Le président de la Chambre, Nabih Berry, à l'hémicycle, le 17 décembre 2025. Photo Hassan Ibrahim /Parlement libanais
Catégorique dans sa décision de vouloir organiser les élections législatives en mai selon la loi actuelle, le président de la Chambre, Nabih Berry, a annoncé être « revenu » sur l'idée d'un report technique de quelques mois et tenu à se dédouaner de toute intention d'une prorogation du mandat des députés libanais. Le chef du législatif a ainsi rejeté, dans un entretien à Assas Media, la faute des atermoiements concernant l'organisation des législatives sur certaines parties accusées d'avoir « refusé » un compromis sur les modalités de vote des expatriés, et sur le gouvernement qui n'a que « quelques mesures » à prendre pour assurer la bonne tenue des élections.
« La décision politique d’organiser les élections est bien plus importante que certaines formalités prévues par la loi », a tranché M. Berry, comme pour éloigner le spectre de sanctions. Son entretien a en effet été publié quelques jours après le dépôt, devant la Chambre des représentants américaine, d’une proposition de loi prévoyant des sanctions contre les personnes portant atteinte à « l’intégrité du processus électoral au Liban ».
Dans ses propos, le président du Parlement a déclaré avec fermeté que « les élections législatives se tiendront à la date prévue, en mai prochain, et conformément à la loi électorale ». « Je ne convoquerai aucune séance pour modifier la législation en vigueur », a-t-il ajouté, alors que le scrutin est officiellement fixé au 10 mai pour les Libanais résidents, et une semaine avant pour les expatriés - au nombre de 152 000 inscrits sur les listes électorales. La question du vote des non-résidents continue de diviser la Chambre. Conduits par les Forces libanaises (FL), les partis favorables à un amendement de la loi électorale plaident pour que les expatriés puissent voter pour l’ensemble des 128 députés, comme lors des deux précédents scrutins, et non pour six sièges supplémentaires réservés à la diaspora, comme le prévoit la loi électorale de 2017.
« Des formalités ne font pas obstacle » aux législatives
« Nous allons vers des élections à la date prévue et selon la loi en vigueur. Je ne convoquerai aucune séance pour modifier la loi. Il ne nous reste qu’à l’appliquer. C’est la seule solution à mes yeux. Les élections auront lieu en mai », a tranché M. Berry.
Il a en outre indiqué qu'il avait préalablement proposé la suppression des six sièges de la diaspora en contrepartie du vote des expatriés sur le territoire libanais, ce qui aurait justifié un report technique limité du scrutin afin de faciliter la venue des expatriés pour voter dans leur pays, mais que cette idée a été « rejetée par ceux qui en étaient auparavant les promoteurs ». « J’ai désormais retiré cette proposition », a-t-il souligné. Mi-décembre, le numéro deux de la Chambre, Elias Bou Saab, avait évoqué l'idée d'un report jusqu'à août des élections.
Cette prise de position de Nabih Berry a été publiée alors que plusieurs figures du camp anti-Hezbollah, qui militait initialement contre un report du scrutin et le vote des expatriés pour les 128 parlementaires, semblent se positionner en faveur d'un délai. Le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, avait ainsi souhaité mercredi soir un report tant que le Hezbollah n'est pas désarmé, tandis qu’Adib Abdel Massih, député anti-Hezbollah du Koura, a présenté lundi une proposition de loi prorogeant d’un an la législature actuelle. Une autre source du camp opposé au tandem chiite évoquait, elle, une volonté de report liée à l’éventualité d’une nouvelle guerre régionale entre l'Iran et les États-Unis, à l'issue de laquelle une défaite iranienne – ou un accord incluant un affaiblissement de son influence régionale – aurait sans doute un impact sur les résultats des législatives pour le mouvement chiite Amal et le Hezbollah.
S’agissant du rôle du gouvernement dans la coordination du scrutin, Nabih Berry a souligné que « la loi ne lui impose aucune tâche particulière ». Selon lui, « il existe seulement quelques mesures relevant de deux ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères, et non du gouvernement dans son ensemble », alors qu'exécutif et législatif se rejettent la responsabilité de trancher les modalités de vote des Libanais de la diaspora. « Dans tous les pays du monde, les formalités ne font pas obstacle à la tenue d’un scrutin, même en présence d’irrégularités. La carte électorale magnétique, par exemple : l’impossibilité de modifier la disposition de l’article 84 (qui prévoit cette procédure de vote dans la loi électorale de 2017, ndlr) n’empêchera ni la tenue des élections ni leur déroulement. » Et d'insister sur le fait que « la décision politique d’organiser les élections est bien plus importante que certaines formalités prévues par la loi. »




L'Otan n'a pas de plan dans le détroit d'Ormuz, mais y pense
Malheureusement Berri n’a pas su/pu franchir le Rubicon. Qu’il en assume les conséquences. Il faut que ce scrutin soit donc son dernier en tant que chef du parlement, sanctions américaines ou pas.
15 h 43, le 06 février 2026