Le chef du courant du Futur, Saad Hariri, et sa tante, Bahia Hariri, au centre-ville de Beyrouth, le 14 février 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Cette fois-ci, c’est officiel. Le chef du courant du Futur, Saad Hariri, a nommé dimanche sa tante paternelle, Bahia, vice-présidente du parti. La décision, attendue depuis plus d’un an, est loin d’avoir l’effet d’une surprise. D’abord parce que l’ex-chef de gouvernement et sa tante entretiennent une très solide relation de confiance. Ensuite, et surtout, parce que dans la conscience collective des haririens, l’ex-députée de Saïda ravive le souvenir de son frère, l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, assassiné en février 2005. Mais au-delà de ces considérations, cette nomination ne peut être dissociée de la décision de relancer l’activité politique du Futur, dans la perspective des législatives de mai prochain. Un chantier qui devrait être mené sous la houlette de la nouvelle numéro deux du parti.
Au lendemain de son discours prononcé devant des dizaines de milliers de partisans, place des Martyrs, le 14 février, l’ex-Premier ministre a présidé une réunion conjointe des bureaux politique et exécutif du parti, annonçant sa décision de mener Bahia Hariri à la vice-présidence du Futur, un poste occupé notamment par Bassem Sabeh, ex-député (chiite) de Baabda, il y a quelques années. « Il devient de plus en plus évident que c’est Bahia qui va représenter Saad sur tous les plans pendant son absence », commente un proche de la Maison du Centre qui a requis l’anonymat. « Tout le monde sait que Saad Hariri va retourner aux Émirats (où il réside depuis la suspension de son activité politique en 2022) prochainement. Il faut donc qu’une personne que tout le monde respecte et qui connaît bien le parti et sa base populaire soit aux commandes », abonde Mohammad Hajjar, ancien député haririen du Chouf, avant d’ajouter : « En l’absence de Saad Hariri, toute la hiérarchie partisane a été perturbée », dit-il. La nouvelle vice-présidente devrait donc s’atteler à remédier à ce problème dans la perspective de la prochaine étape dont les grandes lignes avaient été définies lors du discours de Saad Hariri, samedi.
Bahia candidate ?
De toute évidence, et à l’instar des autres formations politiques, le courant du Futur a les yeux rivés sur les prochaines législatives, auxquelles il devrait prendre part après des années de retrait. Et si Saad Hariri a sciemment gardé floue la question de sa propre candidature, nombreux sont ceux qui s’attendent à ce que sa tante, elle, se lance officiellement dans la compétition. « La décision n’a pas encore été prise. Rien ne sera tranché avant de nous assurer que le scrutin aura vraiment lieu en mai », indique un cadre du Futur qui a souhaité garder l’anonymat. Il se fait ainsi l’écho de Saad Hariri, qui, lors de son dernier discours, a laissé entendre que la tenue du scrutin est incertaine, sur fond de désaccord profond autour de la loi électorale et des modalités de vote des expatriés. Mais, dans certains cercles de Saïda, ville natale des Hariri, on indique que l’ancienne députée a récemment multiplié ses activités et ses contacts avec plusieurs figures de la ville. De quoi donner le sentiment qu’elle pourrait bien songer à se lancer dans la bataille. Et en attendant d’y voir un peu plus clair, plusieurs figures du Futur estiment que Mme Hariri (présente lors de la majorité des réunions de son neveu à la Maison du Centre) sera aux commandes de la machine électorale du parti si la tenue du scrutin se confirme.
Cette nomination pourrait également être un message à l’intention de l’Arabie saoudite, qui semble toujours s'opposer au retour de Saad Hariri sur la scène politique. « Il est conscient que les conditions de son retour ne sont pas réunies. Et il a choisi Bahia qui entretient de bons rapports avec les Saoudiens », estime une figure sunnite beyrouthine, rappelant que quelques jours avant le rassemblement de samedi, la chaîne saoudienne al-Hadath avait rapporté que le secrétaire général du parti, Ahmad Hariri (fils de Bahia), menait des contacts avec le Hezbollah. Une information démentie par l’intéressé. « C’est peut-être une façon pour Saad d'afficher sa détermination à aller de l’avant dans les élections, afin de pouvoir se (ré)affirmer comme un leader de la communauté sunnite, sans toutefois se mettre complètement à dos les Saoudiens », abonde la source précitée.
La nomination de Bahia Hariri pourrait en outre contribuer à contenir le frère aîné de Saad, Baha’, qui multiplie les efforts pour s’ériger en véritable héritier du legs familial. L’homme d’affaires sunnite, qui a tenté à plusieurs reprises de faire son entrée sur la scène politique, était d’ailleurs monté au créneau pour dénoncer les informations concernant un dialogue entre le Futur et le Hezbollah. D’autant plus que quatre membres du parti-milice ont été condamnés dans l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri et que son frère Saad a longtemps été critiqué pour son approche jugée très conciliante à l'égard du Hezb. Interrogé, Abdessalam Moussa, porte-parole du courant du Futur, se contente de dire : « Notre leader, c’est Saad Hariri. Baha’ a son propre parti, et ce n’est pas notre affaire. »




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17 h 30, le 19 février 2026