pollution a tellement de bon pour la santé et on ferme la décharge pour amasser les ordures sur les routes, une autre forme de pollution dont le Liban raffole.
09 h 39, le 17 avril 2026